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Guidolino Di Pietro, en religion Fra Giovanni da Fiesole, dit Fra Angelico

Fra Angelico, le Couronnement de la Vierge
Fra Angelico, le Couronnement de la Vierge

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre italien (Vicchio di Mugello ? v.  1395-1400 – Rome 1455).

Les documents récemment découverts ne permettent plus de considérer l'année 1387 comme celle de sa naissance, qui doit être beaucoup plus tardive. Le 31 octobre 1417, le peintre s'inscrivait encore comme laïque à la compagnie de S. Niccolò, à l'église du Carmine de Florence ; de même, les paiements pour un panneau, auj. perdu, exécuté pour la chapelle Ghierardini à S. Stefano al Ponte le mentionnent de la même manière en 1418. En revanche, un autre paiement de l'hôpital S. Maria Nuova pour " la peinture d'une croix " le nomme en 1423 " frère Giovanni des frères de San Domenico de Fiesole ". Vasari est le premier à l'appeler Fra Giovanni Angelico, confirmant la fortune d'un adjectif employé auparavant par Fra Domenico da Corella et Landino. Il serait puéril d'imaginer ce peintre comme humble frère reclus, car son activité artistique eut bien vite un très large retentissement. Il suffit de rappeler qu'en 1438 une lettre de Domenico Veneziano cite comme peintres importants de Florence les seuls Filippo Lippi et Fra Angelico, et la décoration de la chapelle Majeure de Saint-Pierre de Rome fut confiée à ce dernier. Sa condition de religieux ne l'empêcha pas d'accueillir les nouveautés de la Renaissance ; au contraire, fort en avance sur Lippi lui-même et sur Paolo Uccello, il fut le premier à comprendre la portée de la nouvelle conception architectonique de Brunelleschi et de la révolution picturale de Masaccio, même s'il les interpréta comme un retour à la simplicité et à la pureté de l'Antiquité et des débuts du christianisme. Au siècle dernier, en prenant comme point de départ une interprétation de Vasari qui s'alignait surtout sur les préceptes de la Contre-Réforme, on insistait sur les caractères édifiants et dévots de la peinture d'Angelico, et sur des œuvres comme les reliquaires peints pour Fra Giovanni Masi (Florence, museo di San Marco, et Boston, Gardner Museum) ; aujourd'hui, on préfère mettre en évidence ses liens avec la première Renaissance, son effort novateur et l'influence initiale de Masaccio, qui se manifeste sans exception dans ses premières œuvres.

La première période

Longhi, à propos de l'activité de jeunesse du peintre, considère d'une manière convaincante qu'après les manifestations d'une première influence de Masaccio dans quelques peintures comme le Saint Jérôme (Princeton, musée de l'Université), sans doute exécuté en 1424, on doit passer à des œuvres telles que le retable de S. Domenico à Fiesole (prédelle à Londres, N. G.), qui, en 1425 ou peu après, révèle une orientation vers la manière de Gentile da Fabriano, pour arriver, toujours av. 1430, à la période le plus fortement inspirée par Masaccio. C'est le moment où Angelico peint des petits panneaux tels que l'Imposition du nom à saint Jean-Baptiste (Florence, museo di San Marco), Saint Jacques et Ermogène (Fort Worth, Kimbell Art Museum), Nativité du Christ et Agonie au jardin (Forlí, Pin.), Conversion de saint Augustin (musée de Cherbourg). Dans ces œuvres, les formes et l'espace rappellent clairement le Tribut, Adam et Ève chassés du paradis terrestre ou la Résurrection du fils de Théophile, fresques de Masaccio dans la chapelle Brancacci (Florence, église du Carmine).

