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Luigi Russolo

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Compositeur et peintre italien (Portogruaro 1885 – Cerro di Laveno 1947).

Il est le théoricien et le pionnier de la musique « bruitiste ». Il étudie la musique avant de se tourner vers la peinture. À Milan, il entre en 1910 dans le groupe des futuristes, formé entre autres par l'écrivain Marinetti, les peintres Boccioni et Balla, et dont le projet est de rénover tous les arts en les ouvrant au dynamisme de la vie moderne et des machines. S'inspirant des théories et des réalisations de Balilla Pratella, Russolo publie en 1913 son manifeste l'Arte dei rumori (l'Art des bruits), qui proclame en termes énergiques et enthousiastes la désuétude des musiques instrumentales traditionnelles et la nécessité de « conquérir la variété infinie des sons-bruits » (sons de la vie moderne, de la nature, de la ville… et de la guerre) pour les composer harmoniquement et rythmiquement.

Établissant une classification sommaire des bruits, Russolo imagine, pour les recréer et en jouer, des instruments qu'il appelle des « intonarumori » (bruiteurs) : ceux-ci ont l'aspect de caisses cubiques dont sortent des trompes pour porter le son, et contiennent des mécanismes que l'on peut actionner grâce à une manivelle, avec un levier permettant de contrôler approximativement la hauteur des sons. Réalisés avec Ugo Piatti, ces instruments se divisent en hululeurs, grondeurs, crépiteurs, froufrouteurs, éclateurs, bourdonnateurs, glouglouteurs et sibileurs.

Russolo écrit pour eux des pièces en notation graphique (Réveil d'une capitale, Rendez-vous d'autos et d'aéroplanes, Escarmouche dans l'oasis, On dîne à la terrasse du casino), pièces qui, malgré leurs titres, veulent dépasser le niveau purement imitatif pour recréer des « compositions » ordonnées de bruit, susceptibles de donner une « nouvelle volupté acoustique ». Ces œuvres sont jouées dans différents concerts à Milan, Gênes, Londres, en 1914, avec un accueil souvent houleux. Enrôlé et blessé dans la Première Guerre mondiale, Russolo recommence à diffuser sa musique en 1921 (concerts à Paris, suivis par Stravinski, Ravel, et surtout Varèse).

Il perfectionne ses bruiteurs et finit par les regrouper en un seul instrument à clavier, le rumorharmonium ou russolophone, mis au point entre 1923 et 1927, et qui, avec ses douze « jeux », donne aussi bien des bruits que des accords parfaits. Quand Russolo s'établit à Paris en 1927, c'est avec cet instrument qu'il gagne sa vie, s'en servant pour accompagner et bruiter en direct des films muets d'avant-garde au cinéma du Studio 28. Il rencontre alors Varèse, intéressé mais réticent, ainsi qu'Honegger, également tenté par l'utilisation du rumorharmonium, mais là encore, l'intérêt du milieu musical n'aura pas de suite.

L'avènement du cinéma parlant ruine les applications commerciales du rumorharmonium, dont le seul exemplaire semble aujourd'hui perdu. Russolo arrête ses activités d'avant-garde, et se fixe en 1937 à Cerro di Laveno, se désolidarisant des positions fascistes prises par certains futuristes. C'est là que meurt en 1947, dans l'indigence, cet homme modeste et désintéressé dont l'œuvre de précurseur de la musique concrète (laquelle fit usage de sons enregistrés, au contraire du bruitisme) commence à être redécouverte, grâce entre autres aux travaux de Giovanni Lista. Malheureusement, les principales traces qui restent de cette tentative sont des textes, et la recréation des expériences de Russolo demanderait un travail important. Pierre Henry devait rendre en 1975 un hommage à Russolo, avec son œuvre Futuristie.