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Georg Philipp Telemann

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Compositeur allemand (Magdeburg 1681 – Hambourg 1767).

Ses dates témoignent de la prodigieuse longévité de Georg Philipp Telemann, sans doute le compositeur le plus fécond de toute l'histoire de la musique (environ six mille œuvres dont, à la fin de sa vie, il était bien incapable de dresser la liste). Né à Magdeburg, neuf ans après la mort de Schütz, et quatre ans avant Bach, il meurt à Hambourg trois ans avant la naissance de Beethoven, et alors que l'Europe a déjà applaudi (et quelque peu oublié) un enfant prodige nommé Wolfgang Amadeus Mozart, et le prince Esterhazy entendu une bonne trentaine de symphonies de son maître de chapelle Joseph Haydn.

Fils d'un pasteur, il s'oriente dans sa jeunesse non seulement vers la musique, mais aussi vers le droit, la géométrie, le latin, le grec. Dès l'âge de douze ans, il écrit et fait représenter avec succès un opéra, et se met à composer abondamment en prenant comme modèles des musiciens tant allemands (Rosenmüller) qu'italiens (Corelli, Caldera). Mais il est surtout autodidacte. Après avoir fait, à Halle en 1701, la connaissance de Haendel, il se rend à Leipzig pour y poursuivre ses études de droit.

« Découvert » comme compositeur par le bourgmestre Romanus, il écrit tous les quinze jours une cantate pour l'église Saint-Thomas, dont le cantor est Johann Kuhnau. Il interrompt bientôt ses études de droit, et s'étant tourné définitivement vers la musique, prend la direction de l'Opéra de Leipzig et fonde le Collegium Musicum, organisation de concerts publics. En 1705, il devient maître de chapelle du comte Erdmann von Promnitz, à Sorau. Il écrit pour son maître, passionné de musique française, des œuvres inspirées de Lully et de Campra, et l'accompagne dans ses domaines de Pologne, où il entre en contact avec la musique populaire et les danses slaves.

En 1706, il est à Eisenach où il rencontre Bach, dont il deviendra le parrain du deuxième fils, Carl Philipp Emanuel. En 1712, il s'installe à Francfort-sur-le-Main, et en 1721 à Hambourg, où il devient cantor au Gymnasium Joanneum et directeur de la musique dans les cinq églises principales de la ville. Il y restera fixé jusqu'à sa mort, non sans avoir brigué contre Bach la succession de Kuhnau à Leipzig (1722), ni effectué encore de nombreux voyages, dont un à Paris en 1737.

Non content de fournir la métropole hanséatique en opéras, en musique sacrée et en musique de concert, il fonde en 1728 puis dirige le Maître de musique fidèle (Der getreue Musik-Meister), la première revue musicale allemande, approvisionne régulièrement diverses cours princières en œuvres nouvelles et inédites, et trouve le temps de cultiver soigneusement son jardin (pour lequel Haendel lui envoie les oignons de tulipe et de jacinthe les plus rares) tout en se livrant à une étude approfondie des penseurs, des poètes et des écrivains des « lumières ».

Il compte, dans ses dernières années, parmi les pionniers de genres nouveaux comme le quatuor à cordes, et son ultime partition achevée, la cantate Ino (1765), offre de curieuses ressemblances avec Gluck.

Telemann, qui de son vivant éclipsa tous ses contemporains par sa célébrité, tomba après sa mort dans un oubli profond : « La postérité (fit) payer cher à Telemann l'insolente victoire que, de son vivant, il remporta sur Bach. Cet homme, dont la musique était admirée dans tous les pays d'Europe, depuis la France jusqu'à la Russie, et que (…) le sévère Mattheson déclarait le seul musicien qui fût au-dessus de l'éloge, est aujourd'hui oublié, dédaigné. On ne cherche même pas à le connaître » (Romain Rolland en 1919).

La situation, depuis, a changé. Telemann a été redécouvert, grâce surtout au microsillon. « Bach-si mineur, Telemann-ut majeur », déclarait déjà au siècle dernier le musicologue Philipp Spitta. Le caractère extraverti et la verve sympathique de Telemann appelaient cette boutade. D'autant que Bach et lui-même assumèrent de façon fort différente leur position européenne. Bach, génie de la synthèse et de l'unification des tendances et des courants les plus divers, s'oppose nettement à Telemann, qui sut également s'adapter et tirer profit de tout, mais à la manière d'un caméléon, en changeant chaque fois d'habit pour ainsi dire.

Il illustra ainsi tous les genres pratiqués à son époque, et grâce à sa curiosité et à son inlassable vivacité d'esprit, en laissa des spécimens qu'on peut sans hésiter ranger au nombre des meilleurs. On lui doit environ cent oratorios dont le Jugement dernier (Der Tag des Gerichts, 1762), des cantates profanes comme les Heures du jour (Die Tageszeiten, 1759), quarante-quatre Passions, quarante opéras dont Pimpinone (1725), intermezzo bouffe précédant de huit ans la Servante maîtresse (La Serva padrona, 1733) de Pergolèse, douze séries de cantates pour tous les dimanches et toutes les fêtes de l'année, six cents ouvertures à la française et d'innombrables concertos et pièces de musique de chambre faisant partie ou non de la fameuse Musique de table (Tafelmusik, 1733), des pièces pour clavecin, des lieder.

Nul plus que lui, sans doute, ne chercha à répondre aux exigences contradictoires de l'ancienne polyphonie et du style galant, d'où ses triomphes (passés et actuels), et aussi ses limites.