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accordéon

(all. akkordeon, handharmonika, klavier-harmonika, ziehharmonika ; angl. accordion ; it. armonico a manticino, fisarmonica ; russe bayan)

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Technique

Instrument portatif à vent, à anches métalliques libres accordées à hauteur tempérée et fixées sur des plaquettes en aluminium. Celles-ci sont soudées sur des sommiers en bois à l'aide de cire d'abeille. Chaque sommier compte autant d'alvéoles que de plaquettes. Une plaquette correspond à une note et contient deux anches libres de dimension identique, produisant le même son sur les accordéons chromatiques. Le nombre de sommiers dépendra de la tessiture de l'accordéon et du nombre de voix qu'il comprend. Il existe des accordéons à une, deux, trois, quatre ou cinq voix. Les variétés de pression et d'attaque du soufflet donnent à l'accordéon une dynamique et une expressivité particulièrement riches. Il existe deux types d'accordéons, communément désignés « chromatique » (même son en tirant ou en poussant) et « diatonique » (un son en tirant, un autre en poussant). Présent dans la plupart des musiques traditionnelles des régions françaises, le diatonique colore aussi le riche folklore des musiques du monde. Grâce à la passion de virtuoses et à un répertoire important, il a pu préserver son patrimoine traditionnel et atteindre depuis plusieurs années un statut ethnologique considérable.

L'accordéon chromatique peut comporter, au clavier main droite, jusqu'à cinq rangées de boutons qui donnent toutes les notes de la gamme chromatique. Le clavier main gauche comporte deux systèmes dits basses standard et/ou basses chromatiques. Le système de basses standard (80 ou 120 basses) est utilisé principalement dans le répertoire traditionnel. Il présente deux rangées de basses, et quatre de « basses composées » fournissant des accords préfabriqués parfaits majeurs, mineurs, de septième de dominante et de septième diminuée. Le système des basses chromatiques est utilisé dans le répertoire concertant. Il présente deux rangées de basses (identiques au système de basses standard, tessiture : mi 0 à 1) et quatre rangées de boutons (une seule note par bouton) disposées chromatiquement comme sur le clavier droit. Les possibilités polyphoniques des deux claviers permettent d'exécuter des pièces complexes à plusieurs voix, d'écriture tonale ou non. Grâce à l'utilisation de registres, la tessiture de l'accordéon est égale à celle d'un piano de concert. Le développement de modes de jeux inédits (souffles, effets de percussion, résultantes de sons, glissandi) en fait un instrument de plus en plus apprécié par les compositeurs. L'accordéon est doté d'une registration sophistiquée : 15 registres différents à droite et 6 à gauche pour les modèles professionnels de concert, ainsi qu'un report judicieux de 7 principaux registres placés en haut de l'accordéon près du menton (d'où l'appellation « mentonnière »).

Ces registres découlent d'un principe de combinaisons élaborées à partir de quatre possibilités de base de type organologique : registre 4' (tessiture mi 3 à do dièse 6), registres 8' « caisse » et 8' « hors caisse » (mi 1 à sol 6), registre 16' (mi 0 à sol 5). La tessiture de base (8') du clavier gauche s'étend de mi 0 à do dièse 5. Certains modèles sont dotés d'un registre suraigu (4'), mi 3 à do dièse 6. Un système de déclenchement (déclencheur) permet une alternance entre le système des basses standard et celui des basses chromatiques. Depuis 1991, une standardisation internationale est effectuée afin de définir les normes de l'accordéon du xxie siècle.

Histoire et répertoire

L'introduction en Europe du sheng chinois, rapporté par le père Amiot vers 1777, donnera libre cours aux inventions diverses basées sur l'anche libre, principe déjà utilisé 2 700 ans avant Jésus-Christ. Breveté en 1829 à Vienne (Autriche) par Cyrill Demian (1772-1847), l'« Accordion » découle de ces recherches et n'est qu'une petite boîte formant seulement quelques accords. Dès son entrée en France vers 1830, les facteurs d'accordéon (Fourneaux, Kaneguissert, Masspacher, Reisner) améliorent le système de Demian, placent le système harmonique (accords) à la main gauche et le système mélodique à la main droite. Maniable, petit et facile à pratiquer, il devient très vite à la mode dans les salons de l'aristocratie française. Destiné surtout aux jeunes filles de bonne famille, c'est un bel objet d'art orné d'une marqueterie richement décorée (galuchat, nacre, écaille de tortue, cuivre, bois rares). Autour de 1860, de grandes fabriques, principalement allemandes et italiennes, produisent un nombre considérable d'accordéons. Délaissé par la haute bourgeoisie, l'instrument se popularise et devient l'apanage des émigrants qui l'emportent au bout du monde. Vers 1900, en France, dans les bals, l'accordéon remplace la musette (cornemuse améliorée). L'accordéoniste et compositeur Émile Vacher (1883-1969) est, avec Michel Péguri, le précurseur du style appelé « musette ». Depuis cette époque, l'accordéon est considéré comme l'instrument des bals, des danses endiablées et de la chanson réaliste. Sa facture évolue, le clavier droit développe une tessiture intéressante et l'accompagnement des basses précomposées du clavier gauche permet de riches modulations. Il est adulé dans les années 30, et son répertoire, dépassant la simple danse, devient musique à part entière grâce aux talents de Gus Viseur, Tony Muréna ou Jo Privat. Remisé dans les années 60, mais jamais totalement éteint, il revient en force en France dans les années 80, tous genres musicaux confondus : chanson, classique, contemporain, jazz, rock, traditionnel. Universel dans l'âme, l'accordéon suscite aussi depuis sa naissance l'intérêt des compositeurs classiques, heureux de découvrir un instrument polyphonique aux riches possibilités sonores. Si Alban Berg, Serge Prokofiev, Petr Ilitch Tchaïkovski, Paul Hindemith ou Dimitri Chostakovitch lui donnent droit de cité, c'est surtout grâce aux écoles allemandes, canadiennes, des pays de l'Est et scandinaves (en particulier finlandaise) que l'accordéon s'anoblit en quelque sorte. En 1927, la première partition importante pour accordéon solo, Sieben neue Spielmusiken, émane du compositeur allemand Hugo Hermann. Parmi plusieurs interprètes de sa génération, le soliste danois Møgens Ellegaard (1935-1995) contribuera dès 1957 au rayonnement de l'accordéon dans le milieu classique contemporain et collaborera avec de nombreux compositeurs dont Jindrich Feld, Per Nørgård, Arne Nordheim, Ole Schmidt. La reconnaissance de l'accordéon et la fondation de nouvelles classes dans les conservatoires nationaux supérieurs de ces pays lui confèrent un statut hautement respecté et facilite son intégration dans le milieu classique. En France, depuis l'instauration en 1986 d'un certificat d'aptitude et d'un diplôme d'État, l'accordéon est présent dans bon nombre d'écoles nationales de musique et de conservatoires régionaux.

La collaboration étroite entre compositeurs et interprètes de tous pays donne naissance à un répertoire de concert grandissant dans la plupart des grands festivals de musique d'aujourd'hui et dans les lieux habituels de diffusion. Les principaux auteurs de ces partitions (concerti, formation de chambre ou soli) sont Claude Ballif, Luciano Berio, Thierry Blondeau, Harrison Birthwistle, Bernard Cavanna, Jean-Pierre Drouet, Jean Françaix, Bruno Giner, Vinko Globokar, Sofia Gubaïdulina, Toshio Hosokawa, Klaus Huber, Mauricio Kagel, Magnus Lindberg, Jacques Rebotier, R. Murray-Schäfer, Isang Yun.