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le Horla

Guy de Maupassant, le Horla
Guy de Maupassant, le Horla

Nouvelle de Maupassant (1887).

Admirable par la rigueur de la construction, cette nouvelle peut être considérée comme un modèle du récit fantastique.

Un homme raconte une aventure singulière. Près de lui se tient un être invisible et mystérieux, le Horla, qui prend possession de son existence. Poussé à des gestes de folie, le narrateur tentera de fuir : ainsi s’interrompt son récit, sur un projet de suicide.

Maupassant déploie ici l’inspiration fantastique de la fin de son œuvre, alors que sa santé mentale décline : la folie du personnage principal a pu être comparée à celle qui, à la fin des années 1880, s’empare de l’auteur. La forme retenue, celle d’un journal intime écrit à la première personne par la victime du Horla, illustre une ambition documentaire propre à la littérature réaliste. Elle correspond à un troisième état du texte, Maupassant ayant d’abord imaginé une lettre écrite par un patient à son médecin, puis un dialogue.

Morceaux choisis

10 septembre. — Rouen, hôtel continental. C'est fait... c'est fait... mais est-il mort ? J'ai l'âme bouleversée de ce que j'ai vu.

[…] Tout à coup, je compris qu'il s'agitait autour de moi, qu'il avait peur à son tour, qu'il m'ordonnait de lui ouvrir. Je faillis céder ; je ne cédai pas, mais m'adossant à la porte, je l'entre-bâillai, tout juste assez pour passer, moi, à reculons ; et comme je suis très grand ma tête touchait au linteau. J'étais sûr qu'il n'avait pu s'échapper et je l'enfermai, tout seul, tout seul ! Quelle joie ! Je le tenais ! Alors, je descendis, en courant ; je pris dans mon salon, sous ma chambre, mes deux lampes et je renversai toute l'huile sur le tapis, sur les meubles, partout ; puis j'y mis le feu, et je me sauvai, après avoir bien refermé, à double tour, la grande porte d'entrée.

Et j'allai me cacher au fond de mon jardin, dans un massif de lauriers. Comme ce fut long ! comme ce fut long ! Tout était noir, muet, immobile ; pas un souffle d'air, pas une étoile, des montagnes de nuages qu'on ne voyait point, mais qui pesaient sur mon âme si lourds, si lourds.

Je regardais ma maison, et j'attendais. Comme ce fut long ! Je croyais déjà que le feu s'était éteint tout seul, ou qu'il l'avait éteint, Lui, quand une des fenêtres d'en bas creva sous la poussée de l'incendie, et une flamme, une grande flamme rouge et jaune, longue, molle, caressante, monta le long du mur blanc et le baisa jusqu'au toit. Une lueur courut dans les arbres, dans les branches, dans les feuilles, et un frisson, un frisson de peur aussi ! Les oiseaux se réveillaient ; un chien se mit à hurler ; il me sembla que le jour se levait ! Deux autres fenêtres éclatèrent aussitôt, et je vis que tout le bas de ma demeure n'était plus qu'un effrayant brasier. Mais un cri, un cri horrible, suraigu, déchirant, un cri de femme passa dans la nuit, et deux mansardes s'ouvrirent ! J'avais oublié mes domestiques ! Je vis leurs faces affolées, et leurs bras qui s'agitaient !...