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jazz

Jelly Roll Morton
Jelly Roll Morton

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Musique afro-américaine créée au début du siècle par les communautés noire et créole du sud des États-Unis, et basée pour une large part sur l'improvisation, un traitement original de la matière sonore et une mise en valeur spécifique du rythme (swing).

Le jazz est né de la rencontre sur le sol américain de deux traditions musicales européenne et africaine. Dès son origine, il apparaît comme une vaste entreprise de détournement de la culture musicale occidentale par une autre, la contreculture des descendants des esclaves et, à leur suite, de tout ce que l'Amérique comptait de citoyens de " seconde zone ", notamment les créoles de couleur. Longtemps considéré comme une simple musique de danse et de bar, le jazz est aujourd'hui universellement reconnu comme un art majeur.L'étymologie du mot " jazz " reste encore aujourd'hui controversée. Le mot apparaît pour la première fois dans la presse de New York en 1917 à l'occasion de la venue d'un orchestre blanc, l'Original Dixieland Jass (ou Jasz, ou Jaz, puis Jazz) Band.

La préhistoire du jazz

On s'accorde à reconnaître que le " berceau " du jazz fut la Nouvelle-Orléans. C'est là que se produisit, entre 1890 et 1910, une fusion entre trois courants musicaux jusqu'alors parallèles : la musique populaire des Noirs (la musique religieuse, les chants de travail et surtout le blues), le ragtime et la version " blanche " européanisée, de la musique populaire afro-américaine (les chants des minstrel shows et la musique de vaudeville). La synthèse de ces trois courants n'aurait sans doute pas pu s'opérer sans la rencontre des musiciens noirs avec les musiciens " créoles de couleur ", c'est-à-dire des mulâtres d'expression française que le code législatif de Louisiane considérait comme des " nègres ". Plus instruits musicalement que les Noirs, les créoles de couleur assimilèrent vite ce qui faisait l'originalité de la musique populaire négro-américaine (le travail vocalisé des timbres et des sons, l'importance de la percussion et l'adaptation des variations pentatoniques à la gamme occidentale traditionnelle). Cela explique que la plupart des " pionniers du jazz " furent des créoles de couleur, dont les plus connus sont Jelly Roll Morton et Sidney Bechet.

Le jazz Nouvelle-Orléans

Si le jazz vit le jour à la Nouvelle-Orléans et y fut popularisé par des musiciens plus ou moins légendaires (Buddy Bolden, Manuel Perez, George Baquet, Alphonse Picou), c'est à Chicago qu'il s'épanouit vraiment. La fermeture, en 1917, du quartier réservé de " Storyville " provoqua un exode massif de musiciens vers Chicago, qui leur offrait de rentables possibilités de travail. King Oliver s'y installe dès 1918 avec sa formation l'Original Creole Jazz Band (Johnny Dodds ou Jimmie Noone à la clarinette, Honoré Dutrey au trombone, Lil Hardin au piano, Baby Dodds à la batterie et Louis Armstrong au cornet). C'est avec cet ensemble, que King Oliver enregistre en 1923 les morceaux les plus caractéristiques du style Nouvelle-Orléans, fondé principalement sur l'improvisation collective et la recherche d'une polyphonie spontanée. De son côté, en 1922, Jelly Roll Morton fonde les Red Hot Peppers, ensemble avec lequel il va créer de nombreux chefs-d'œuvre. En 1925, Louis Armstrong quitte l'orchestre de King Oliver pour diriger les premières sessions de son Hot-Five. Parallèlement à l'activité des musiciens noirs, de jeunes musiciens blancs tentent avec succès une adaptation originale du style Nouvelle-Orléans. Les plus célèbres représentants du " style Chicago " sont les trompettistes Bix Beiderbecke, Muggsy Spanier, les saxophonistes et clarinettistes Frank Teschemacher, Frankie Trumbauer, Pee Wee Russell, Bud Freeman, Benny Goodman et Mezz Mezzrow, ainsi que le batteur Gene Krupa. Peu à peu, New York prend le relais de Chicago. Des pianistes de ragtime, puis de stride (James P. Johnson) ont commencé à y développer des formes plus sophistiquées. Dès 1920, Fletcher Henderson y fonde son premier grand orchestre. C'est à New York également que Louis Armstrong s'impose comme la première " vedette du jazz ".

