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la Marquise d'O…

Heinrich von Kleist
Heinrich von Kleist

Nouvelle de Heinrich von Kleist.

« À M…, ville importante du nord de l'Italie, la marquise d'O…, une veuve de la meilleure réputation et mère de deux enfants bientôt élevés, fit connaître par la voie des journaux : que, à son insu, elle s'était trouvée dans une position intéressante ; que le père devait se présenter pour l'enfant dont elle accoucherait ; et que, par égard pour sa famille, elle était résolue à l'épouser. » Ainsi s'ouvre cette insolite nouvelle, considérée comme l'une des plus abouties de Kleist.

L'histoire de la marquise d'O…, « d'après un événement réel dont le lieu a été transporté du nord au sud », est effectivement incroyable : alors que la citadelle placée sous l'autorité de son père, le colonel de G…, subit l'assaut des troupes ennemies russes, la jeune femme est odieusement attaquée par des tirailleurs du camp adverse. Elle n'est sauvée que par l'intervention du comte F…, un jeune et séduisant officier russe, « apparu tel un ange du ciel ». Alors qu'il connaît à peine la marquise, il la demande avec empressement en mariage. Bien qu'éperdue de reconnaissance pour son sauveur, elle hésite : veuve depuis trois ans, « elle avait pris la décision de ne pas s'engager dans un second mariage » ; mais les circonstances sont exceptionnelles. Cependant, alors que le comte, appelé pour ses affaires, doit partir précipitamment, la marquise commence à ressentir les symptômes d'un mal incompréhensible. Un médecin puis une sage-femme lui confirment ce qu'elle redoute : elle attend un enfant ! « Par défiance pour elle-même, elle reparcourt tous les moments de l'année écoulée » : elle croit perdre l'esprit, la chose lui semble impossible. Bannie par sa famille qui se juge salie par la honte de la nouvelle, la marquise se réfugie dans sa maison de campagne. Elle décide alors de retrouver le père de son enfant en faisant paraître une annonce. Réconciliée avec les siens désormais convaincus de sa bonne foi, elle attend avec fébrilité le moment du rendez-vous qu'elle a fixé : quelle n'est pas sa surprise de voir se présenter le comte F… ! Elle le repousse avec fureur, tandis que ses parents, surpris mais néanmoins soulagés, préparent le mariage. La jeune femme se résout à la cérémonie, mais refuse de voir son mari. Il ne l'apprivoise que lentement, après la naissance de leur fils, et reçoit « de sa part, au bout d'un an, un second oui ».

Placée sous le signe de l'irrationnel, voire du surnaturel, cette œuvre déconcerte tant par son propos que par sa forme : Kleist y maltraite les règles de la ponctuation, comme pour dérouter le lecteur, l'entraînant dans un récit d'où se dégage une impression « labyrinthique », renforcée par le mystère systématiquement entretenu autour des noms des lieux et des personnages.

La Marquise d'O… a été adaptée au cinéma par Éric Rohmer en 1976, avec Édith Clever dans le rôle-titre et Bruno Ganz dans celui du comte F…