Édit signé par Louis XIV le 18 octobre 1685 à Fontainebleau, qui mit fin à l'existence légale du protestantisme en France (sauf en Alsace).
Dès le début de son règne personnel, Louis XIV s'engage dans une politique de réduction progressive du protestantisme, bien que la minorité protestante (environ un million de Français en 1661) ne forme plus un « État dans l'État », la paix d'Alais (1629) lui ayant enlevé ses privilèges politiques (assemblées) et militaires (places de sûreté) accordés par Henri IV lors de l'édit de Nantes. La politique royale est approuvée par le clergé et par la très grande majorité des Français, qui a toujours considéré l'acte de tolérance d'Henri IV comme un compromis provisoire. Jusqu'en 1679 le roi favorise les conversions, en utilisant même les moyens financiers (caisse de conversions, 1676), et s'en tient à l'application restrictive de l'édit de Nantes (tout ce qui n'est pas formellement permis par l'édit est interdit), ce qui conduit notamment à la démolition de nombreux temples, à l'obligation de procéder aux enterrements de nuit, à la réduction du nombre des écoles réformées. Des vexations, le gouvernement monarchique passe à la persécution en 1679 : exclusion des huguenots des offices et de la plupart des professions libérales, suppression des chambres mi-parties, conversion des enfants protestants autorisée dès l'âge de sept ans, dragonnades. Des listes d'abjurations par milliers arrivent alors à Versailles. Fort de la conversion de « la plus grande partie des sujets protestants », Louis XIV révoque l'édit de Nantes par l'édit de Fontainebleau qui rétablit l'unité religieuse du royaume, ciment de l'unité politique.
Cet édit, rédigé par le chancelier Le Tellier, interdit le culte protestant, ordonne la démolition des temples, la fermeture des écoles réformées, l'obligation du baptême et du mariage catholique, l'expulsion des pasteurs qui refuseront de se convertir ; en revanche, il interdit aux laïcs protestants d'émigrer sous peine des galères. Applicable à tout le royaume – sauf à l'Alsace, où l'édit de Nantes n'avait jamais été appliqué –, la révocation est accueillie avec enthousiasme par l'opinion catholique. Malgré l'interdiction royale, entre 200 000 et 300 000 réformés, appartenant surtout aux professions libérales et aux métiers du négoce et de l'artisanat, s'enfuient vers les pays de refuge de l'Europe protestante, dont ils enrichiront le potentiel économique et intellectuel. L'économie française n'est pas profondément touchée par ces départs, d'autant que les grands négociants et les financiers n'émigrent pas et qu'ils poursuivent sans dommages leurs activités dans le royaume. Les Provinces-Unies accueillent le plus gros contingent de réformés (environ 70 000), suivies de l'Angleterre (50 000), du Brandebourg (25 000) et de la Suisse (22 000). Cet exode s'accompagne en Europe d'une véhémente critique contre la tyrannie louisquatorzienne, alimentée par les écrits des réfugiés, qui favorisent la formation de la deuxième coalition européenne contre la France. Quant aux protestants restés dans le royaume, ils résistent à la pression exercée sur eux. Nombre de « nouveaux convertis » adoptent une « façade » catholique, tout en restant calvinistes de cœur. De 1702 à 1705, les camisards défendent les assemblées du Désert contre les armées royales. Après 1760, le Désert bénéficiera d'une relative tolérance. Sous la pression de l'opinion libérale et philosophique, Louis XVI redonne une existence légale aux protestants par l'édit du 17 novembre 1787, qui leur accorde l'état civil.