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bémol

Bémol et double bémol
Bémol et double bémol

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Dans l'usage actuel, le bémol est l'un des signes d'altération ayant pour objet de déplacer la hauteur d'une note sans modifier ni son nom ni, le plus souvent, sa fonction. L'effet du bémol est de baisser d'un demi-ton chromatique la note devant laquelle il est placé. Il existe aussi un double-bémol qui, répétant deux fois l'opération, la baisse de deux demi-tons, ce qui, dans le système tempéré (→ TEMPÉRAMENT), équivaut à un ton en sonorité matérielle, mais non en valeur grammaticale pour l'analyse.

Aux origines de la notation, le bémol n'était pas une altération, mais le nom même de la note, B en nomenclature alphabétique (notre si), avec spécification de sa forme la plus basse ; en effet, la note B pouvait être à volonté soit haute (B dur, écrit carré , d'où bécarre), soit basse (B mol, écrit rond b, d'où bémol). Le signe actuel du bémol a conservé le dessin du b minuscule arrondi. Quand on adopta la notation par neumes, puis par points, on prit soin parfois, mais non toujours, de spécifier auquel des deux B correspondait le signe placé à cet endroit, ce qu'on fit en notant le signe B, rond ou carré, soit à la place de la clef, soit après elle (ce qui a donné naissance à nos armatures), soit en cours de texte, avant la note ou avant le groupe dont la note faisait partie (ce qui a donné naissance à nos altérations accidentelles) ; cette indication est restée longtemps facultative, de sorte que l'absence d'altération ne signifiait pas que la note était « naturelle », mais que l'on n'avait pas cru utile de spécifier sa nature : il en fut ainsi jusqu'au xvie siècle inclus. La même incertitude règne sur la durée de validité du signe : elle cesse souvent avec la ligne, mais peut aussi dépendre de règles compliquées de solmisation, dont on n'a pas encore à l'heure actuelle percé tous les secrets.

Vers les xiie et xiiie siècles, l'usage des signes bécarre et bémol s'étendit à d'autres notes que le B, non pas pour les comparer, comme aujourd'hui, à leur position naturelle, mais, par analogie avec le B, pour en désigner la position haute ou basse, de sorte que sur certaines notes, fa ou do par exemple, on employait le bémol (position basse) là où nous mettrions un bécarre (position naturelle), et un bécarre (position haute) là où nous mettrions un dièse (un demi-ton au-dessus du naturel). Cet usage était encore parfois en vigueur au xviiie siècle, bien que l'usage actuel eût commencé à se répandre dès le xviie.

On entend parfois dire que le bémol est plus bas d'un comma que le dièse correspondant. Un tel énoncé accumule les inconséquences. Il est emprunté à un système acoustique (dit « de Holder », xviie s.) qui n'est plus aujourd'hui employé qu'occasionnellement, et il est faux hors de ce système. La plupart des musiciens utilisent le système du « tempérament égal » ­ celui du clavier usuel ­, où dièse et bémol sont rigoureusement équivalents. Toutefois, sous l'effet de l'attraction, ceux qui ne sont pas prisonniers du clavier ont souvent tendance à « serrer les demi-tons » et à exagérer les différences d'intervalles lorsqu'ils pensent mélodiquement : ils se rapprochent alors, sans le savoir, du système pythagoricien, dont s'inspire celui de Holder, et où effectivement le dièse est plus haut que le bémol (mais non pas d'un comma au sens où l'entend Holder). À l'inverse, un chœur a cappella, attiré par la tierce basse de la résonance, aura les réactions inverses et se rapprochera sans le savoir du système zarlinien, où, tout au contraire, les bémols sont plus hauts que les dièses, aplanissant les différences au lieu de les accuser.