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no

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Forme de drame lyrique japonais, qui a été créée et codifiée aux xive et xve siècles par Kwan'ami Kiyotsugu et son fils Zeami Motokiyo, poète, musicien, danseur, metteur en scène.

Le no présente généralement des actions à deux personnages : le personnage principal, qui est fréquemment un esprit ou un fantôme (d'un guerrier mort, par ex.), et que joue le shite, exécutant central ; et un personnage secondaire, le waki, dont la présence permet au shite de se manifester. L'intervention de l'acteur consiste en récitatifs et en chants, avec une « danse » située rituellement au cœur de l'action, et des actions mimées de manière très codée et stylisée (un simple éventail servant à figurer divers accessoires, coupe, hache, filet de pêcheur). Tous les rôles sont tenus par des hommes, même les rôles féminins, et presque toujours sous un « masque » conventionnel, correspondant à un certain type de personnage. On voit déjà, par là, que le no se définit comme un genre très abstrait et épuré, loin du réalisme ; d'origine religieuse, il agit par la suggestion de certains « états d'existence », et cherche à créer un certain sentiment du réel comme illusion (les personnages sont souvent « déjà morts », comme les fantômes, ou insubstantiels, comme les génies et les fées) qui le rattache à la pensée du bouddhisme zen.

L'exécution d'un no fait également appel à un chœur de 8 à 10 hommes, chantant à l'unisson (leur rôle est différent de celui du chœur des anciennes tragédies grecques : commentaires de l'action et relais du chant de l'acteur principal, mais sans intervention dans l'action), et à un groupe de 4 instruments : la flûte traversière de no à sept trous, le nokwan ; et 3 tambours : le ko-tsuzumi, en forme de sablier, qui se tient sur l'épaule et se tend de différentes façons ; l'o-tsuzumi, également en sablier, qui se frappe avec des dés au bout des doigts ; et le taiko, tambour à caisse plate frappé avec deux baguettes. Donc, un seul instrument mélodique, la flûte, jouant une partie indépendante du chant. Celui-ci, qui intervient entre des récitatifs, est construit sur un nombre limité de structures mélodiques de base, dérivées d'une échelle comportant des notes principales à distance de quarte et de quinte. Les nos traditionnels (il en existe environ 600) ont été notés selon un système analogue à celui des neumes, sans hauteurs absolues. Le rythme, très souple, est compté par périodes de huit temps. Un spectacle comprend souvent 5 drames, chacun relativement court, qui peuvent être coupés d'intermèdes comiques joués par un acteur spécialisé (kyogen).

La construction et la disposition du théâtre de no sont également très codifiées : scène principale carrée couverte d'un toit incurvé ; arrière-scène et scène latérale pour les instruments et le chœur ; et, à gauche de la scène, un « pont » d'une douzaine de mètres conduisant à la loge, où l'artiste se recueille. Ce pont symbolise souvent le passage entre les mondes terrestre et divin, quand l'action s'y transporte. L'essence du no tient dans cette rigidité conventionnelle, cette stylisation extrême, au moyen de laquelle il crée, en combinant un nombre limité de figures préexistantes, un certain sentiment de fragilité et d'illumination.