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alternance

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

L'alternance, soit entre un soliste et un groupe, soit entre deux groupes, égaux ou non, appartient à tous les modes d'expression de la musique, les plus frustes comme les plus élaborés. En particulier, son rôle est fondamental dans le développement de la musique liturgique chrétienne, source de toute notre musique classique. Le noyau primitif semble y avoir résidé dans une lecture psalmodiée des textes saints, coupée par de brèves réponses des fidèles. Ce mode d'alternance fut sans doute supplanté, à la fin du ive siècle (saint Ambroise à Milan), par un autre type dit antiphonie (qui a donné le mot antienne) entre deux demi-chœurs égaux.

La polyphonie introduisit l'alternance entre les parties polyphoniques et les passages laissés en plain-chant strict ; par exemple, dans la Messe de Machaut, la polyphonie ne concerne qu'un Kyrie sur deux.

Au xviie siècle, apparut une alternance chœur-orgue, dans laquelle l'un des partenaires prenait les versets pairs, l'autre les versets impairs. Les messes des organistes de l'époque sont presque toutes conçues ainsi ; on ne devrait jamais les exécuter comme une « suite » (ce qu'elles ne sont pas), mais toujours avec l'alternance de plain-chant qui les justifie et pour laquelle elles ont été faites. Il en est de même des faux-bourdons, conçus exclusivement pour alterner avec le plain-chant du chœur. L'alternance est particulièrement frappante dans le chant des Passions, où se répondent récitant, Christ et chœur ou « turba ». On retrouve le principe d'alternance dans le double chœur, en honneur au xvie siècle (Gabrieli à Venise), et, plus tard, dans l'opposition entre petit et grand chœur que préfère le xviie siècle, notamment en France.

Le principe de l'alternance est à l'origine des nuances, qui furent d'abord par paliers ou en écho avant l'apparition tardive du crescendo et du diminuendo, et aussi, à partir du xviie siècle, à la source de l'esthétique du concerto grosso (alternance d'un petit groupe instrumental avec l'ensemble ou ripieno), qui devait en se transformant donner naissance au concerto de soliste.

Sous des formes moins évidentes, l'alternance a conservé une importance fondamentale. Après Schönberg, qui inventa même des signes spéciaux, N (Nebenstimme) ou H (Hauptstimme) prolongés d'un trait, pour mieux préciser l'alternance dans un ensemble des parties dominantes et des parties laissées à l'arrière-plan, nombreuses sont encore les pièces qui tirent de ce principe un élément important de leur structure (ex. : Dutilleux, symphonie no 2, dite le Double).