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De Troy

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Famille de peintres français.

François (Toulouse 1645 – Paris 1730). Il fut élève de son père Antoine I, de Nicolas Loir et de Claude Lefebvre. Gendre de Jean Ier Cotelle, il s’établit à Paris apr. 1662. Avec Mercure et Argus (Paris, E. N. S. B. A.), il est reçu à l’Académie royale en 1674, dont il deviendra directeur en 1708 et adjoint à recteur en 1722. Il est protégé par les Toulousains, comme Montespan et Crozat, non seulement auprès des échevins, pour lesquels il peint la Naissance du duc de Bourgogne (1682, dessin à Paris, musée Carnavalet), mais à la Cour, où il donne les portraits de Mademoiselle de Nantes (1690, Chantilly, musée Condé), Portrait d’un couple en Vénus et Pâris (1691, Louvre), de la Duchesse du Maine (1694, Sceaux, musée de l’Île-de-France), de la Princesse de Conti (Versailles). Outre son Autoportrait (1696, Offices), on compte pour ses chefs-d’œuvre les portraits du Luthiste Mouton (1690, Louvre), de Mansart (1699, Versailles), de Julienne (1722, musée de Valenciennes), de Jeanne Cotelle, son épouse (1704, Ermitage), du Frère Blaise (coll. part.) et du Père abbé des Feuillants (musée de Bordeaux) ainsi que ses dessins (Stockholm, Nm ; Louvre, et Toulouse, musée Paul-Dupuy), que Dézallier d’Argenville égalait à « ceux de Van Dyck ». Plus de trente graveurs ont reproduit ses portraits (musée Paul-Dupuy ; Paris, B. N.) parfois attribués à Largillière, à Rigaud ou à Watteau.

Jean-François (Paris 1679 – Rome 1752). Il fut l’élève de François, son père. De 1699 à 1706, il visita l’Italie, où il fut très impressionné par les grands Vénitiens de la seconde moitié du xvie s., tels Véronèse et Tintoret. Rentré à Paris, il est reçu à l’Académie en 1708 avec Apollon et Diane perçant de leurs flèches les enfants de Niobé (musée de Montpellier), encore tributaire de l’art de La Fosse. Ses premières toiles, Suzanne et les vieillards (1715, Moscou, musée Pouchkine), Loth et ses filles et Suzanne et les vieillards (1721, Ermitage), très influencées par Guerchin, donnent l’orientation de toute sa carrière.

J.-F. de Troy est le peintre de la femme, soit dans ses scènes galantes, soit dans ses allégories, soit enfin dans ses mythologies ou ses scènes religieuses, où il choisit de préférence une iconographie qui lui permette d’introduire des nus féminins : Bacchus confié aux nymphes du mont Nysa et Bacchus et Ariane à Naxos (musées de Berlin), Bethsabée au bain (1727, musée d’Angers), Suzanne et les vieillards (1727, musée de Rouen), Loth et ses filles (1727, musée d’Orléans), la Mort de Lucrèce et la Mort de Cléopâtre (1731, musée de Strasbourg), Apollon et Daphné, la Naissance de Vénus, Jupiter et Léda et Jupiter et Callisto (Berlin, Charlottenburg).

