En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Domenico di Bartolomeo, dit Domenico Veneziano

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre italien (Venise [ ? ] 1410 [ ? ] – Florence 1461).

La première mention de Domenico Veneziano remonte à 1438, date à laquelle, alors qu'il peignait à Pérouse une salle du palais Baglioni (auj. disparue), il écrivit à Pierre de Médicis pour lui demander de travailler à Florence. Avant cette date, on ignore tout de lui, et le problème de sa formation et de sa première activité est fort discuté. Domenico s'adresse à Pierre de Médicis sur un ton à la fois déférent et familier (comme s'il connaissait déjà son correspondant), et montre une très bonne connaissance de la peinture florentine du temps : il sait, par exemple, que Filippo Lippi est alors occupé à peindre le retable Barbadori (Louvre) et que Fra Angelico est chargé de nombreuses commandes, et il espère que Cosme de Médicis lui confiera l'exécution d'un retable. On remarquera que Domenico pouvait, certes, avoir connu les Médicis en Vénétie (où Cosme avait séjourné lors de son exil, en 1433-34) et que ses renseignements sur l'activité florentine pouvaient être parvenus en Ombrie à la suite de l'installation, en 1437, du retable de Fra Angelico à S. Domenico de Pérouse. Mais on notera aussi que l'artiste pouvait fort bien avoir connu les Médicis à Florence même et avoir eu un contact direct avec le milieu florentin grâce à un séjour précédent dans la ville. Cette hypothèse n'est pas contredite par l'examen de la plus ancienne des œuvres qui lui sont attribuées, le tondo avec l'Adoration des mages (v. 1435-40, musées de Berlin). Cette peinture, qui provient certainement de Florence, révèle à la fois, parfaitement intégrés, le monde féerique du Gothique tardif et la nouvelle construction en perspective de la Renaissance. Veneziano avait pu assimiler les éléments les plus archaïques de sa culture à Venise, où le Gothique était encore vivace et où Pisanello avait peint, en 1419, ses fresques du palais des Doges. Mais la sûreté avec laquelle, dans le tondo de Berlin, les prés et les montagnes, les routes et les châteaux sont articulés en profondeur, selon les règles de la perspective, et les personnages plantés sur le sol, ne s'explique pas sans une connaissance directe des recherches florentines, à travers l'œuvre de Fra Angelico (l'hypothèse est de R. Longhi). Les œuvres qui nous sont parvenues et que l'on reconnaît comme étant de la main de Domenico Veneziano sont rares, les deux cycles de fresques, attestés et datés, de Pérouse et de S. Egidio à Florence (ils ont été commencés un an après la lettre de Pérouse) ayant été détruits (il ne subsiste que d'infimes fragments des fresques de S. Egidio). Il reste le Tabernacle de' Carnesecchi avec la Vierge à l'Enfant (Londres, N. G.), les Vierge à l'Enfant du musée de Bucarest, de Settignano (fondation Berenson) et de Washington (N. G.), le retable signé peint pour S. Lucia de' Magnoli, la Vierge et l'Enfant avec les saints François, Jean-Baptiste, Zanobie et Lucie (Offices), témoignage le plus important qui subsiste de son activité florentine. La prédelle de ce retable est aujourd'hui dispersée entre la N. G. de Washington (Stigmatisation de saint François, Saint Jean au désert), le Fitzwilliam Museum de Cambridge (Annonciation, Miracle de saint Zanobie) et le musée de Berlin (Martyre de sainte Lucie). Une exposition, organisée à Florence en 1992, a permis la reconstitution provisoire de ce retable, l'un des chefs-d'œuvre du xve siècle italien.

Un de ses derniers travaux est sans doute la fresque représentant Saint François et saint Jean-Baptiste, détachée des murs de S. Croce à Florence (musée de l'Œuvre de la même église).

Domenico Veneziano ne jouit pas d'une grande renommée à Florence, car il y apparut au moment où la peinture, avec Filippo Lippi et Andrea del Castagno, recherchait de plus en plus la tension graphique et un dessin accusé, sacrifiant ces effets chromatiques que le Vénitien recherchait tant. Que l'on regarde, par exemple, le Retable de S. Lucia de' Magnoli et les panneaux de sa prédelle, où l'architecture est une marqueterie de vert, de rose et de blanc, où les figures sont des surfaces de rouge, de gris, de bleu ciel : la ligne qui les définit n'est que la limite de taches de couleur. Sans doute le peintre se laissa-t-il pourtant imprégner par le milieu florentin des années postérieures à 1450, comme en témoigne, par exemple, sa fresque de S. Croce représentant Saint François et saint Jean-Baptiste, dont le dessin paraît plus aigu et marqué.

Ainsi l'influence de Domenico Veneziano sur la culture de son temps — dont il fut incontestablement l'une des plus fortes personnalités — est-elle moins sensible, à Florence, sur le courant principal mené par Filippo Lippi et Andrea del Castagno (bien que ce dernier, dans ses premières fresques de S. Apollonia, semble touché par l'univers lumineux de Domenico) que sur l'œuvre de personnalités plus modestes, comme Giovanni di Francesco et Baldovinetti, ou que sur celle de certains auteurs anonymes de " cassoni " qui s'inspirèrent de son " style narratif orné " : style que nous connaissons uniquement par le tondo de Berlin, mais qui devait aussi se déployer sans doute sur les murs de S. Egidio (d'après ce que nous en savons par la description de Vasari) ou sur les " cassoni " que l'artiste ne dédaigna pas de peindre, comme celui, aujourd'hui perdu, qu'il exécuta pour les noces Parenti-Strozzi.

Sa présence à Pérouse fut, d'autre part, déterminante pour des maîtres comme Boccati, Bonfigli et le jeune Pérugin. Toutefois, son élève le plus direct et le plus grand fut certainement Piero della Francesca, qui, tout jeune, le seconda sur le chantier de S. Egidio et qui lui emprunta la radieuse pureté de sa couleur. Domenico Veneziano mourut pauvre, en 1461. S'il ne fut pas tué par trahison par Andrea del Castagno, jaloux de son talent, comme l'affirme Vasari dans ses Vies, cette légende (Andrea étant mort de la peste quatre ans avant Domenico) témoigne, dans ses excès mêmes, du peu de renommée et de sympathie dont avait joui le peintre dans un milieu désormais étranger à son univers poétique.