Albert Camus à Stockholm, lors de la remise de son Prix Nobel de littérature en 1957
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Albert Camus à Stockholm, lors de la remise de son Prix Nobel de littérature en 1957
« Le refus de mentir sur ce que l'on sait et la résistance à l'oppression »
Dans son discours devant le jury du prix Nobel de littérature, Albert Camus expose sa vision du rôle de l'écrivain. Intellectuel « engagé », il estime qu'il lui faut être un acteur de la vie politique. Mais ce discours porte surtout la marque de sa rupture avec les communistes et Jean-Paul Sartre. En 1949, Camus a pris le parti du dissident soviétique Kravchenko, qui avait révélé l'existence de ce que l'on n'appelait pas encore le Goulag dans son livre J'ai choisi la liberté. Attaqué en diffamation par l'hebdomadaire communiste Les lettres françaises, Kravchenko, soutenu entre autres par Camus, gagne son procès, ce qui ne convainc pas la plupart des communistes, persuadés de l'infaillibilité de l'URSS. Quant à Sartre, il refuse de s'en prendre à cet État « pour ne pas désespérer Billancourt », c'est à dire les ouvriers qui croient en « la patrie des prolétaires ». Le discours de Camus est donc empreint de l'amertume qu'il ressent depuis que ses anciens amis l'ont attaqué, mais aussi des certitudes du « Juste ».
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« Dans toutes les circonstances de sa vie, obscur ou provisoirement célèbre, jeté dans les fers de la tyrannie ou libre pour un temps de s'exprimer, l'écrivain peut retrouver le sentiment d'une communauté vivante qui le justifiera, à la seule condition qu'il accepte autant qu'il peut les deux charges qui font la grandeur de son métier ; le service de la vérité et celui de la liberté. Puisque sa vocation est de réunir le plus grand nombre d'hommes possible, elle ne peut s'accommoder du mensonge et de la servitude qui, là où ils règnent, font proliférer les solitudes.
Quelles que soient nos infirmités personnelles, la noblesse de notre métier s'enracinera toujours dans deux engagements difficiles à maintenir : le refus de mentir sur ce que l'on sait et la résistance à l'oppression. »