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Jacopo da Ponte, dit Jacopo Bassano

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre italien (Bassano v.  1515 – id.  1592).

Après avoir étudié avec son père, Francesco, il se rend à Venise et fréquente l'atelier de Bonifacio de' Pitati. Il est influencé par Titien, par l'estampe allemande, mais aussi par les planches gravées d'après Raphaël. Les trois toiles bibliques (1535) exécutées pour le Palais public de Bassano (auj. Museo Civico) font la synthèse des apports dus à son maître et de ses tendances personnelles : les schémas narratifs empruntés à Bonifacio sont soutenus par un naturalisme nouveau. Venant de la " terre ferme ", Bassano est en effet sensible aux formes réalistes de la plaine du Pô, mais également aux tendances maniéristes. Intéressé par la peinture de Pordenone au cours des années 1535-1540, il lui emprunte une structure plastique sur laquelle il peut greffer des " morceaux " d'une étonnante vérité, libéré désormais de l'influence de Bonifacio (Samson et les Philistins, Dresde, Gg ; Adoration des mages, coll. Exeter, Burghley House, Grande-Bretagne).

Adhésion au Maniérisme

Le courant maniériste, en plein essor à Venise v. 1540, lui fait entrevoir de nouvelles possibilités, auxquelles il adhère avec enthousiasme, chacun de ses tableaux ayant pour lui une valeur expérimentale en soi.

1540-1550

Bassano produit successivement des œuvres fort différentes : le Martyre de sainte Catherine (musée de Bassano), qui rappelle Pontormo ; la Décollation de saint Jean-Baptiste (Copenhague, S. M. f. K.), où les figures, effilées, d'une élégance toute émilienne, sont insérées dans un espace réduit ; la Montée au Calvaire (Londres, N. G.), inspirée des gravures romaines (de Raphaël en particulier) ; la Nativité (Hampton Court) ; le Repos pendant la fuite en Égypte (Milan, Ambrosienne), où le rythme maniérisme met en évidence des morceaux d'une vérité violente. Les indications graphiques contenues dans les estampes transmises à Venise par l'Émilie et par le Nord lui suggèrent des enchaînements animés et tourbillonnants. Sa palette s'éclaircit, ses tons perdent de leur chaleur. Si, à ses débuts, le coup de pinceau franc et décidé s'intégrait pourtant dans la surface picturale, désormais, fouillant le dessin, la facture se brise en coups de pinceau plus brefs, pour résoudre chacun des accidents graphiques en solution picturale. De ce moment datent les Deux Chiens du Louvre (1548), un des premiers " portraits d'animaux " de l'histoire de la peinture.

1550-1560

Les expériences tentées au cours de ces dix dernières années mûrissent d'une façon décisive le goût de Bassano. Dans la Cène (v. 1550, Rome, Gal. Borghèse), les têtes des apôtres et les éléments de nature morte disposés sur la table sont mis en relief par la véhémence du dessin et par l'accentuation des ombres. Cette œuvre, qui marque la fin d'une période de Bassano, révèle son étude du clair-obscur de Tintoret et sa connaissance de Schiavone (Montée au Calvaire, musée de Budapest). La tension formelle reste très forte, et l'on rencontre, dans un espace raréfié et bouleversé, quelques " morceaux " d'un réalisme voisin de celui que pratiqueront les peintres espagnols du xviie s. (par exemple l'âne qui allonge le cou au-dessus des fleurs rouges dans la Nativité [Stockholm, Nm]). Par un jeu précieux de lumière, il obtient des drapés tumultueux et sculpte l'anatomie noueuse des corps. Dans l'Adoration des bergers (Rome, Gal. Borghèse), sur un fond de ciel limpide et froid, êtres et animaux acquièrent une présence fantastique qui prélude à l'art de Greco. Allégées par le jeu linéaire appris de Parmesan (connu alors surtout à travers Schiavone), les formes se tordent, se chevauchent, mais gardent leur vérité épidermique (Sainte Justine avec saint Sébastien, saint Antoine abbé et saint Roch, v. 1560, Bassano, Museo Civico). Les détails réalistes des tableaux exécutés entre 1540 et 1550 étaient enfermés dans le tracé du dessin ; ils prennent désormais un nouvel aspect, dans un espace rempli d'ombres, et par conséquent plus évocateur : Lazare et le mauvais riche (musée de Cleveland). Entre 1550 et 1560, Bassano va donner à ces ombres leur véritable signification temporelle ; les aubes et les couchers de soleil qui paraissent dans ses compositions leur donnent le caractère de vrais paysages. À cette époque, une luminosité particulière, dont le chromatisme froid est obtenu par un emploi très large des terres (le Voyage de Jacob, v. 1560, Hampton Court), imprègne l'œuvre du peintre et lui confère une expression lyrique et fantastique profondément nourrie par l'expérience maniériste. Ce moment du goût bassanesque se réalise dans une nouvelle interprétation de la Bible : narrations d'exodes et de paraboles sur un fond d'aubes et de crépuscules, dans un décor pastoral. Dès la fin des années 1560-1570, Bassano développera plus amplement, et avec un esprit différent, ce nouveau genre de tableau dont il vient de fixer les grandes lignes. Des œuvres comme l'Épiphanie (Vienne, K. M.), où il conserve inaltérée cette tension hallucinée qui frappera Greco, permettent de mieux comprendre le Départ pour Canaan (Hampton Court) et la Parabole des semailles, tout en les distinguant des thèmes bibliques qu'il traitera plus tard.

