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John Constable

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre britannique (East Bergholt, Suffolk, 1776  – Londres 1837).

Parmi les paysagistes anglais, il n'a d'égal que Turner, dont il diffère pourtant profondément, car il s'inspire essentiellement de son paysage natal plus qu'il ne cherche la grandeur dans la multiplicité des sujets. Le temps qu'il fallut pour que son génie fût reconnu et l'évolution laborieuse de son art le distinguent également de Turner.

Ses premières œuvres furent si peu concluantes qu'il débuta dans le métier de meunier, qui était celui de son père ; encouragé par l'amateur d'art sir George Beaumont et par le peintre Joseph Farington, il décida pourtant de se lancer dans la carrière artistique. En 1799, il suivit les cours de la Royal Academy ; il tira cependant plus de fruit de son étude personnelle du paysage anglais au xviiie s. et du paysage classique, comme en témoigne le Vallon de Dedham (1802, Londres, V. A. M.), qui rappelle par certains côtés la toile de Claude Lorrain Agar et l'ange (Londres, N. G.). En 1802, année où il expose pour la première fois à la Royal Academy, découvrant les limites qu'imposait à son œuvre un travail trop fidèle à la tradition, il écrivait à un ami : " Pendant deux ans, j'ai cherché à faire des tableaux et j'ai trouvé une vérité d'emprunt... Je vais bientôt revenir à East Bergholt, où je travaillerai sans relâche d'après nature... et je tendrai vers la représentation simple et authentique des scènes qui m'intéresseront... il y a place pour un peintre naturel (natural painter).  " Au cours des années suivantes, il continua avec persévérance l'étude directe de la nature, à l'exception de quelques essais, comme portraitiste et peintre religieux, faits à contrecœur et pour vivre, ainsi que des aquarelles à la manière de Girtin, exécutées en 1806 lors de l'unique séjour qu'il fit dans le Lake District. Il prit l'habitude de faire directement ses esquisses à l'huile et, en 1811, il s'était familiarisé avec ce genre, dans lequel il acquit une grande maîtrise en appliquant la peinture sur un fond rouge ; il soulignait ainsi l'individualité de chaque objet sans perdre de vue l'unité générale, comme en témoigne Écluse et cottages sur la Stour (v. 1811, Londres, V. A. M.). Pourtant les toiles terminées restaient davantage dans la tradition des paysages composés, comme c'est le cas du Vallon de Dedham (1811) ; aussi travailla-t-il, pendant les années suivantes, à rendre dans ses œuvres plus importantes ce qu'il y avait d'instantané dans l'atmosphère, et d'intime dans la composition de ses esquisses. Son idylle avec Marie Bicknell (qu'il épousa en 1816 contre la volonté de ses parents) l'affectant beaucoup, il vécut longtemps à East Bergholt. Deux livres d'esquisses datés de 1813 et 1814, et parvenus jusqu'à nous, révèlent un sens aigu de l'observation des phénomènes naturels, manifeste dans ses " portraits " d'arbres et ses études de feuillages et d'instruments aratoires.

Son Chantier naval près de Flatford Mill (1814, Londres, V. A. M.), exécuté en grande partie en plein air, fut la première réussite dans la recherche d'une expression franche pour les tableaux de vastes dimensions, réussite qui le conduisit à la série célèbre des grands paysages présentés à la Royal Academy : le Cheval blanc (1819, New York, Frick Coll.), Stratford Mill (1820), la Charrette de foin (1821, Londres, N. G.), Vue de la Stour (1822), le Cheval sautant (1825, Londres, Royal Academy). Toutes ces toiles ont pour cadre les bords de la Stour, dans le voisinage de la maison du peintre ; plusieurs furent précédées d'esquisses et d'études de composition exécutées au cours des années précédentes, tels le Cheval sautant (1824-25, Londres, V. A. M.) ou la Charrette de foin, tirée d'une étude de la Maison de Willy Lot (v. 1810-1815, Londres, V. A. M.). De manière générale, ces tableaux étaient toujours le fruit d'une longue préparation, comportant une esquisse à l'échelle, pour être sûr de retenir tout ce qu'il y avait de vérité dans l'atmosphère et d'instantané dans la composition, et présentant les personnages livrés à leurs occupations habituelles plutôt que savamment groupés. Constable acquit grâce à ces œuvres une certaine réputation et, en 1819, fut nommé A. R. A. C'est en France, cependant, que son œuvre reçut l'accueil le plus enthousiaste. Géricault ayant vu la Charrette de foin à la Royal Academy en 1821, l'œuvre fut expédiée en France par le marchand de tableaux Arrowsmith, pour figurer au Salon de 1824, où elle valut à son auteur une médaille d'or. Les romantiques français, surtout Delacroix, en admirèrent la fraîcheur et l'éclat.

