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le Tricheur à l'as de carreau

Georges de La Tour, le Tricheur à l'as de carreau
Georges de La Tour, le Tricheur à l'as de carreau

Peinture de Georges de La Tour (vers 1625). 106 × 146 cm, musée du Louvre, Paris.

Dans ce tableau, la scène, empruntée au répertoire caravagesque, a lieu chez une courtisane. Nulle indication pittoresque pourtant : le fond est sombre, rigoureusement neutre, de même que le tapis qui recouvre la table, comme pour mieux mettre en valeur les attributs de la luxure et de la débauche : riche chapeau à plume, bijoux de perles et pierreries, or des broderies et des galons. L'enjeu, le lucre ; la victime, un jeune galant, qui fait l'objet de la leçon morale : à se frotter aux femmes, au vin et au jeu, on perd sa fortune, mais aussi son âme ; le tableau est une mise en garde.

La composition obéit à une stricte géométrie : deux couples sont répartis autour de l'axe central ; mais l'opposition joue bien davantage entre les trois protagonistes, unis dans un même triangle, et la victime, isolée dans une verticalité rigide.

D'un geste, la femme, agent central de la corruption, semble à la fois ordonner que soit servie la coupe de vin et inciter son partenaire de jeu à la tricherie. Ce dernier, placé dans l'ombre – symbole du mal ? – et à contre-jour, procédé peu courant, tire en effet de sa ceinture l'as qui va lui permettre d'emporter la mise et de berner l'innocent.

La lumière, vive mais froide, confère à la scène une inquiétante étrangeté. Elle semble figer le mouvement, lisse les visages, qui se découpent avec une netteté linéaire sur le fond sombre. Elle enferme chaque personnage dans une irréductible solitude, que ne rompt pas même le jeu des regards. Elle joue enfin comme révélateur de la matière et de la couleur, où dominent les teintes de feu, comme si pour une des dernières fois La Tour avait voulu en jouer avant de se consacrer aux nocturnes, qui en réduiront la brillance pour mieux la concentrer.