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Le Malentendu : Albert Camus et l'absurde

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Le Malentendu : Albert Camus et l'absurde
« J'espère, Monsieur, que je ne vous dérange pas »
Dans Le Malentendu, écrit en 1942-43, Albert Camus a mis sa conception de la vie, absurde et tragique. Il y montre une auberge tenue par une mère et sa fille, qui tuent les voyageurs de passage pour les voler. Mais leur dernier pensionnaire est en fait leur fils et frère, revenu incognito après une longue absence. La pièce est fondée sur un fait divers réel, survenu en Tchécoslovaquie en 1935. Dans la scène 1 de l'acte II, Martha, jouée par Maria Casarès, dialogue avec celui qu'elle est décidée à tuer, mais qui est son frère, joué par Alain Cuny.
Institut des Archives Sonores
« Martha : J'espère, monsieur, que je ne vous dérange pas. Je voudrais changer vos serviettes et votre eau. Jan : Je croyais que cela était fait. Martha : Non, le vieux domestique a quelques fois des distractions. Jan : Cela n'a pas d'importance. Mais j'ose à peine vous dire que vous ne me dérangez pas. Martha : Pourquoi  ? Jan : Je ne suis pas sûr que cela soit dans nos conventions. Martha : Vous voyez bien que vous ne pouvez pas répondre comme tout le monde, même en croyant tout concilier. Jan : Il faut bien que je m'y habitue, laissez-moi un peu de temps. Martha : Toute la question est là. Je regrette, monsieur, que cette chambre ne soit pas aussi confortable que vous pourriez le désirer. Jan : Elle est particulièrement propre, et cela a bien son prix. Vous l'avez d'ailleurs récemment transformée, n'est-ce pas ? Martha : Cela est vrai. Comment le voyez-vous ? Jan : A des détails. Martha : En tous cas, bien des clients regrettent l'absence d'eau courante, et l'on ne peut pas vraiment leur donner tort. Il y a longtemps aussi que nous voulions faire passer une ampoule électrique au-dessus du lit. Je suppose que ce doit être désagréable pour ceux qui lisent au lit d'être obligés de se lever pour tourner le commutateur. Jan : En effet, je ne l'avais pas remarqué. Mais ce n'est pas un gros ennui. Martha : Vous êtes très indulgent. Je me félicite que les nombreuses imperfections de notre auberge vous soient indifférentes et vous préoccupent moins que nous J'en connais d'autres qu'elles auraient suffi à chasser. Jan : Malgré nos conventions, laissez-moi vous dire que vous êtes singulière. Il me semble, en effet, que ce n'est pas le rôle de l'hôtelier de mettre en valeur les défectuosités de son installation. On dirait, vraiment, que vous cherchez à me persuader de partir. »
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