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Tunisie

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

De par sa situation géographique, la Tunisie est, de tous les pays où se pratique la « musique andalouse », celui qui a le plus de contact avec l'Orient et où l'influence égyptienne a pu s'exercer discrètement sur le fonds hispano-mauresque. Il est difficile d'évoquer ce qu'était la musique aux temps des Phéniciens et de la brillante civilisation carthaginoise où les hommages de tous ordres étaient pourtant innombrables à Baal Hammon et à la mystérieuse Tanit.

Quand le pays devint « le grenier de l'Empire », l'héritage millénaire d'un art de poésie et d'improvisation légué depuis l'époque des Berbères nomades s'est trouvé confronté avec les manifestations déjà abatardies de la musique grecque, et les occupations successives des Vandales et des Byzantins n'ont pas laissé de sillage appréciable à cet égard. C'est donc à la conquête musulmane qu'il convient de fixer les origines de la musique tunisienne telle qu'elle est encore pratiquée de nos jours.

Dès le ixe siècle, le Kairouanais Ibn Khayrun avait introduit en Tunisie la lecture et la psalmodie coraniques de l'école de Médine déjà implantée en Égypte. C'est cette psalmodie, à peine modulée, qu'on peut entendre, aujourd'hui encore, dans les lieux de culte maghrébins et dans les réunions « soufies ». À Kairouan également, et au xe siècle, Mounis el-Bagdadi dirigeait une école coranique et, cent ans plus tard, Abou-Salt-Omaya, venu de Denia, s'installait à Mahdia pour y fonder un centre de musique « andalouse » (ou ghernata).

Cette musique, que les Maures ont rapportée d'Espagne après la capitulation de Boabdil (1492) et qu'un certain Hak aurait recueillie en souvenir de la terre perdue, constitue le répertoire classique de tout le Maghreb. C'est, en quelque sorte, la musique arabe d'Occident. Les vingt-quatre modes fondamentaux sur lesquels elle repose varient cependant d'une région à l'autre et la Tunisie est probablement le pays où la tradition « andalouse " s'est altérée le plus au contact de différentes influences venues du Proche-Orient ou d'une esthétique prenant actuellement ses modèles jusqu'en Amérique.

Le malouf en assure la maintenance autour de vestiges qui se rattachent davantage à Séville qu'à Grenade (comme à Alger, Tlemcen ou Rabat) et dont on a tenté de retrouver l'ordonnance classique depuis qu'on l'enseigne au Conservatoire national de Tunis. Il utilise en général une flûte, deux luths, plusieurs rabab (vièles) et des percussions, et se présente comme une suite de pièces vocales et instrumentales obéissant à un ordre précis : une ouverture précédant un certain nombre de bascherafat, airs chantés qu'on peut prolonger à loisir pourvu qu'ils obéissent à une progression mélodique et rythmique ; puis le derj, nouvelle suite d'airs de plus en plus accélérés, le beroual (sur le schéma ABA, d'un caractère plus léger et conforme à la gamme dhil dans laquelle s'ajoute au grave de la tonique une quarte dont on doit faire entendre les notes avant de conclure sur cette tonique), le chereul (mélodie en plusieurs parties dont l'une se répète pour conclure) et le khetan (« clôture ») qui termine le concert sur un très rapide mouvement ternaire.

Le thème favori des poèmes chantés est toujours lié à la nostalgie de l'Andalousie perdue et s'accompagne alors d'un rythme berceur qui s'anime peu à peu jusqu'à une intensité frénétique très caractéristique de la musique tunisienne. La même passion de la vitesse et la même frénésie se retrouvent dans la musique populaire, qu'elle soit d'esprit religieux (comme les tijania et les soulamya, chants sacrés empreints de ferveur mystique) ou liée aux éléments de la vie (chants de travail, cérémonies, solennités, louanges ou invocations au Prophète).

L'une de ses manifestations les plus émouvantes est le gna où les Bédouins évoquent le désert, les longs trajets des caravanes, l'éloge de la tribu, les exploits des héros ou l'image de la femme aimée en s'accompagnant d'une simple flûte de roseau (guesbah) et de deux tambourins (le bandir et le tabl) : on y reconnaît parfois les caractéristiques du chant yamani avec ses vocalises tremblées dans l'aigu sur de menus intervalles, ou l'appel à la prière très orné qu'on peut entendre dans certaines contrées comme l'oasis de Oulad Yanez.

Cette musique rurale ignore, du reste, les modes définis et varie suivant l'interprétation du chanteur, celui-ci donnant souvent son nom au thème dans lequel il a innové. Mais sa place est grande dans la vie quotidienne. C'est pour cette raison que la Direction de la musique et des arts populaires entretient des contacts étroits avec les comités culturels des villes et des villages autant qu'avec les établissements d'enseignement secondaire, tandis que le Conservatoire de Tunis comporte des classes d'instruments occidentaux, harmonie, fugue et contrepoint, et, d'autre part, des classes d'instruments orientaux (luth, rebab, kanoun, raïta, kouitra, naï, tar, kamendja, derbouka, zoukra, etc.). Il en résulte une grande continuité dans la tradition tunisienne entretenue par des musiciens tels que Ahmed El Wafi (1850-1921), Khémas Tarnan (1894-1964), Mohamed Triki (né en 1899), Hédi Jouini (né en 1909), Kaddour Srarfi (né en 1913) et S. Mahdi qui fut directeur du Conservatoire, à côté de tentatives de mélange des styles qui ne semblent pas annoncer de résultats valables.