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Jean Siméon Chardin

Jean Siméon Chardin, la Pourvoyeuse
Jean Siméon Chardin, la Pourvoyeuse

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre français (Paris 1699  – id. 1779).

La carrière de Chardin s'est entièrement déroulée à Paris, entre la rue de Seine, où il est né, les rues Princesse et du Four, où il occupera plusieurs logements, et le Louvre, qu'il habita de 1757 à sa mort.

Élève de Pierre-Jacques Cazes, Chardin entre ensuite dans l'atelier de Noël-Nicolas Coypel. En 1724, il est reçu maître peintre à l'Académie de Saint-Luc. Quatre ans plus tard, il expose place Dauphine plusieurs natures mortes, dont la Raie (Louvre). Toujours en 1728, l'Académie lui ouvre ses portes, grâce, semble-t-il, à l'appui bienveillant de Nicolas de Largillière, auteur, actuellement quelque peu méconnu, d'admirables natures mortes. Reçu et agréé le même jour, il offre la Raie et le Buffet (Louvre) à l'Académie et en suivra dorénavant fidèlement les séances. En 1731, il épouse Marguerite Saintard, avec qui il était fiancé depuis 1720. La même année naît un fils, Pierre-Jean, dont son père voudra, en vain, faire un peintre d'histoire. Malgré ses premiers succès, Chardin est obligé d'accepter des tâches " peu satisfaitantes ". Ainsi, Jean-Baptiste Van Loo l'engage-t-il à ses côtés pour la restauration de la galerie François-Ier à Fontainebleau. C'est durant cette même période que Chardin se tourne vers le tableau de figures, la scène de genre à la manière des Hollandais : Dame cachetant une lettre (1733, Berlin, Charlottenburg). En 1735, l'artiste perd sa femme. L'inventaire après décès de celle-ci révèle une certaine aisance. En 1737, le Salon, qui n'avait plus eu lieu depuis 1704, sauf en 1725, présente 8 tableaux du peintre. Chardin y exposera fidèlement jusqu'à l'année même de sa mort.

De 1738 environ datent quelques-unes de ses plus charmantes représentations de l'enfance : le Jeune Homme au violon, l'Enfant au toton (tous deux au Louvre). Il est présenté à Louis XV en 1740 et offre au roi la Mère laborieuse et le Bénédicité (tous deux auj. au Louvre). En 1744, il épouse en secondes noces Marguerite Pouget, qu'il devait immortaliser par le pastel du Louvre de trente ans postérieur. Ces années marquent l'apogée de sa réputation. Louis XV paie 1 500 livres la Serinette (Louvre), le seul tableau de l'artiste que le roi ait acquis. Ses collègues de l'Académie, en témoignage de confiance, le chargent officieusement (1755) puis officiellement (1761) de " l'accrochage " des tableaux du Salon. Cette mission, dont il s'acquitte avec humour, lui permet de mettre en valeur les œuvres qu'il aime et d'entrer en contact avec Diderot, qu'il se plaira à guider.

Jusqu'en 1770, la réputation de Chardin dans les genres dont il s'est fait une spécialité est grande et sa vie paisible. Mais, à cette date, J. B. M. Pierre devient le tout-puissant directeur de l'Académie, écartant les protecteurs de Chardin, et les dernières années du peintre sont difficiles. Il démissionne de ses différents postes à l'Académie ; la critique s'étonne, certes, devant ce " vieillard infatigable ", ce " phénomène pittoresque ", et devient sévère. Sa vue baisse, l'obligeant à se tourner vers le portrait au pastel (quatre au Louvre), et Chardin meurt dans une indifférence quasi générale qui devait durer presque un siècle.