Nommé adjoint à professeur en 1716, professeur en 1719, J.-F. de Troy fut essentiellement un peintre d’histoire et exécuta peu de paysages (un bel exemple daté de 1730 au Fitzwilliam Museum de Cambridge) et quelques portraits ; ceux qu’on lui attribue sont souvent de son père. Parmi ses tableaux de jeunesse, citons ses scènes de genre, reflets d’une société mondaine et galante qu’il aima fréquenter : la Jarretière détachée, la Déclaration au boudoir (New York, coll. Wrightsman), l’Alarme (Londres, V. A. M.), la Lecture de Molière (coll. part.), l’Assemblée dans un parc (1731, Berlin, Charlottenburg). S’il recevait des commandes de grands personnages, il en reçut aussi du roi ; à Versailles, il peignit en 1734 un dessus-de-porte pour la chambre de la reine : la Gloire des princes s’emparant des enfants de France ; dans les petits appartements du roi, il participa à la série des 9 Chasses exotiques commandée en 1736 (Chasse au lion, musée d’Amiens) et peignit pour la salle à manger le Déjeuner d’huîtres (Chantilly, musée Condé), pendant du Déjeuner de jambon de Lancret (id.). À Fontainebleau, il exécuta le Déjeuner de chasse et le Cerf aux abois (1737, le premier tableau au Louvre, le second disparu ; esquisses à Londres, Wallace Coll.). Désespéré de ne pouvoir obtenir des commandes de grandes décorations, il proposa des modèles pour la manufacture des Gobelins. En 1736, il présenta 8 esquisses illustrant l’Histoire d’Esther (coll. part.). Ces esquisses, à la touche légère et au métier sûr, d’une fraîcheur et d’une liberté remarquables, préparaient les cartons (Louvre) peints à Paris, puis à Rome entre 1737 et 1740. Cette série, qui connut un grand succès, particulièrement le Triomphe de Mardochée, est typique de l’art et du goût de J.-F. de Troy : vastes compositions théâtrales, parfois un peu creuses et vulgaires, mais traitées avec virtuosité et un sens de la couleur dérivé de Van Dyck, et mises en page pompeuses et mouvementées influencées par Rubens, preuve du bienfait qu’il avait su retirer de la galerie du Luxembourg.

Vleughels, directeur de l’Académie de France à Rome, mourut en 1737 et fut remplacé par J. F. de Troy. Celui-ci s’installa à Rome en août 1738. Ayant terminé en 1740 la Suite d’Esther, il fut élu en 1744 prince de l’Académie de Saint-Luc avec Romulus et Remus (Rome, Accad. di S. Luca). Le succès de la Suite d’Esther l’engagea à préparer une nouvelle série de cartons de tapisseries ; il envoya à Paris en 1743 sept esquisses illustrant l’Histoire de Jason et de Médée, qui furent vivement critiquées (Londres, N. G. ; Birmingham, Barber Inst. ; coll. part.). Les cartons (musées du Puy, de Clermont-Ferrand, de Toulouse et Louvre), souvent très différents du projet initial, furent exécutés de 1743 à 1746 et exposés au Salon de 1748 ; l’accueil fut tiède, soit que ces luxueuses machines eussent été déjà démodées, soit que l’invention de J.-F. de Troy se fût épuisée. L’artiste travailla également pour les milieux romains et peignit une Résurrection (Rome, Saint-Claude des Bourguignons) et le Bienheureux Jérôme Emiliani et la Vierge (Rome, S. Alessio e Bonifacio) ; les dernières œuvres qu’il exécuta furent un Portement de croix, une Lapidation de saint Étienne et un Christ au jardin des Oliviers, destinées à la cathédrale de Besançon où elles se trouvent encore aujourd’hui.

J.-F. de Troy fut, en outre, un excellent pédagogue ; estimé de ses élèves, il leur laissa une grande liberté. Son influence sur le jeune Vien a été déterminante ; c’est ainsi que Suzanne et les vieillards et Loth et ses filles, exposés au Salon de 1750 (musée de Ponce à Porto Rico), inspirèrent Vien quand il traita les mêmes sujets (tableaux auj. aux musées du Havre et de Nantes). Les dernières années de la vie de J.-F. de Troy furent assombries par une querelle avec le marquis de Marigny ; tombé en disgrâce, l’artiste fut remplacé en 1751 par Natoire ; resté à Rome, qu’il ne pouvait quitter, il y mourut le 24 janvier 1752.

Victime de la réaction néo-classique, J.-F. de Troy peut cependant être tenu pour l’un des grands peintres d’histoire du xviiie siècle. L’admiration qu’il ressentit pour les maîtres flamands et vénitiens, la facilité d’invention et la richesse d’imagination de ses œuvres, peintes avec une surprenante rapidité, l’opulence de ses coloris le rangent parmi les plus brillants des maîtres décorateurs.

Il faut aussi noter ses scènes galantes, à peu près uniques dans l’art français et qui influencèrent la peinture anglaise, et surtout ses esquisses pleines de virtuosité et de spontanéité, dont l’ignorance fausse tout jugement sur le xviiie s. français.