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école d'Avignon

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Avignon au temps des papes

Le foyer d'art qui s'est développé en Avignon et en Provence de 1330 env. au début du xvie s. ne mérite le nom d'école que pour le xve s. Au xive s., il s'agit plus proprement d'un centre artistique né de circonstances historiques exceptionnelles et qui pratiquement disparaît avec celles-ci : l'essor de la peinture en Avignon correspond au séjour de la cour pontificale. Fixés en Avignon de 1326 à 1367, les papes décident d'en faire la digne capitale de la chrétienté et, imités par leur entourage, entreprennent de grands travaux dont le prestige doit être le symbole de leur autorité ; ils font d'Avignon l'un des principaux foyers de culture européens, en y attirant des intellectuels et des artistes de tous les pays. Les peintres siennois y sont de loin les plus importants : Simone Martini, le Maître du Codex de Saint-Georges, puis Matteo Giovannetti, maître d'œuvre au palais des Papes et à la chartreuse de Villeneuve de 1343 à 1367. Les connaissances techniques et les qualités réalistes des Italiens s'allient au sens décoratif et à l'esprit courtois du milieu français : les fresques anonymes de la Chasse et de la Pêche (1343, tour de la Garde-Robe) sont une œuvre, sans doute collective, au confluent des deux esthétiques. Point de contact entre artistes d'origines diverses, Avignon est à la fois un relais pour la transmission des leçons italiennes vers le nord et le creuset où se fondent les premiers éléments qui composeront le style gothique international. Pendant le Grand Schisme (1378-1418), la peinture avignonnaise se maintient par la force de la tradition. Il n'en demeure que peu de vestiges : les fresques d'inspiration florentine à l'église Saint-Didier d'Avignon, celles d'une maison de Sorgues (auj. Avignon, Petit Palais), imitation française de la Garde-Robe. Les peintres locaux cherchent des références dans le passé siennois (Retable de Thouzon, Louvre) ou, comme J. Iverni, dans le Gothique international, déjà en retrait partout ailleurs.

Avignon au xve siècle

Vers le milieu du xve s. commence une véritable école, provençale plutôt qu'avignonnaise, dont la production sera particulièrement cohérente et conti nue. Pendant cette période de stabilité politique et de prospérité favorable à un renouveau artistique, la Provence, restée à l'écart des ravages de la guerre, peut accueillir les peintres qui refluent du nord ; l'essor du commerce crée une clientèle nouvelle et nombreuse, la bourgeoisie de négoce ou de finance. Le premier chef-d'œuvre apparaît à Aix v. 1443, l'Annonciation d'Aix (église de la Madeleine). Barthélemy d'Eyck illustre déjà dans cette œuvre les grandes tendances de l'école : rigueur de la composition, sens des volumes simplifiés, goût d'une lumière forte qui accuse les masses. Elle exerce une influence immédiate et durable : Guillaume Dombet et son atelier, les auteurs anonymes du Retable de Boulbon (v. 1457, Louvre) et de la Pietà de Tarascon (v. 1457, Paris, musée de Cluny) dépendent d'elle dans leur dessin, leur couleur, leurs types. Plus généralement, elle impose à tous les peintres provençaux une vision large et monumentale ; ils en élimineront la souplesse flamande pour un accent méridional d'âpreté et de fermeté dépouillée, qui réussira à donner un style commun et caractéristique à des artistes venus de tous les horizons. Ce style nouveau trouve son expression la plus grandiose au milieu du siècle dans les œuvres attestées de Quarton comme dans la Pietà d'Avignon. C'est l'époque où Avignon reprend sa prééminence : les documents y signalent un nombre considérable de peintres et de peintures, aujourd'hui disparues. Ce foyer d'art, très vivant par sa situation de carrefour, reste en contact permanent tant avec le Nord (Bourgogne, France royale, Flandre), d'où viennent la plupart de ses membres, qu'avec les régions méditerranéennes (Naples, Sicile, Espagne), où se retrouvent — grâce à un jeu d'influences encore mal précisé — des formes semblables et un même esprit. Le retour de Naples du roi René, en 1442, a peut-être favorisé ce mouvement d'échanges.

Vers 1470-1480 se répand en Provence comme dans l'Europe du Nord une vague d'influence des Pays-Bas, mode peut-être encouragée ici par le roi René, amateur de peinture flamande, qui s'installe définitivement à Aix en 1471. Les peintres qui, tels Froment ou l'auteur du Retable des Pérussis (Metropolitan Museum), imitent les formules et les types du Nord conservent cependant la dure écriture et la technique rapide de leur propre milieu. Dans les vingt dernières années du siècle, une nouvelle génération, plus librement inspirée de l'art flamand, ranime la grande tradition provençale du milieu du siècle, dont le souvenir est resté vivace : l'hypothétique Changenet, Lieferinxe ou Dipre reprennent en les accusant les recherches de style du Maître d'Aix ou de Quarton, la monumentalité des figures, les formes géométriques, l'éclairage très accentué. En cette fin du xve s., la Provence se retrouve au centre d'un nouveau mouvement d'échanges, particulièrement actif, avec l'Italie du Nord (Ligurie, Piémont, Lombardie) ; les peintres traversent les Alpes ou poursuivent de chaque côté des entreprises parallèles. Influences réciproques de deux écoles de tradition encore gothique, d'une vitalité équivalente ; mais, dès le début du xvie s., la Provence sera vite laissée en arrière par les progrès de la Renaissance italienne, d'un esprit étranger au sien : l'Adoration de l'Enfant (musée d'Avignon) est un exemple unique de l'assimilation des leçons de Léonard. Ce dernier tableau marque la fin de l'école d'Avignon, qui poursuivra, pendant tout le xvie s., une production complètement en marge des courants créateurs.