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Bedřich Smetana

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Compositeur tchèque (Litomyšl, Bohême, 1824 – Prague 1884).

Enfant prodige bénéficiant d'une ambiance familiale humaniste, avec un père maître brasseur et violoniste amateur, il jouait déjà si bien du violon à quatre ans qu'il remplaça son père dans l'exécution d'un quatuor de Haydn au second violon. À six ans, il transcrivait au piano la Muette de Portici d'Auber. En 1835, son père abandonne le métier de brasseur et s'installe comme exploitant agricole à Ružkova Lhotice au pied du mont Blanik. Après ses études secondaires, Smetana se rend à Prague en 1843 pour se perfectionner en piano. Décidé à devenir un artiste malgré les réticences de son père, il est engagé comme professeur de musique chez le comte Leopold Thun où l'ambiance l'amène à composer nombre d'œuvres aujourd'hui disparues. Il connaissait évidemment Mendelssohn, Hummel, Henzelt et même Schumann, dont les œuvres étaient alors fréquemment jouées à Prague.

Les événements révolutionnaires de 1848 le transforment en fervent propagandiste du nationalisme en Bohême. Aidé par Liszt et Clara Schumann, il fonde en 1849, à Prague, une école de musique privée où le tchèque est la langue obligatoire, marquant ainsi son opposition à l'enseignement officiel de culture allemande. Il milite alors dans le groupe armé Concorde et devient l'ami des radicaux-démocrates de la capitale. Il fait ainsi la connaissance de Karel Sabina, écrivain politique, qui devait écrire le livret de ses deux premiers opéras. Alors que, dans ses dix premières années de compositeur, il écrivait ballades, polkas, impromptus, des Feuillets d'album schumanniens… pour le piano, l'ambiance révolutionnaire fait de lui un auteur de marches, telles celles de la Légion des étudiants de Prague, de la garde nationale et un chant guerrier, ou des ouvertures, plus joyeuses que solennelles.

Le 27 août 1849, Smetana épouse Catherine Kolářová, jeune femme de vingt-deux ans, ravissante et enjouée. Elle lui donna quatre filles, dont seule Sophie, la troisième, dépassa la petite enfance. Sa femme, pulmonaire, devait rapidement lui donner de profonds soucis. Son école de musique périclite, alors que ses tournées de concerts en tant que pianiste n'atteignent pas la notoriété espérée. Il songe à s'expatrier. Dans l'espoir de voir l'empereur François-Joseph Ier se faire sacrer roi de Bohême, il écrit une symphonie triomphale à l'occasion du mariage du jeune empereur avec Elisabeth de Bavière. Utilisant des citations de l'hymne autrichien dû à Haydn, il espérait une réponse à son envoi à Vienne, qui ne vint jamais.

Mais Bedřiška, sa fille aînée, disparaît. Il dédie à sa mémoire son trio pour piano, violon et violoncelle dont le ton de sol mineur ajoute au sentiment de désespoir et de détresse. On y entend des mélodies étranges, des bruits sourds d'une marche funèbre, tandis que le final conclut dans le ton énergique de sol majeur.

À l'automne 1856, Smetana rencontre à nouveau Liszt qui lui conseille de partir pour Göteborg, en Suède. Il dirige ainsi l'Harmoniska Sällskapet de Göteborg de 1856 à 1861. Mais sa femme Catherine disparaît et les succès remportés par ses trois poèmes symphoniques, Richard III, le Camp de Wallenstein et Hakon Jarl, hommage vibrant à Liszt, ne suffisent pas à atténuer son mal du pays.

Rentré définitivement à Prague, il s'aperçoit que la vie musicale nationale bohémienne prend son essor. Il prête son concours à toutes les tentatives fructueuses ou non en ce sens. Il prend la direction de l'association chorale Hlahol, puis d'une école de musique avec F. Heller (1824-1912). Il devient en 1866 le chef régulier du théâtre provisoire devenu le Théâtre bohémien de Prague. La première de son opéra les Brandebourgeois en Bohême est un événement national tant par l'emploi de la langue tchèque que par le sujet.

Mais sa popularité ne devient immense qu'avec la version définitive de son opérette devenue opéra-comique, la Fiancée vendue, véritable hymne national de Bohême, dont l'ouverture est un chef-d'œuvre aujourd'hui universellement connu. Cette veine nationale lui inspire Dalibor (1868), opéra tragique racontant la lutte nationale contre la domination étrangère. Mais le style musical étant jugé trop wagnérien, il est accusé de trahison ! Il écrit alors Libuše (1872), glorification de la nation tchèque et de son éternité historique, alors que son opéra-comique les Deux Veuves (1874) forme un tableau inimitable de la vie et de l'amour, scherzo rayonnant prenant ses racines mélodiques dans les polkas et les danses de Bohême.

Mais Smetana éprouve des vertiges, sent son ouïe se détériorer. Il se réfugie alors chez sa fille Sophie à Jabkenice. Il ne reviendra plus à Prague que pour soutenir ses partisans et assister à la création de ses nouveaux opéras et pièces symphoniques. Son génie, issu du folklore bohémien, prend toute son universalité dans son cycle Ma Vlast (Ma patrie), dont les six volets sont comme la description imagée, champêtre, dansante de tout un peuple.

Malgré les influences de Chopin sur ses œuvres de piano de jeunesse, de Liszt, puis de Wagner, la musique de Smetana est profondément originale par son héroïsme, son humour, sa tension permanente. Sa souplesse mélodique, sa rythmique de plus en plus complexe bien que naturelle en sont les marques extérieures. Mais il serait injuste de ne voir en Smetana que le père de l'opéra national tchèque. Il a effectivement permis au patrimoine bohémien d'atteindre l'audience internationale, en effectuant une exceptionnelle synthèse entre une forme néoromantique et un individualisme culturel jusqu'alors préservé. Mais il ne faut pas négliger l'apport de Smetana dans le domaine de la musique de chambre ; deux quatuors à cordes dont le second en mineur annonce la complexité harmonique d'un Janáček, des pièces pour piano telles que Macbeth et les Sorcières (1859-1876) ou Rêves (1875) qui précèdent Liszt dans l'annonce du xxe siècle. De même, ses dix cycles de chœurs pour voix d'hommes atteignent une puissance expressive, une perfection de forme qui leur permettent d'ouvrir la voie à l'école moderne tchèque.