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Portrait d'Ambroise Vollard

Peinture de Pablo Picasso(1910). Musée Pouchkine, Moscou.

En 1910, alors que son cubisme entre dans sa phase la plus hermétique, Pablo Picasso exécute une série de portraits de personnalités du monde artistique, en jouant habilement de la tension qui s'instaure entre la déconstruction du motif en facettes autonomes et les indices épars de l'individu représenté. Grand marchand de peinture moderne depuis l'époque impressionniste, Vollard, qui pose pour ce tableau, avait acquis de l'artiste un ensemble important d'œuvres de la période rose en 1906. Est-ce parce qu'il était hostile au cubisme que Picasso le représente les yeux clos, le visage fermé ? Si, dans ce portrait, la présentation frontale et centrée, à mi-corps, reste en partie traditionnelle, l'extrême fragmentation de la figure humaine est, elle, contraire aux principes d'unité et d'harmonie corporelles chères à l'humanisme depuis l'Antiquité. Avec le cubisme se définit, peut-être pour la première fois de façon aussi claire, une conception de l'individu en tant que sujet clivé, aux traits comme aux certitudes brouillés. Le rapport entre la figure et le fond, souci constant des peintres depuis le xve s., se défait au profit d'un tressage unitaire où sont fusionnés les objets, l'espace environnant et la figure humaine. Le regard, « miroir de l'âme » selon les hommes de la Renaissance, s'absente et se dérobe ainsi au dialogue avec le spectateur, privé à son tour de l'évidence réconfortante de la maîtrise de soi.