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Nicolò Dell'Abate

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre italien (Modène v.  1509  – Fontainebleau ? 1571 ?).

Après s'être formé près du sculpteur Antonio Begarelli, puis sans doute dans l'atelier d'Alberto Fontana, il collabora avec ce dernier aux Boucheries de Modène (fragments, Modène, Pin. Estense). L'artiste s'imposa, en 1540, à la Rocca di Scandiano (environs de Modène), où il peignit l'Énéide (cycle le plus ancien et le plus important au xvie s. sur ce thème) et des scènes de genre (fragments, id.) qui montrent une interprétation originale des modèles giorgionesques et ferrarais et des fresques profanes du château de Trente. En 1546, avec Fontana, il décora la salle des Conservateurs au Palais public de Modène. En 1547, le Martyre de saint Pierre et de saint Paul (Dresde, Gg), exécuté pour le maître-autel de l'église S. Pietro de Modène, fait la synthèse des influences subies (Corrège, Pordenone et les Dossi). Célèbre, Abate s'établit alors à Bologne, où, v. 1550, il décore plusieurs salles du palais Torfanini (dit aussi Zucchini Solimei) ; dans l'une d'elles, il peint des épisodes du Roland furieux, remarquables par le charme romanesque des sujets et du paysage (auj. Bologne, P. N.). Mais son chef-d'œuvre est au palais Poggi (bibliothèque de l'Université) l'Histoire de Camille et surtout les salles des Paysages et des Concerts. Sous l'influence de Parmesan, dont il se rapproche au point que l'on a pu disputer entre les deux artistes l'attribution de la Conversion de saint Paul (Vienne, K. M.) — auj. plutôt considérée comme une œuvre de Parmesan —, et sans doute aussi de Salviati, le maniérisme de Nicolò évolue sans qu'il abandonne ses dons de coloriste, son imagination visionnaire ni sa technique brillante et expressive. De cette période datent quelques portraits (Portrait de femme, Rome, Gal. Borghèse ; Jeune Homme au perroquet, Vienne, K. M.) et des paysages (Rome, Gal. Borghèse et Gal. Spada).

C'est donc en pleine célébrité et dans l'entière possession de son talent que Nicolò arrive en France, en 1552, appelé par Henri II à Fontainebleau. En 1553, il donne les modèles (Paris, E. N. B. A.) des Émaux de la Sainte-Chapelle (Louvre), exécutés par L. Limosin ; puis, sous la direction de Primatice et d'après ses dessins, il peint la Salle de bal de Fontainebleau. Au cours d'une collaboration de vingt ans, dont les chefs-d'œuvre sont la Galerie d'Ulysse de Fontainebleau et la Chapelle des Guise à Paris (toutes deux détruites), Primatice lui abandonne la réalisation de ses projets, se fiant à son remarquable talent de fresquiste. Mais Nicolò déploie également une activité indépendante : décorations de la chapelle de Fleury-en-Bière, de l'hôtel du connétable de Montmorency à Paris (auj. détruit) et de ses châteaux d'Écouen et de Chantilly, de la chapelle de Beauregard près de Blois, d'hôtels parisiens (hôtels des Guise, de Toulouse, du Faur dit Torpanne ou Le Tellier, en 1567). Depuis 1556, il est souvent cité dans les comptes ; on possède quelques exemples de sa production française : Eurydice et Aristée (Londres, N. G.), l'Enlèvement de Proserpine (Louvre), des compositions inspirées de Primatice (Amour et Psyché, Detroit, Inst. of Arts ; la Continence de Scipion, Louvre), sans doute de rares portraits. Très bon dessinateur, il donna, comme Primatice, des projets pour les fêtes, des modèles aux graveurs (le Concert par E. Delaune) et des cartons de tapisseries (Histoire d'Artémise, Louvre et British Museum). Il est mentionné pour la dernière fois lors de l'entrée de Charles IX à Paris en 1571 avec son fils Giulio Camillo (réalisation d'arcs de triomphe et décor de l'Hôtel de Ville).

Figure originale du maniérisme émilien, auquel il apportera une contribution notable dans le domaine de la décoration (spécialement avec ses " concerts " et ses " paysages "), Nicolò Dell'Abate joua en France, dans la première et la seconde école de Fontainebleau, un rôle personnel attesté par des copies, des imitations, des dérivations de son œuvre. Son influence sur Antoine Caron est certaine.

Son atelier, ses fils, surtout Giulio Camillo, mentionné en France entre 1561 et 1577 et qui lui succédera dans ses charges, diffusèrent sa manière, dont le naturalisme et la sensibilité picturale corrigèrent l'académisme issu de Primatice.