" ... Un jour, un artiste fait grand étalage des moyens qu'il employait pour purifier et perfectionner ses couleurs. M. Chardin, impatient de ce bavardage de la part d'un homme à qui il ne reconnoissoit d'autre talent que celui d'une exécution froide et soignée, lui dit : “Mais qui vous a dit qu'on peignît avec les couleurs ? — Avec quoy donc ? répliqua l'autre, fort étonné. — On se sert des couleurs, reprit M. Chardin, mais on peint avec le sentiment.” " C'est ainsi que Cochin parlait de son ami dans une lettre qu'il envoyait, au lendemain de sa mort, à Haillet de Couronne, qui devait prononcer l'éloge funèbre du peintre devant l'académie de Rouen, dont il avait été membre. En effet, c'est ce sentiment qui différencie l'art de Chardin de celui de ses nombreux contemporains, spécialisés comme lui dans ces genres — alors considérés comme mineurs — de la nature morte et de la scène de genre. Chardin a en effet deux registres qu'il pratique tour à tour. Et si, dans la scène de genre, il se tourne de préférence vers les exemples hollandais, qu'il interprétera à sa manière (à une autre échelle et sans chercher par exemple à rendre avec minutie les nuances du satin), dans ses natures mortes (il convient de donner une place à part à l'unique Bouquet de fleurs de la N. G. d'Édimbourg), c'est l'exemple d'un Fyt, de ses émules francisés, tel Pieter Boel, ou encore d'un Largillière qui semble avoir guidé ses premiers pas. Pourtant, le problème de l'évolution paraît, en ce qui concerne Chardin, d'importance secondaire. Les natures mortes d'avant 1730 (un bel ensemble au musée de Karlsruhe) se reconnaissent à un faire particulièrement gras, à une mise en page moins équilibrée, à une construction moins rythmée, et les figures de genre des années 1740 (la Pourvoyeuse, 1739, Louvre ; la Gouvernante, id., Ottawa, N. G.) sont particulièrement savantes dans la juxtaposition des plans et évitent le détail anecdotique. Mais l'essentiel est ailleurs : peintre de la vie bourgeoise, Chardin est surtout peintre de la " vie silencieuse ", des objets les plus familiers comme de leurs usagers. Jamais l'artiste ne sera plus grand toutefois que devant la mort, et l'émotion qui se dégage de toiles comme le Lapin mort (musée d'Amiens) ou le Lièvre au chaudron (Stockholm, Nm) est obtenue sans aucune concession à la facilité de l'anecdote ou à l'effet. Une composition comme la Serinette (Louvre et New York, Frick Coll.) est un chef-d'œuvre d'intimisme " hollandais " élégant et bourgeois, traduit à la française, et le Bocal d'olives (1760, Louvre) comme la Brioche (1763, id.) sont des chefs-d'œuvre d'illusion et de vérisme que Diderot admirait déjà : " Vous revoilà donc, grand magicien, avec vos compositions muettes... comme l'air circule autour de ces objets... C'est une vigueur de couleurs incroyable, une harmonie générale, un effet piquant et vrai, de belles masses, une magie de faire à désespérer, un ragoût dans l'assortiment et l'ordonnance ; éloignez-vous, approchez-vous, même illusion, point de confusion, point de symétrie non plus parce qu'ici il y a calme et repos. " En 1765, il reçoit commande par le marquis de Marigny de trois dessus-de-porte (deux — Attributs de la Musique, Attributs des Arts — sont au Louvre). Enfin les pastels (Autoportraits du Louvre de 1771 et de 1775 ainsi que celui, non daté, et le Portrait de son épouse de 1775, id.) terminent cette carrière par une note d'analyse psychologique jusqu'alors absente.

On estime à plus de 1 000 le nombre de toiles exécutées par Chardin durant sa longue carrière, ce qui surprend de la part d'un peintre que ses contemporains accusent souvent de " paresse ". Avec plus de 30 tableaux provenant en majeure partie de la collection Lacaze, le Louvre est le musée le plus riche en Chardin. Les musées de Stockholm, Karlsruhe, Glasgow, le musée Jacquemart-André et le musée de la Chasse à Paris possèdent, eux aussi, de beaux ensembles d'œuvres de l'artiste. Une rétrospective lui a été consacrée en 1979 (Paris, Cleveland, Boston).