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Artur Rubinstein

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Pianiste polonais naturalisé américain (Łódż 1887 – Genève 1982).

Enfant prodige, il aborde le piano à trois ans, est exhibé dans des concerts entre sept et dix ans, avant d'être entendu à Berlin par Joachim, qui, ébloui, prend en charge son enseignement, le confiant à Heinrich Barth pour le piano, à Robert Kahn et Max Bruch pour l'harmonie et la composition. C'est sous sa direction qu'il fait ses véritables débuts en 1899, à Berlin, interprétant le 23e concerto en la majeur de Mozart. Après une tournée en Russie avec l'orchestre Koussevitski, il séjourne quelques mois en Suisse chez Paderewski et fait ses débuts parisiens en 1904, au Nouveau Théâtre, provoquant en particulier l'admiration de Saint-Saëns. Une tournée de soixante-quinze concerts aux États-Unis, en 1906 (il joua pour ses débuts à Philadelphie le 1er concerto de Chopin), clôt la période d'apprentissage du jeune prodige.

Conscient de son immaturité, il se remet à l'étude et parfait son répertoire, avant de reparaître dans les capitales européennes, notamment à Londres en 1912 (en compagnie de Casals), où il s'installe de 1914 à 1916, donnant des « joint-recitals » avec Ysaye pour les troupes alliées. En 1916, il découvre dans l'enthousiasme l'Espagne et la musique de Granados, d'Albéniz et de Falla qu'il va contribuer à faire connaître. À partir de 1919, il partage ses activités entre les États-Unis, où il effectue de nombreuses tournées dans les années 20, l'Europe et l'Amérique du Sud dans la décennie suivante. De 1932 (année de son mariage) à 1937, il vit à Paris dans une semi-retraite, provoquée par sa rivalité avec Horowitz, révisant entièrement son jeu et sa technique.

Il fait une rentrée triomphale en novembre 1937, interprétant le 1er concerto de Tchaïkovski avec l'Orchestre philharmonique de New York. Animé d'une prodigieuse vitalité, il se dépense en des concerts-marathons (jouant fréquemment les deux concertos de Brahms ou trois de Beethoven en une seule soirée), fait de la musique de chambre en duo avec Paul Kochanski, Jascha Heifetz, Henryk Szeryng, en trio avec Heifetz et Feuermann (puis Piatigorski), Szeryng et Fournier, et joue avec les quatuors Pro Arte et Guarneri. Il a enregistré tout l'œuvre de Chopin et les grands concertos du répertoire (ceux de Beethoven par trois fois). Atteint de cécité, il a abandonné la carrière après un récital d'adieu donné au Wigmore Hall de Londres en avril 1976.

Le fringant vieillard immortalisé par le cinéma (l'Amour de la vie, de F. Reichenbach, 1969) et par ses Mémoires (les Jours de ma jeunesse, 1976 ; Grande est la vie, 1980) fut également dans sa jeunesse un ardent défenseur de la musique de son temps, jouant aussi bien Szymanowski (qui lui dédie ses Variations op. 3), Stravinski (qui fait de même avec sa Piano-Rag Music, 1919), Debussy, Ravel, Poulenc, Prokofiev, Villa-Lobos et les maîtres espagnols.

Interprète familier des romantiques, de Brahms surtout qu'il chérit, Rubinstein reste d'évidence le grand traducteur de Chopin, par ses interprétations fougueuses et aristocratiques, préférant la luminosité au flou, le lyrisme à l'émotion, quitte à paraître parfois superficiel à force de brio. Sans abandonner un idéal d'interprétation privilégiant l'élan, lui-même a su évoluer d'un jeu spontané et virtuose à une conception plus méditative et plus décantée, ouvrant la voie à de nouvelles lectures de l'œuvre de Chopin.