1560-1570

La Crucifixion de S. Teonisto (musée de Trévise), proche de l'Épiphanie, est une œuvre qui constitue le point de repère essentiel (1562) dans la chronologie, difficile à reconstituer, de Bassano. Le Christ est sur la croix, isolé sur un ciel très haut assombri d'épais nuages traversés de lueurs, tandis que, plus bas, sur les collines où se dresse la croix et où se tiennent Marie et Jean, la lumière est froide et limpide. Cette nouvelle et extraordinaire vision bouleversera Greco, mais aussi Véronèse. Désormais Bassano se dégage des fantasmes maniéristes et se tourne vers un naturalisme plus large. La puissance expressive du Christ résulte d'un luminisme intense, vigoureux, coloré ; certaines parties des figures distribuées sur les surfaces claires appellent, par l'orchestration des tons froids, les passages " impressionnistes " peints dix ans plus tard. Poursuivant et approfondissant la même expérience, Bassano atteint, dans son Saint Jérôme (Venise, Accademia), à une vérité qui annonce Borgianni et le réalisme du xviie s. L'Adoration des bergers (1568, musée de Bassano) détermine une nouvelle phase de son évolution, qui s'affirme dans un ensemble de grands tableaux d'autel. Délivré de l'imaginaire halluciné des années précédentes, le peintre s'abandonne au lyrisme de la lumière, à la magie de la touche, à une peinture tout à la fois naturelle et artificielle. Le fondement des compositions est narratif, qui échelonne les figures en diagonale. L'intonation est souvent crépusculaire afin que la poésie réside tout entière dans la vibrante texture lumineuse, où jouent simultanément ruptures et croisements des touches d'ombre et de lumière sur les demi-teintes (Baptême de sainte Lucile, musée de Bassano). L'inspiration, bucolique et pastorale, se retrouve dans les tableaux illustrant les pages les plus diverses de la Bible : cycles du Déluge, vie et passion du Christ. Tous ces sujets sont exposés à travers palais et cuisines dans un cadre champêtre, souvent nocturne, où le jeu des lumières, flambeaux, chandelles, charbons ardents, assume un rôle important (Départ pour Canaan, Venise, Palais ducal ; Annonce aux bergers, musée de Prague). L'inspiration champêtre de cette période se précise dans une série d'allégories des mois et des saisons, qui illustre la vie agreste et domestique aux différentes époques de l'année.

Diffusion des scènes bibliques et pastorales

Ce nouveau genre biblico-pastoral est largement diffusé par l'atelier de l'artiste et, surtout v. 1570), par son fils Francesco, auquel se joignent ensuite ses autres fils. Ces tableaux eurent beaucoup de succès auprès des collectionneurs vénitiens et à l'étranger. L'afflux des demandes obligea Bassano à faire exécuter de nombreuses répliques de ses originaux, et il est difficile d'identifier leurs auteurs parmi les fils de l'artiste.

Dernières œuvres

Vers 1580, le goût de Bassano se modifie de nouveau ; dans son Saint Martin (musée de Bassano), l'apparition soudaine, sur le fond sombre de la grotte, du saint en armes monté sur un cheval blanc rompt avec l'harmonie des compositions antérieures et introduit un souffle d'inquiétude. Cette orientation nouvelle s'affermit. L'interprétation des scènes de la Passion est plus tragique. L'ordonnance lumineuse est bouleversée par un sentiment angoissé, par un regain de fantaisie hallucinée. Fruit des expériences de jeunesse les plus hardies et né d'une confrontation avec les dernières méditations de Titien et de Tintoret (Suzanne et les vieillards, 1585, musée de Nîmes), l'exagération du contraste entre le clair et l'obscur, le langage intériorisé et dramatique de ses dernières œuvres est tout nouveau.

L'artiste vécut paisiblement toute sa vie dans sa ville natale, travaillant pour les églises de Bassano et de ses environs, loin de Venise, où triomphèrent Véronèse et Tintoret. Il est pourtant, avec ces deux peintres, un des novateurs du Maniérisme vénitien. Il occupe à ce titre une position toute personnelle. Son art oscille entre deux tendances : l'une imaginaire et hallucinée, qui se retrouvera chez Greco ; l'autre naturaliste et luministe, à propos de laquelle on a parfois prononcé le nom de Velázquez et celui des Impressionnistes. Une rétrospective concernant l'artiste a été présentée (Bassano ; Fort Worth, Texas) en 1992-1993.

Les fils Bassano

Bassano eut quatre fils qui pratiquèrent la peinture : Francesco (Bassano 1549 – Venise 1592), Leandro (Bassano 1557 –Venise 1622), Gerolamo (Bassano 1566 – Venise 1621), Giambattista (Bassano 1553 – id. 1613). Deux d'entre eux connurent la notoriété. Francesco, établi à Venise en 1579, continua la production de scènes domestiques et champêtres. Il entreprit ensuite plusieurs œuvres dans la tradition de l'école de Tintoret (toiles dans les salles du Grand Conseil et du Scrutin au Palais ducal de Venise). Leandro, arrivé à Venise quelques années plus tard, se distingua dans le portrait et adapta la manière paternelle au goût de Venise à la fin du xvie s. (série des Mois, Vienne, K. M.).