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Bertram

dit Maître Bertram

Meister Bertram, la Création des animaux
Meister Bertram, la Création des animaux

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre et sculpteur (?) allemand (Minden, Westphalie, v. 1340/1345 – av. 1415)

Le plus ancien peintre allemand dont on connaisse le nom, la vie et les œuvres a dû naître vers 1340-1345 d'une famille bourgeoise originaire de Minden, et semble être venu jeune à Hambourg. On relève son nom dans les comptes de la ville de Hambourg de 1367 à 1387. En 1390, cet artiste projette de faire un pèlerinage à Rome et rédige un premier testament, puis un second en 1410, où il se nomme Bertram, peintre bourgeois de Hambourg. Il meurt av. 1415, année où des parents originaires de Minden font valoir leurs droits d'héritiers.

Personnalité remarquable, il est la principale figure de l'art du xive s. en Basse-Allemagne. Son ouvrage majeur, connu sous le nom de Retable de Grabow — car c'est dans cette ville du Mecklembourg qu'il fut placé au xviiie s. et demeura jusqu'en 1903 —, a été exécuté pour l'église Saint-Pierre de Hambourg ; il porte la date de 1379 et fut mis en place en 1383 (Hambourg, Kunsthalle). Cet immense retable, large de 7 mètres, orné d'une multitude de figures sculptées et d'une série de 24 tableaux, est un des témoins les plus importants du début de la peinture de panneaux en Allemagne. Il comporte deux paires de volets, qui ne s'ouvraient qu'aux jours de fête : lorsque les volets extérieurs sont ouverts, on peut voir, sur 2 rangées de 12 tableaux, 18 scènes de la Genèse (de la Création à l'histoire d'Isaac) et 6 scènes de l'Enfance du Christ (de l'Annonciation à la Fuite en Égypte) ; lorsque les deux paires de volets sont ouvertes, apparaît le retable sculpté : au milieu du coffre central se dresse la Crucifixion, entre deux rangées superposées de Prophètes, d'Apôtres et de Saints dans des niches qui remplissent également les coffrages des volets. Bertram est-il l'auteur des sculptures ? Cette hypothèse semble vraisemblable, bien que les documents le présentent seulement comme peintre. La disparition des peintures extérieures nous laisse ignorer l'aspect du retable fermé, tel qu'il apparaissait quotidiennement. Dans cette série de tableaux, si frappants par leur simplification monumentale, la modernité de l'art de Bertram réside dans son effort pour suggérer le volume des corps en détachant sur le fond d'or de grandes figures modelées de clair et délimitées par un dessin très net, dans un décor réduit à l'essentiel, mais où quelques objets familiers ou quelques éléments naturels, plantes ou animaux, sont rendus avec justesse. La solennité de la représentation répond à l'ampleur du programme iconographique, qui illustre l'histoire de la Rédemption depuis les jours de la Création. On reconnaît aussi comme œuvre caractéristique du maître le Retable de la Passion (musée de Hanovre), triptyque entièrement peint qui présente des rapports étroits avec le Retable de Saint-Pierre et témoigne des mêmes recherches d'expression de l'espace et des volumes. Mais à la grandiose simplicité du premier a succédé une manière plus narrative et gracieuse, influencée par l'art franco-allemand de la fin du xive s., qui dénote la nouvelle orientation de l'art allemand. Lorsque les volets sont ouverts, on voit, sur 2 rangées, 16 tableaux illustrant la Passion du Christ depuis l'Entrée à Jérusalem jusqu'à la Pentecôte. On a proposé d'identifier cette œuvre avec le Retable de la Vierge offert en 1394 à l'église Saint-Jean de Hambourg par la confrérie du Corps de Jésus des " Flanderfahrer " (ou navigateurs commerçant avec les Flandres). D'autres retables ont été groupés autour de ces deux œuvres authentiques : le grand Retable de la vie de la Vierge, provenant de Buxtehude (Hambourg, Kunsthalle), est généralement considéré comme un travail d'atelier, exécuté v. 1410 par un artiste plus jeune ; mais 6 scènes de la Vie du Christ en 2 volets (Paris, musée des Arts décoratifs), restes d'un important retable d'un style très proche de celui de Hanovre, peuvent être regardées comme œuvre originale de Bertram.

Les sources de l'art de Bertram restent obscures. Ses origines westphaliennes expliquent sans doute la parenté des programmes et des compositions iconographiques avec ceux des retables westphaliens contemporains. Mais la manière en est toute différente : elle trahit sinon l'influence de l'art bohémien du troisième quart du xive s. (Théodoric de Prague), du moins les mêmes préoccupations et les mêmes recherches. Bertram est un des meilleurs représentants dans les écoles du Nord du réalisme naissant, mais son art, puissant et naïf, ne semble pas avoir exercé un véritable rayonnement : il est supplanté dès 1420 par la vague du Gothique international, plus élégant et nerveux, importé des cours occidentales, et que Maître Francke, successeur de Bertram à Hambourg, mais venu des Pays-Bas, diffusera dans toute la Hanse.