La période de 1430-1445

L'aboutissement magistral de ces recherches est sans doute le Couronnement de la Vierge du Louvre, exécuté certainement av. 1435 et placé sur l'un des trois autels de l'église S. Domenico à Fiesole (des deux autres, antérieurs, l'un, la Vierge et l'Enfant avec des saints, est resté dans l'église, sauf la prédelle qui est à la N. G. de Londres, l'autre, le Retable de l'Annonciation est au Prado). La maîtrise de la perspective y est impressionnante, et le rythme des figures dans l'espace, senties déjà comme des volumes, est d'une justesse telle qu'on peut imaginer la fascination qu'une œuvre comme celle-ci dut exercer sur Domenico Veneziano et Piero della Francesca. En comparaison, le grand Tabernacle des Linaioli (1433, Florence, museo di San Marco) marque un affaiblissement de cette extraordinaire acuité spatiale : ces anges musiciens s'impriment sur le fond d'or presque à la manière d'un décor floral, et l'espace des petites scènes de la prédelle est moins homogène. Nous sommes en définitive au moment de crise de la Renaissance qui suit la mort de Masaccio, lorsque le reflux de la culture gothique domine encore le milieu artistique florentin. À côté du Tabernacle des Linaioli, il faut placer la très belle Annonciation du musée diocésain de Cortone, le Retable du couvent d'Annalena (Florence, museo di San Marco), le Couronnement des Offices, la fameuse Déposition (1436-1440) de Florence (museo di San Marco) et la Vierge trônant (id.), dans laquelle le retour à Lorenzo Monaco est si net que beaucoup de critiques la considèrent comme une des premières œuvres d'Angelico v. 1420. Un document permet de dater de 1436 la Lamentation sur le corps du Christ du museo di San Marco, nouvel exemple de la dévotion du peintre qui prélude à la décoration à fresque, plus banale, du couvent de San Marco, entre 1438 et 1445. De cette période, le chef-d'œuvre (précédé seulement de quelques années par le polyptyque de la G. N. de Pérouse, peint, semble-t-il, en 1437 et dont l'admirable prédelle se trouve au Vatican) est le retable commandé par Cosme et Laurent de Médicis pour le maître-autel de l'église du couvent de San Marco, peint v. 1440 ou peu après ; il se trouve auj. dans le musée attenant, à l'exception de la plupart des panneaux de la prédelle (Histoire des saints Cosme et Damien), partagés entre le Louvre et Munich (Alte Pin.).

Dans cette œuvre, une transparence extraordinaire des formes, même lorsqu'elles sont dans l'ombre, paraît refléter l'influence de D. Veneziano, présent à Florence à partir de 1439.

Le séjour à Rome

L'étape suivante de l'activité d'Angelico est son séjour romain avec à ses côtés son jeune élève Benozzo Gozzoli. On sait qu'il était en juillet 1445 encore à Florence et en mai 1446 déjà à Rome. En 1447, il décorait la chapelle Majeure de Saint-Pierre (auj. détruite). De la même année nous conservons les fresques de deux travées à la voûte de la chapelle S. Brizio du dôme d'Orvieto, exécutées avec Gozzoli durant les vacances estivales. Sont également détruits une chapelle de S. Niccolò (ou du Saint-Sacrement) dans le palais du Vatican, un studiolo pour lequel Angelico recevait des paiements en 1449. Seule la chapelle Nicolina nous est conservée avec des Scènes de la vie des saints Étienne et Laurent, identifiée d'habitude avec la " capella secreta D.  N. Pape ", dont la décoration, selon les documents, était en cours d'exécution en 1448. En vue d'effets monumentaux mais sobres, le peintre dispose de grandes formes avec un résultat qui, parmi ceux qui avaient déjà été obtenus, est le plus conforme à l'esprit de la Renaissance.

Les dernières années

En juin 1450, Fra Angelico était de nouveau à Florence, prieur du couvent de San Domenico. Durant cette période, il exécute des portes pour l'armoire des ex-voto de l'église de l'Annunziata (auj. à Florence, museo di San Marco) avec l'aide d'élèves, comme pour l'exécution du Retable de Bosco ai Frati (id.), qui semble presque une œuvre de jeunesse de Benozzo Gozzoli. En 1452, Angelico refuse de décorer l'abside de la cathédrale de Prato ; en décembre 1454, il est cité dans un document de Pérouse ; le 18 février 1455, il meurt à Rome et est enseveli à S. Maria sopra Minerva.

L'influence de Fra Angelico

Fra Angelico fut le chef ou tout au moins le modèle de tout un groupe de miniaturistes et de peintres florentins, parmi lesquels on distingue Battista di Biagio Sanguigni, Zanobi Strozzi (le Maître de la Madone de Buckingham Palace ?), Domenico di Michelino, Andrea di Giusto et surtout Benozzo Gozzoli. Mais on peut aussi juger l'importance de Fra Angelico par l'influence qu'il eut sur des artistes qui ne furent pas directement en relation avec lui, comme Pesellino et Filippo Lippi, et par la portée qu'ont pu avoir des œuvres comme le Couronnement du Louvre pour Domenico Veneziano et Piero della Francesca, et, en conséquence, sur les développements ultérieurs de la peinture italienne.