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les Hasards heureux de l'escarpolette

Jean Honoré Fragonard, les Hasards heureux de l'escarpolette
Jean Honoré Fragonard, les Hasards heureux de l'escarpolette

Tableau de Jean Honoré Fragonard (1767). Huile sur toile, 81 x 64,2 cm. Wallace Collection, Londres.

Cette œuvre, popularisée par l'estampe, fait partie des peintures qui ont le plus contribué à la réputation libertine de Fragonard. À Fragonard reste en effet trop souvent attachée l'image d'un peintre talentueux mais frivole, dont la virtuosité de l'exécution compense la futilité des sujets.

La peinture religieuse avait pourtant tenu jusque-là une place non négligeable dans la production de l'artiste, depuis sa jeunesse (le Sauveur lavant les pieds à ses apôtres, cathédrale de Grasse) jusqu'à Rome où, en 1756, le directeur de l'Académie de France lui avait fait copier l'Ananie rendant la vue à saint Paul de Cortone ; c'est d'ailleurs dans ce genre pieux que Fragonard, après son retour en France, obtint tout d'abord ses succès commerciaux les plus éclatants : une Visitation (aujourd'hui disparue), qui fit sensation en atteignant en 1775 le prix de 7 000 livres, et son Adoration des bergers (1776, musée du Louvre), vendue pour 9 500 livres, montrent bien en effet que Fragonard était non moins apprécié lorsqu'il peignait des tableaux religieux que lorsqu'il mettait son talent au service de la galanterie (le marquis de Veri, premier possesseur de cette Adoration des bergers, était semble-t-il si satisfait de ce tableau qu'il en commanda un second à Fragonard).

Pour en revenir aux Hasards heureux de l'escarpolette, c'est au peintre Doyen, qui venait de triompher au salon de 1766 avec le Miracle des ardents pour l'église Saint-Roch, qu'un « homme de cour » – le baron de Saint-Julien, receveur général du clergé de France – s'était tout d'abord adressé pour passer commande de ce célèbre tableau. Doyen nous a laissé le récit de cette commande : « Je désirerais […] que vous peignissiez Madame (en me montrant sa maîtresse) sur une escarpolette qu'un évêque mettrait en branle ». Après que Doyen, offusqué, eut refusé, assurant qu'il était « bien éloigné de vouloir traiter un tel sujet, si éloigné du genre dans lequel il travaillait », le baron de Saint-Julien s'adressa à Fragonard, qui, bien qu'il se consacrât alors avec ardeur à son grand tableau Corésus et Callirhoé qui devait lui ouvrir les portes de l'Académie, n'hésita pas à exécuter cette commande qui allait lui assurer une indéniable réputation.

La représentation est on ne peut plus leste, un « hasard heureux » dévoilant au regard du spectateur, sous la masse mousseuse des jupons, ce qui aurait dû rester caché. Les sujets aux sous-entendus érotiques sont légion dans la peinture du xviiie s. : ils répondent au goût d'une large clientèle d'amateurs, et assurent des revenus substantiels aux artistes. Fragonard a beaucoup peint pour eux ; dans ces scènes plus ou moins licencieuses, il a su manier la couleur avec un brio inégalé, où roses, verts et bleus se mêlent en des harmonies dont la légèreté n'a d'égale que la suavité.