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Pieter Aertsen

Pieter Aertsen, la Cuisinière
Pieter Aertsen, la Cuisinière

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre néerlandais (Amsterdam 1508  – id.  1575).

Fils d'un cardeur (Aertsen signait souvent avec un trident, forme simplifiée du peigne à carder), surnommé Lange Pier (le " grand Pierre ") à cause de sa taille, il se forma chez Allaert Claesz (d'après Van Mander) et se rendit peut-être en Italie avant son inscription à Anvers en 1535 comme nouveau membre de la gilde ; il résidait alors chez Jan Mandyn. Citoyen d'Anvers, en 1542, il se marie, devenant ainsi l'oncle du jeune Beuckelaer, son futur et brillant alter ego. Vite connu (il a des élèves dès 1540, tel Stradanus), il s'enrichit et reçoit des commandes de Flandre (retables à Anvers en 1546, à Léau en 1554 — toujours en place) comme de Hollande (vitraux de l'Oudekerk d'Amsterdam en 1555, commandes du marchand mécène Rauwaerts). Il rentre dans sa ville natale, où il est mentionné de nouveau en 1557 et inscrit comme citoyen en 1563, tout en restant en relations d'affaires avec Anvers et Léau. Ce retour ne s'explique ni par des questions religieuses ni par une éventuelle concurrence de Floris, comme on l'a dit, mais sans doute par l'importance des commandes à exécuter sur place, tels les fameux retables de l'Oudekerk (dont Vasari a parlé) et de la Nieuwekerk d'Amsterdam (dont subsiste seulement au Rijksmuseum un fragment représentant une étonnante tête de bœuf). " Ces retables ont disparu dans la furie iconoclaste de la Beeldstorm protestante de 1566, qui devait tant affecter le peintre " (Van Mander) et anéantir une grande partie de sa production religieuse.

La Laitière du musée de Lille, son plus ancien tableau daté connu, atteste dès 1543 le goût d'Aertsen pour un réalisme national insistant et rustique, parallèle à celui de Pieter Bruegel. En même temps, plusieurs grands retables des années 1540 (Crucifixion, Nativité, Bruges, église Saint-Sauveur) montrent un artiste partant de la leçon des romanistes (Coecke, Van Orley) et surtout du milieu anversois de Hemessen et du Monogrammiste de Brunswick : les petites figures réalistes et gauches mais si expressives de ce dernier se retrouvent dans les œuvres religieuses des années 1550 (Portements de croix, musées de Berlin et musée d'Anvers). Aertsen a aussi ressenti de nettes influences italiennes depuis la rhétorique architecturale d'un Serlio (le Christ chez Marthe et Marie, Rotterdam, B. V. B.) jusqu'au riche coloris des Vénitiens et au maniérisme expressif de Parmesan. Très vite, les deux courants fusionnent. Dans le thème sacré (l'Adoration de l'Enfant, musée de Rouen) ou dans les sujets profanes (la Danse des œufs, 1559, Rijksmuseum ; les Crêpes, Rotterdam, B. V. B. ; les Deux Cuisinières, Bruxelles, M. R. B. A.), le réalisme inné d'Aertsen devient toujours plus monumental et vigoureux ; il est servi par une gamme de tons vifs et francs et trouve, à travers son agressivité même, un souffle épique qui constitue enfin une première réponse spécifiquement septentrionale à la " grande manière " des Italiens.

Le sommet de cet art est sans doute atteint dans les marchés de plein air, aux premiers plans éloquemment chargés de légumes et de victuailles, qui relèguent à l'arrière-plan l'élément narratif (parfois une scène religieuse, comme dans le Christ et la Samaritaine, Francfort, Städel, Inst.). En dépit du " pathos " maniériste propre au xvie s. s'y affirment les droits d'une nouvelle catégorie de la peinture, définitivement admise au siècle suivant, la nature morte : les œuvres conservées dans les pays scandinaves (Copenhague, S. M. F. K. ; Stockholm, Nm), telles que l'Étal d'une boucherie (1551, université d'Uppsala), illustrent particulièrement cette tendance, dont Joachim Beuckelaer, après Aertsen, se fera l'efficace propagateur. L'iconographie de l'artiste, que l'on commence à étudier, est particulièrement intéressante : par ses tendances moralisantes, elle annonce les thèmes qui sous-tendront la peinture néerlandaise du Siècle d'or. Quant à l'œuvre dessiné, récemment mis en valeur (surtout par des projets de retables et de vitraux d'église), il confirme, par la brutalité de son style, la vigueur et l'originalité du maniérisme hollandais au cœur du xvie s.