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Suisse

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Au carrefour de plusieurs civilisations et sollicitée par les différents styles musicaux de l'Allemagne, de la France et de l'Italie, la Suisse a connu, en musique, plus de théoriciens que de grands créateurs depuis le moment où un chanteur venant de Rome et réclamé par Charlemagne dut s'arrêter à Saint-Gall. Le centre culturel important qu'était déjà le monastère y trouva l'occassion de développer le domaine musical et, dès la génération suivante, le moine Notker écrivait des traités (De octo tonis, De tetrachordis…) et composait des séquences en s'inspirant des tropes de Jumièges. Jusqu'à la Renaissance, la tradition du chant s'était perpétuée et les théoriciens l'avaient consolidée par des études concernant notamment l'écriture canonique et les modes ecclésiastiques anciens. H. L. Glareanus (1488-1563), ami d'Érasme et éditeur de Boèce, est l'un des plus célèbres (cf. son Dodecachordon, 1547).

La Réforme risqua de compromettre cette évolution avec l'abolition de toute expression musicale dans la célébration du culte imposée par Zwingli. Mais, dès 1553, un premier livre de cantiques était édité à Saint-Gall, en 1537, Calvin introduisait le chant au temple de Genève, non sans spécifier qu'il était « parole d'Écriture » exclusivement réservé au service du culte, et, en 1526, Ludwig Senfl, ami de Luther et maître de chapelle à la cour de Munich, apportait la plus profonde spiritualité à ses motets, ses séquences et ses hymnes, éclipsant l'œuvre de son compatriote Rudolf Wyssenbach (Tabulaturbuch, 1550) et du Bâlois Hans J. Wecker.

La création d'un Collegium musicum à Zurich (1613) et à Winterthur (1629) marque également une étape importante dans le développement de l'activité musicale, non seulement par le soutien qu'il apportait au chant d'église et à la musique profane, mais dans l'élargissement à une association d'auditeurs de ce qui n'était jusqu'alors qu'un cercle de musiciens amateurs. Ces ancêtres des institutions de concerts (qu'on devait, peu après, retrouver en Allemagne) ont favorisé la pratique du chant choral à l'échelle populaire, sans créer cependant une tradition musicale active qui attendra, pendant deux siècles encore, ses premiers artisans.

Le pionnier de ce renouveau fut Hans Georg Naegeli (1773-1836), compositeur, éditeur d'œuvres instrumentales et pédagogue nourri des principes de Pestalozzi. Au moment où le premier recueil de chansons populaires suisses était publié à Berne (1826), avec une notation à plusieurs voix consacrant une particularité suisse attestée dès le xvie siècle, il remit en honneur les chœurs masculins au point d'être surnommé « le père des chanteurs ». Beethoven saluait en lui « un sage d'Apollon » et son influence fut très profonde : c'est lui notamment qui institua les festivals de chant choral qui se sont perpétués jusqu'à nos jours. Ses successeurs n'ont pas été moins efficaces. Dans l'animation de la vie musicale zurichoise, ce fut le Bâlois Franz Hegar (1841-1927), lui aussi professeur, compositeur et chef de différentes chorales d'hommes : à Lausanne, ce fut G. A. Koëlla (1822-1905), membre, avec ses frères, du premier quatuor itinérant que l'Europe ait connu, et qui consacra les cinquante dernières années de sa vie à faire rayonner la musique et à la faire connaître ; à Genève, Hugo de Senger (1832-1892), chef d'orchestre de l'Opéra allemand de Lausanne, se plaça rapidement à la tête du mouvement musical et accumula des partitions de large audience (Fête des vignerons à Vevey, 1889) pour une démocratisation de plus en plus étendue par l'intermédiaire du chant choral ; à Vevey, enfin, H. Plumhof, d'origine germanique, dota la ville de concerts de musique de chambre réguliers, en plus des récitals d'orgue qu'il donnait et des auditions de chorales pour lesquelles il composait, accusant l'habitude de ces grandes représentations de plein air où toute la population d'une région se retrouve autour d'un poète et d'un musicien et qui s'est conservée jusqu'à la génération d'Honegger et de Willy Burkhardt, dans l'union de l'art populaire et de l'écriture symphonique.

À la génération suivante, Hans Huber (1852-1921), Otto Barblan (1860-1943), et Hermann Suter (1870-1926) ont regroupé les différentes forces encore éparses et la fondation de sociétés de concerts a contribué à diffuser la musique symphonique et instrumentale, y compris celle des premiers compositeurs soucieux d'un accent local : hauts fait des ancêtres, travaux de la terre, éléments d'un folklore marqué par la diversité physique du pays autant que par l'influence de plusieurs cultures (les symphonies de Hans Huber qui s'inspirent d'arguments comme Tell ou Böcklyn). Cette recherche d'un art national qui ne doit rien à leurs voisins ne cessera de préoccuper la plupart des musiciens suisses ; d'autres, en petit nombre, estimant, au contraire, que leur mission était de forger un art « européen » dont les éléments seraient la synthèse des esthétiques latine et germanique (Oboussier).

Au prestige de la culture allemande se superposa, après la Première Guerre mondiale (et plus spécialement en Suisse romande), celui de la musique française, sans paralyser pour autant la pratique du psautier huguenot (Roger Vuataz, Henri Gagnebin), et les échos folkloriques qu'on rencontre chez un Joseph Lauber, un Gustave Doret et un Jaques-Dalcroze, créateur de la gymnastique rythmique. À ce titre, l'action d'Ernest Ansermet, fondateur et chef de l'Orchestre de la Suisse romande, fut exemplaire pour la génération d'Alexandre Mottu, Conrad Beck, Marescotti et même Frank Martin (jusqu'à sa découverte de Schönberg), en qui la musique suisse peut voir son plus illustre représentant, puisque Honegger est revendiqué par l'école française autant qu'Ernest Bloch par l'école américaine.

En Suisse alémanique, cependant, l'influence de la musique allemande (les romantiques, Strauss ou Reger) est demeurée capitale dans l'œuvre d'Othmar Schoeck, Willy Burkhardt ou Walter Geiser et jusqu'à l'adoption de la technique sériellle par les compositeurs de la jeune génération : après Erich Schmid qui s'y engagea le premier, l'école alémanique groupe, dans cet esprit, un certain nombre de créateurs originaux comme Armin Schibler, Jacques Wildberger ou Klaus Huber.

Au nom d'un éclectisme qu'on retrouve dans le monde entier, les tenants du néoclassicisme (Julien-François Zbinden, Raffaele d'Alessandro, Rolf Looser) voisinent en Suisse avec une avant-garde dont le représentant les plus hardis paraissent être Jacques Guyonnet, Hans-Peter Kyburz (1960), Christian Henking (1961), Daniel Johannes Schnyder (1961), Marc-André Rappaz (1958) et surtout Michael Jarrel (1958).

Plaque tournante de la musique européenne, la Suisse occupe, par ailleurs, une position importante dans l'activité festivalienne (Lucerne, Montreux) et le Concours international de Genève est l'un des plus cotés à l'échelle mondiale.

Ajoutons que les artistes les plus divers ont su trouver un aliment pour leur génie particulier (Liszt, Wagner, Stravinski, etc.). L'Association des musiciens suisses, dont la fondation remonte au début du siècle, apparaît elle-même comme le symbole d'un lien entre tous les créateurs qui s'étend aisément à ceux qui ont bénéficié de ses traditions d'hospitalité et, plus particulièrement pour la musique, de l'excellence de l'enseignement qu'on y reçoit et de la qualité de ses orchestres et de son public.