baryton

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

1. Voix de dessus, de la famille des basses, intermédiaire entre la basse chantante et le ténor, tant en timbre qu'en tessiture. Le mot « baryton » qui, étymologiquement, signifie « grave », apparut d'abord en France, à la fin du xviiie siècle, pour désigner précisément une voix de ténor de tessiture assez basse, dont Jean-Blaise Martin (1768-1837) fut l'un des représentants, bien que le nom de ce dernier soit demeuré associé à un type de baryton à la voix claire et légère. Les rôles de cet emploi étaient notés en clef de ténor, Gluck, cependant, notait en clef de basse les rôles pour voix grave, mais de tessiture particulièrement élevée d'Oreste et de Thoas dans Iphigénie en Tauride.

L'appellation de baritenore fut conservée pour désigner parfois certains ténors mozartiens et rossiniens. Toutefois, c'est déjà à cette nouvelle catégorie que se rattachèrent des emplois comme Don Juan dans l'opéra de Mozart, Pizarro dans Fidelio de Beethoven, Figaro dans le Barbier de Séville et Dandini dans la Cenerentola de Rossini, souvent chantés par Antonio Tamburini (1800-1876) ; ce chanteur fut appelé « basse », mais, au-delà de 1830, Bellini et Donizetti l'opposèrent à la basse dans des rôles antagonistes. L'emploi s'imposa mieux lorsque, le ténor contraltino (→ TÉNOR) succédant au ténor grave, une véritable catégorie vocale, assurant l'intermédiaire entre la basse et ce nouveau ténor, devint indispensable. Le terme de baryton s'imposa avec le Français Paul Barroilhet (1810-1871), créateur du rôle d'Alphonse dans la Favorite de Donizetti en 1840. Verdi allait délimiter un type vocal précis, d'une tessiture relativement faible (si bémol 1 – la bémol ou la 3), mais unissant l'éclat et la souplesse du ténor à la rondeur de la voix de basse ; le « baryton-Verdi » ainsi défini, qu'il soit de caractère noble (Germont dans la Traviata), jeune et parfois amoureux (De Luna dans le Trouvère, Renato dans un Bal masqué, Posa dans Don Carlos), ou encore « vilain » (Macbeth, Rigoletto, Carlo dans la Force du destin), cet emploi, à une exception près ­ celui de Posa ­, assurait la fonction dramatique d'antagoniste du ténor, dont il contrecarrait les projets sentimentaux, à titre de père, de frère ou de rival. En France, où s'était imposé le baryton-Martin (jeune premier dans l'opérette, et souvent confident ou ami dans l'opéra-comique), le clivage fut moins net entre barytons et basses, le terme de baryton d'opéra équivalant pratiquement à celui de basse chantante : Jean-Baptiste Faure (1830-1914) chantait Alphonse de la Favorite et Méphisto dans le Faust de Gounod, mais créa le rôle de Posa ; les rôles de baryton dans Thaïs, les Contes d'Hoffmann, Lakmé, Louise, etc., sont encore aujourd'hui aussi bien distribués à une basse qu'à un baryton. La différence apparut encore moins en Russie et en Allemagne. En Russie, en effet, Ivan Melnikov créa les rôles de Boris Godounov dans l'opéra de Moussorgski et d'Igor (le Prince Igor de Borodine), cependant que Tchaïkovski faisait appel au véritable baryton-Verdi ; chez Wagner, barytons et basses se partagent les emplois de Wotan dans l'Anneau du Nibelung, Hans Sachs dans les Maîtres chanteurs, etc.

Comme la basse bouffe, le baryton bouffe est avant tout un bon acteur doué d'agilité vocale. Si les dénominations de baryton brillant, héroïque, méchant, etc., varient selon les pays et les époques et demeurent assez imprécises, l'usage a mieux défini le baryton-Verdi, le baryton-Martin qui peut également chanter les rôles de Pelléas (Debussy) de Mârouf (Rabaud) et les jeunes premiers de l'opérette viennoise (le terme de baryton viennois correspond aux emplois écrits pour ténor par Johann Strauss, Franz Lehar, etc.) ; le baryton-Martin convient particulièrement à l'interprétation de la mélodie française.

Parmi les interprètes, dans le passé, on notera les barytons-Verdi, Varesi, Graziani, Cotogni, Battistini, Stracciari, De Luca, Ruffo, Galeffi, Tibbett ; en France, les barytons Devoyod, Maurel, Renaud, Noté, Endrèze ; parmi les interprètes de Wagner et de R. Strauss, Scheidemantel, Van Rooy, Bockelmann, Janssen, Schorr ; pour l'interprétation de la mélodie, Ch. Panzéra, G. Hüsch, H. Schlusnus, et, plus récemment, G. Souzay, C. Maurane, J. Jansen ­ par ailleurs titulaire du rôle de Pelléas ­ et D. Fischer Dieskau, qui, à l'instar de son prédécesseur H. Schlusnus, tient au théâtre les emplois de baryton les plus divers.

2. Instrument à cordes frottées, joué à l'aide d'un archet et ressemblant à la basse de viole. Il comporte 6 ou 7 cordes en boyau, accordées comme sur la basse de viole, ainsi qu'un plus grand nombre de cordes (de 9 à 24) en acier dites « sympathiques ». En Italie, on l'appelait viola di bordone. Le baryton connut une certaine popularité au xviiie siècle, en Allemagne et en Autriche. Le prince Nikolas Esterházy avait une passion pour cet instrument. À son service, Joseph Haydn écrivit pour le baryton près de 150 partitions.

3. Instrument à vent de la famille des cuivres. C'est le saxhorn en si bémol, à trois pistons, de tessiture intermédiaire entre l'alto (en mi bémol) et la basse (en si bémol grave). Dans le vocabulaire du jazz, le mot baryton, sans autre précision, désigne non pas le saxhorn, mais le saxophone baryton.