Mais, dès 1929, le style et la conception orchestrale de la Nouvelle-Orléans ont vécu. King Oliver et Jelly Roll Morton cessent peu à peu leur activité. Louis Armstrong joue exclusivement avec des grands orchestres, parfois très commerciaux. Il faudra attendre 1940, et la vogue du New-Orleans Revival, pour que ce style retrouve les faveurs d'un public.

Le middle-jazz

(ou mainstream, ou jazz classique). C'est la période où le jazz conquiert sa liberté et, en même temps, une large audience. Les cadres étroits de l'improvisation collective Nouvelle-Orléans vont être délaissés au profit, d'une part, de l'improvisation du soliste, d'autre part de l'écriture orchestrale. Fletcher Henderson est le premier à tenter de renouveler le langage du jazz. Son orchestre, où s'illustrent de brillants solistes (en particulier Benny Carter et " l'inventeur du saxophone ", Coleman Hawkins), ouvre la voie à Duke Ellington, dont la pemière formation prend son essor en 1927. En 1928, Ellington joue au Cotton Club de Harlem, où il reste quatre ans. Ce même club, qui tiendra un grand rôle dans l'histoire du jazz, voit lui succéder le grand orchestre de Cab Calloway et, en 1934, de Jimmie Lunceford. Au même moment, Kansas City devient une nouvelle ville élue du jazz. Les orchestres d'Andy Kirk et de Bennie Moten font les beaux soirs du Reno Club, où, en 1935, pour la première fois, se produit la formation de Count Basie.

Cette période heureuse qui voit le triomphe des " big bands " va recevoir le nom d'" ère du swing ". Le " swing " a été aux États-Unis, dans le milieu des années 30, autant un style qu'un phénomène social. Le jazz devient une musique de divertissement et de danse " respectable ". Au cours de la décennie précédente, les grandes formations de plus de dix musiciens étaient rares. Entre 1936 et 1944, elles vont se multiplier. À partir de l'été 1938, elles vont même conquérir les boîtes minuscules de la 52e rue de New York, " la rue qui ne dormait jamais ".

Tandis que, avec Coleman Hawkins, Johnny Hodges, Teddy Wilson, Benny Carter, Lionel Hampton, Fats Wallet et quelques autres, le jazz s'invente un classicisme, le public, lui, invente une frénésie (" swing craze ") et proclame le clarinettiste blanc Benny Goodman " roi du swing ". Goodman impose pour la première fois dans un orchestre blanc des musiciens de couleur et ouvre toutes grandes au jazz les portes du temple de la musique " sérieuse ", le Carnegie hall, lors d'un concert historique, le 16 janvier 1938. Mais, si Benny Goodman règne sur le swing, chez surtout chez Count Basie que le swing règne. C'est au sein de son orchestre que se révèle le saxophoniste Lester Young.

Le jazz moderne. La révolution be-bop

À la fin des années 30, la technique et l'invention des grands improvisateurs de jazz atteint la perfection. Refusant le conformisme croissant, toute une génération de jeunes musiciens décide de faire éclater les canevas traditionnels de l'improvisation. C'est à partir de 1943, au cabaret " Minton's Playhouse ", que va s'élaborer un nouveau style : le be-bop. Cette révolution musicale, dont les principaux artisans se nomment Kenny Clarke, Thelonious Monk, Dizzy Gillespie, Bud Powell, Fats Navarro et Charlie Parker, témoigne d'un triple enrichissement. Rythmique d'abord : alors que le style middle-jazz prodiguait un soutien rythmique souple, mais souvent uniforme, débouchant sur l'égalité des quatres temps, le be-bop innove en laissant une plus grande autonomie au batteur et au bassiste. Harmonique ensuite : les thèmes sont renouvelés par une utilisation constante des accords de passage et le recours à des accords inhabituels. Mélodique enfin : la phrase se plie à un chromatisme systématique ou utilise des intervalles plus étendus.

