En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Leonard Bramer

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre néerlandais (Delft 1594  –id.  1674).

En 1614, il partit faire le traditionnel voyage de Rome après être passé par Paris et Aix-en-Provence, où sa présence, en compagnie de Poelenburgh, est attestée en 1616. À Rome, v. 1618, il dut faire partie de la Bent. Il est plusieurs fois cité dans les archives romaines entre 1619 et 1627. Au cours de son séjour, il visita toute l'Italie et obtint déjà un franc succès : on parle du prince Mario Farnèse qui avait " beaucoup de ses œuvres en grand et en petit... " En 1628, Bramer est de nouveau à Delft et entre à la gilde l'année suivante. Peut-être a-t-il fait d'autres voyages en Italie. Avant 1647, il travaille à la décoration du château de Rijswijk pour Frédéric d'Orange, puis pour Maurice de Nassau. De 1660 à 1663, il est payé pour des fresques dans le nouveau Doele (maison de tir) de Delft. En 1667-68, il exécute de nouveaux travaux de décoration (fresques ou plus vraisemblablement peintures marouflées) dans la grande salle du Prinsenhof (auj. musée de Delft), dont il reste le plafond, où est peinte l'Ascension du Christ. On ne connaît rien de sa peinture de chevalet avant sa période italienne, le plus ancien tableau étant daté de 1626 : les Guerriers au repos (La Haye, musée Bredius). Le goût des effets de lumière scintillants et fantastiques qui détachent brutalement les figures sur un fond très sombre, l'utilisation quasi maniériste du clair-obscur, une facture perlée, menue et vibrante, qui cisèle précieusement les parties éclairées, telles sont les caractéristiques du style italien de Bramer, où le souvenir de Fetti et de Jacopo Bassano compose avec une forte empreinte elsheimérienne. On la décèle en particulier dans le goût des coulisses de ruines couvertes de feuillage et le luminisme fantastique : les Cavaliers de la Residenzgal. de Salzbourg (coll. Czernin) — fascinant nocturne peint sur ardoise (support cher à Elsheimer, comme le cuivre d'ailleurs, auquel Bramer aura souvent recours) —, ou bien Héro et Léandre (1630, Prado) sont de bons exemples de cette période, comme la Découverte des corps de Pyrame et de Thisbé (Louvre) et son pendant, la Mort des enfants de Niobé (Paris, coll. part.), ou la Scène de combat nocturne du musée de Cambrai. De retour à Delft, Bramer maintient ce style inquiet et expressif qui fait de lui l'un des meilleurs peintres d'histoire néerlandais, parallèlement aux débuts de Rembrandt, et un artiste comparable à Vignon en France, à la même époque. Toutefois, sa technique se perfectionne, notamment dans la suggestion de la profondeur spatiale et des arrière-plans, très souvent constitués par des architectures d'un modelé délicat : Présentation au Temple (Philadelphie, Museum of Art, coll. Johnson), Prière de Salomon (v. 1635-1640, Dresde, Gg), le Christ chassant les vendeurs du Temple (Milan, C. Sforzesco), Scène de sorcellerie (musée de Bordeaux). L'art de Bramer atteint son apogée avec les deux Allégories de la Vanité et de la Fragilité (Vienne, K. M.).

Ce parfait " prérembraniste " qu'est Bramer finit à son tour par tomber, dans les années 1640, sous l'influence de Rembrandt. Le Jésus enfant au Temple (164 ?, Brunswick, Herzog Anton Ulrich-Museum) prouve ce ralliement, qui repose d'ailleurs davantage sur des effets purement techniques que sur des emprunts directs. Bramer subit aussi d'autres influences au début des années 1640, notamment celle des caravagesques d'Utrecht, comme l'attestent de grandes toiles, un peu inattendues chez un peintre " miniaturiste " comme lui, tel le Reniement de saint Pierre (1642, Rijksmuseum), véritable pastiche de Honthorst. Par la suite, la manière de Bramer perd en qualité et en originalité ; elle trahit davantage d'italianismes, comme dans le Siméon au Temple (Brunswick, Herzog Anton Ulrich-Museum), ou se rapproche fortement de celle de Knupfer dans le Crésus et Solon de 1647 (Vienne, anc. coll. Hock), cédant même à la caractéristique évolution antirembranesque et pompeuse des années 1650 dans la grande toile théâtrale du Sacrifice de Salomon aux idoles (1654, Rijksmuseum), trop étrangère au vrai génie de Bramer. Dans la vaste production de Bramer, on doit mentionner ses nombreux dessins, d'une rudesse presque vulgaire ; il s'agit souvent de suites entières sur des thèmes littéraires comme les Faits et Gestes de Till Eulenspiegel (1656, Brême, Kunsthalle) ou les Songeries espagnoles de Quevedo (1659, Munich, cabinet des Estampes).