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Ivan Alexandrovitch Wyschnegradski

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Compositeur russe (Saint-Pétersbourg 1893 - Paris 1979).

Fils d'un financier qui était aussi compositeur amateur, il commença des études de droit avant de travailler la musique au conservatoire de Saint-Pétersbourg avec N. Sokolov. En même temps, il découvrit la musique de Scriabine, qui l'enthousiasma autant que la personnalité et l'idéologie du compositeur. Cette découverte, ainsi qu'une expérience mystique qu'il affirmait avoir vécue, furent à l'origine de la grande œuvre qu'il composa en 1916-17, la Journée de l'Existence, pour récitant, chœur et orchestre (remaniée ensuite par deux fois, en 1927 et en 1940), inspirée de la philosophie hindoue, et décrivant l'apparition et l'évolution d'une « conscience cosmique ».

Cette œuvre, qu'il considéra toujours comme sa plus importante, fut à la fois un aboutissement et une ouverture vers une technique nouvelle. Ne pouvant plus se satisfaire du système chromatique traditionnel, il éprouva le besoin d'introduire dans la musique des micro-intervalles (quarts de tons, sixièmes de tons), visant à la création d'un « continuum sonore ». Désormais, la plupart de ses œuvres allaient être écrites dans ce style ultrachromatique, qui fut également pratiqué par le Mexicain Julián Carrillo et le Tchèque Alois Hába.

En 1920, Wyschnegradski émigra et s'installa en France. Un séjour en Allemagne en 1922-23 lui fit rencontrer Hába, et ils travaillèrent ensemble à l'élaboration d'un piano à quarts de tons, qui fut réalisé par la firme Foerster. Nombre d'œuvres de Wyschnegradski nécessitent cependant l'emploi de plusieurs pianos accordés spécialement à différentes échelles.

Bien que Wyschnegradski eût intéressé certains musicologues et compositeurs (Messiaen notamment), il eut des difficultés à s'imposer. Des concerts de ses œuvres eurent lieu en 1937 et 1945, révélant notamment sa symphonie pour quatre pianos Ainsi parlait Zarathoustra (Nietzsche était, avec Dostoïevski, l'une des principales références littéraires du compositeur). Toutefois, il ne fut réellement reconnu que dans les dernières années de sa vie et put alors entendre des œuvres qu'il avait composées plus d'un demi-siècle auparavant, dont la Journée de l'Existence, créée en janvier 1978 à Radio-France, et son Premier Quatuor (1924), exécuté dans le cadre de l'exposition Paris-Moscou de 1979.

En dehors de l'ultrachromatisme, il explora les possibilités des « espaces non octaviants » dont il donna l'application dans une pièce originale pour piano, Étude sur le carré magique sonore (1956). Il laissa un certain nombre d'écrits expliquant ses théories, dont un Manuel d'harmonie à quarts de tons (1932). Si nombre de compositeurs du xxe siècle ont utilisé occasionnellement l'écriture ultrachromatique (Messiaen, Boulez, Ligeti, Xenakis), le système de Wyschnegradski fut tout particulièrement suivi par Bruce Mather, Alain Bancquart et surtout Claude Ballif.