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mediaContent,habsons,idMedia=1102184,,Colette, lecture de Gigi
Colette, lecture de Gigi
« Un éclat de sombre caramel »
Colette a écrit Gigi en 1943, pour s'évader de la réalité sombre de l'époque. Le roman, qui se passe à la Belle Époque raconte les débuts de Gilberte, élevée par sa grand mère, Mme Alvarez, et lancée par sa tante, une ancienne demi-mondaine. Le sujet est très mince, mais, comme toute l'œuvre de Colette, le texte vaut par la qualité et la sensualité de l'écriture, mises en valeur ici par la voix de l'auteur. Cette voix rustique, qui a gardé depuis son enfance à Saint-Sauveur-en-Puisaye les intonations paysannes et les « r » rocailleux, contraste avec le luxe très parisien du décor.
Institut des Archives Sonores
« Tante Alicia, pour cordon de sonnette, avait suspendu à sa porte un galon de perles sur le fond duquel couraient des feuilles de vigne verte et des raisins violets. La porte elle-même, vernie, revernie et comme mouillée, brillait d'un éclat de sombre caramel. Dès le seuil qu'ouvrait un domestique mâle, Gilberte goûtait sans discernement une atmosphère de luxe discret. Le tapis, recouvert lui-même de tapis de Perse, lui donnait des ailes. Mme Alvarez ayant décrété que le petit salon Louis XV de sa sœur ''était l'ennui même'', Gilberte répétait : ''le salon de Tante Alicia est très joli, mais c'est l'ennui même'', et elle réservait sa considération pour la salle à manger en citronnier pâle, datant du Directoire, blonde, sans incrustation, parée des seules veines d'un bois transparent comme la cire ».