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Moïse et Aaron

Opéra en trois actes d'Arnold Schönberg (1954 [version concert] ; 1957 [version scénique], Hambourg, Zurich). Livret d'Arnold Schönberg.

À l'origine, Moïse et Aaron devait se présenter sous la forme d'un oratorio. Ce n'est qu'en 1930 que Schönberg opta définitivement pour l'opéra. Cette valse hésitation s'explique par la dimension spirituelle que l'auteur souhaitait donner à cet ouvrage. Le 16 octobre 1933, il écrivait à son disciple Berg qu'il venait de recouvrer la foi juive. « Comme tu l'as sûrement constaté, mon retour au judaïsme s'est fait il y a longtemps et apparaît particulièrement dans Moïse et Aaron, que tu connais depuis 1928, mais dont la conception est au moins de cinq ans antérieure. »

Une longue gestation

Bien qu'inachevé, cet opéra est l'œuvre clef pour la compréhension de l'évolution de la pensée du fondateur du xxe s. musical. Auteur du livret dont il arrange le titre en enlevant un « A » au prénom Aaron par superstition – sinon le titre Moses und Aron eut compté treize lettres en allemand –, Schönberg fait de son ouvrage le sésame de la musique de notre temps. Comme l'écrit Leibowitz dans le livre qu'il consacra à son maître, Moïse et Aaron synthétise les acquisitions des trois opéras qui le précédent (Erwartung, Die glückliche Hand, Von heute auf morgen) et transcende le « grand opéra » historique. Pour étayer la question centrale qu'est la dualité entre la parole et l'action, entre l'intellectuel et l'homme de terrain, Schönberg oppose ses deux protagonistes en confrontant leur débit vocal, Moïse, le penseur introverti, s'exprimant de sa voix de basse en un langage parlé-chanté (Sprechgesang), Aaron, éloquent extraverti, chantant avec l'aisance d'un grand ténor qui ne dédaigne pas les ressources du bel canto. Menée rondement jusqu'à l'orchestration des deux premiers actes, la genèse de l'opéra s'interrompt en 1932 sur la phrase de Moïse : « Parole, parole qui me manque ! ». S'il envisagea régulièrement de le reprendre, il se pourrait qu'il n'ait pu y parvenir pour des raisons d'ordre spirituel, comme anéanti par la révélation de l'holocauste.

Une diversité formelle sans égale

Le troisième acte, dont le livret se présente sous deux formes distinctes, respectivement datées de New York, le 21 juin 1934, et de Hollywood, le 5 mai 1935, ne fut jamais composé. Le 12 mars 1954, l'œuvre fut jouée à Hambourg dans son intégralité, mais en version concert, sous la baguette de Hans Rosbaud. C'est encore ce dernier qui, le 6 juin 1957 à Zurich, en dirigea la première réalisation scénique. Musicalement, la partition entière repose sur une seule série de douze sons et sur ses multiples transpositions, renversements et rétrogradations. Du murmure au cri, la diversité formelle de Moïse et Aaron est sans égale.

Neuf scènes s'articulent en trois actes. Le premier, qui en compte quatre, voit l'appel du buisson ardent, la rencontre de Moïse et d'Aaron dans le désert, puis apportant au peuple d'Israël le message divin, les prodiges d'Aaron et sa victoire. Après un interlude orchestral au cours duquel Moïse se rend sur le mont Sinaï, les cinq étapes de l'acte II présentent Aaron et les sept Anciens, la harangue d'Aaron, le peuple étant convaincu de la mort de Moïse, la danse autour du veau d'or, le retour de Moïse, la confrontation d'Aaron et de Moïse, qui brise les Tables de la loi et conclut dans l'accablement. Parfois donné sous sa forme parlée, le troisième acte ne compte qu'une scène unique, la mort d'Aaron, qui, après avoir été jugé par son frère et les soixante-dix Anciens, est libéré de ses liens, avant de tomber, sans vie.