Le jazz cool

À la fin des années 40, par contraste avec les flamboiements expressionnistes du be-bop, un nouveau style se dessine : le jazz cool (littéralement : " frais "). Il est né de trois séries d'expériences autonomes : l'une d'elles a lieu dans l'orchestre de Claude Thornhill, où se rélèvent deux arrangeurs de talent, Gil Evans et le saxophoniste baryton Gerry Mulligan. Ils se retrouvent en 1949 et 1950 dans le nonette de Miles Davis, pour qui ils écrivent des arrangements sur des compositions be-bop. Une deuxième expérience est menée par le pianiste Lennie Tristano, qui, avec ses élèves (Lee Konitz, Warne Marsh et Billy Bauer), élabore un jazz d'une grande beauté formelle. La troisième tendance du cool est représentée par les Four Brothers (Herbie Steward, Stan Getz, Zoot Sims, Serge Chaloff, puis Jimmy Giuffre et Al Cohn), saxophonistes dans l'orchestre de Woody Herman. Ils réalisent une synthèse des jeux de Lester Young et de Charlie Parker. Le jazz cool devait par la suite surtout s'acclimater chez les musiciens blancs de la West Coast et se couler dans les diverses tentatives de " Third Stream " (troisième courant), qui durant les années 50, prétendirent enrichir le jazz par le sérieux des techniques de composition empruntées à la musique classique (Gunther Schuller).

Le hard-bop

Au milieu des années 50, en réaction contre le cool, se lève une nouvelle génération de musiciens noirs décidés à laver le jazz de toute intellectualité et à prêcher un retour aux racines nègres du jazz : le blues, le gospel song et les chants de travail. On appela cette variante musclée du bop " hard bop " (ou bop " dur "), mais aussi " jazz funky " (littéralement " sale "). Cette musique fervente et passionnée fait très vite la conquête d'un vaste public. Surtout illustré en quintette, le hard bop est mis en valeur par les formations de Max Roach, Sonny Rollins, Art Blakey, Horace Silver et Cannonball Adderley.

La révolution coltranienne

Au début des années 60, le jazz retrouve une forte effervescence créatrice : le contrebassiste Charles Mingus prolonge l'œuvre de Duke Ellington en créant une musique véhémente et colorée avec des solistes qui annoncent le free jazz (Éric Dolphy). Tout en se situant dans le prolongement direct des innovations parkeriennes, le saxophoniste alto Ornette Coleman bouscule ouvertement les principes établis de l'harmonie et de l'improvisation. Mais c'est incontestablement le saxophoniste John Coltrane qui allait révolutionner le jazz. Il se lance en 1960 dans une expérience modale qui le conduit en 1964 à participer à l'aventure du free jazz.

Le free jazz (jazz libre) ou new thing (nouvelle chose)

Au milieu des années 60 surgit un mouvement, autant politique que musical, de libération à l'égard des conventions et de l'" ordre établi ". Brisant les critères traditonnels qui définissaient jusqu'alors la musique de jazz (le swing, le respect de la trame harmonique, etc.), les nouveaux défricheurs inventent une musique violente, chaotique, convulsive, qui n'accepte comme seul principe que celui de l'improvisation collective. Les principaux responsables de cette tourmente sonore sont le pianiste Cecil Taylor, le trompettiste Don Cherry, les saxophonistes Albert Ayler, " Pharoah " Sanders, Archie Shepp et un groupe issu de l'Association for the Advancement of Creative Musicians, l'Art Ensemble of Chicago (Roscoe Mitchell, Joseph Jarman, Lester Bowie et Malachi Favors).

Le post-free

Au début des années 70, tandis que la vague free reflue, Miles Davis, en électrifiant sa trompette, tente de jeter un pont entre le jazz et le rock. Pour réaliser cette fusion, il s'entoure de jeunes musiciens qui, après l'avoir quitté, voleront tous de leurs propres ailes : Herbie Hancock, John Mc Laughlin, Tony Williams, Jack Dejohnette, Chick Corea et Keith Jarrett.

Dans le même temps, un nouveau courant se fait jour. Conduit par le saxophoniste Anthony Braxton, il se veut la recherche d'un " au-delà du jazz ", en direction d'horizons qui le rapprochent de la musqiue contemporaine européenne.

À la fin des années 70 s'est amorcé un important mouvement de retour au be-bop (" be-bop revival "). De nombreux musiciens balayés par la tempête du free jazz, retrouvent les faveurs du public (Dexter Gordon, Sonny Rollins). D'autres, comme Archie Shepp, renouent avec la tradition.