C'est à la même époque que Constable reçut sa première commande importante. Depuis 1797, il était l'ami de la famille Fisher, chez laquelle il avait séjourné plusieurs fois à Salisbury. L'aîné des Fisher, évêque de Salisbury, lui commanda une vue de la Cathédrale de Salisbury (1823, Londres, V. A. M.), dont il existe, comme pour beaucoup des grandes peintures, plusieurs versions. Le caractère pittoresque de cette œuvre ne s'accorde pas tout à fait avec la ligne générale de son évolution, alors qu'il tendait vers une connaissance plus scientifique des phénomènes de la nature. En 1821-22, il fit à Hampstead (qu'il fréquentait depuis 1819) une série d'études de nuages, notant l'heure et la date exacte de l'exécution, et souvent même le temps qu'il faisait. Il les fit peut-être sous l'influence de la classification des nuages qui venait d'être dressée par le météorologiste Luke Howard ; de toute évidence, l'artiste tenait ses études pour un net progrès dans la connaissance de la source de la lumière, qui détermine l'aspect des choses. " On m'a souvent conseillé, écrit-il à John Fisher en 1821, de considérer mon ciel comme une toile blanche tendue derrière les objets. Il est certain que si le ciel est envahissant, à l'exemple des miens, ce n'est pas bon ; mais si le ciel s'efface, à l'encontre des miens, c'est pire. Le ciel est la source de la lumière dans la nature et gouverne toute chose. " En 1824, un séjour à Brighton, nécessité par la santé déficiente de sa femme, le poussa à étudier encore davantage les changements atmosphériques et ce qu'il appelle le " chiaroscuro de la nature ", c'est-à-dire les gradations de tons de la lumière naturelle. À la recherche de cet effet, il adopta plusieurs procédés qui lui attirèrent des critiques sévères, comme celui de couvrir sa toile de taches blanches pour rendre le scintillement des feuilles mouillées et de la rosée, et celui de l'usage de pinceaux plus gros ou du couteau à palette pour obtenir une matière plus variée, comme dans le Château de Hadleigh (1829). Il fut élu R. A. en 1829, mais, cette même année, il perdit sa femme, et la dépression qui suivit, au terme de ce mariage exceptionnellement heureux, obscurcit ses dernières années. Son travail se fit plus élémentaire, comme dans la Cathédrale de Salisbury vue à travers champs (1831, en dépôt à la N. G. de Londres), et sa technique fut quelquefois trop compliquée. De 1829 à 1834, Constable surveilla l'exécution des remarquables estampes à la manière noire gravées par David Lucas d'après ses œuvres, en partie pour rivaliser avec le Liber studiorum de Turner, et qui contribuèrent à accroître sa popularité. De 1833 à 1836, il donna des conférences dans diverses institutions, principalement à Londres, sur l'histoire du paysage, qui révèlent une connaissance approfondie de l'œuvre de ses prédécesseurs et qui sont très précieuses pour comprendre sa conception de l'art. Dans sa maturité, il s'était fixé comme but de représenter sans artifice la campagne " symbolisant le phénomène naturel dans sa signification la plus pure ". Cependant, ce naturalisme n'était en aucune façon dénué de sentiment, et sa sensibilité vis-à-vis du sujet transparaît dans la fidélité aux sites auxquels il était personnellement attaché : la campagne qu'il connaissait depuis son enfance et les endroits où vivaient ses amis. Comme le poète Wordsworth, qu'il rencontra en 1806, il croyait en l'étude de la nature et de la vie humble, mais toujours en pensant à ce qu'elles impliquaient. Son œuvre n'eut guère de prolongement en Angleterre. Condamnée par Ruskin, elle est fort éloignée de l'attitude de Turner ou des préraphaélites envers la nature. Constable exerça en revanche une influence réelle en France, où il poussa les romantiques à rechercher une plus grande liberté d'exécution et où, un peu plus tard, il joua un rôle important dans la formation des peintres de Barbizon. Il est un précurseur direct de l'Impressionnisme. Une rétrospective a été consacrée à l'artiste (Londres, Tate Gallery) en 1991.