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Nikolaï Andreïevitch Rimski-Korsakov

Rimski-Korsakov, le Coq d'or
Rimski-Korsakov, le Coq d'or

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Compositeur russe (Tikhvine 1844 – Lioubensk 1908).

Placé dès l'âge de six ans devant un piano, il se familiarise rapidement avec Beethoven, Mozart, les ouvertures de Verdi, Auber, Spontini et les pots-pourris d'opéras italiens, répertoire quotidien de sa famille, de la noblesse campagnarde éclairée. Mais destiné à faire carrière dans la marine, il est envoyé à l'École des cadets de la flotte à Saint-Pétersbourg (1856-1862). La capitale lui offre la révélation décisive du théâtre lyrique, en l'occurrence Meyerbeer, Weber, Verdi, Rossini, Mozart (Don Giovanni), et surtout Glinka, dont il ressent toute l'importance. Parallèlement, dès 1860, Canilla, son professeur de piano, lui fait connaître Bach, Schumann, et approfondir Beethoven ; il encourage même ses premières compositions et le présente, en novembre 1861, à Balakirev, qui lui demande d'écrire une symphonie. Mais, promu au grade d'aspirant, il doit s'embarquer pour une croisière de trois ans autour du monde : peut-être en rapporte-t-il son goût du pittoresque, des couleurs et du folklore.

Le succès de sa première symphonie, achevée à son retour, le décide à voir dans la musique sa vraie vocation, alors même que, sous l'influence des idées de Liszt et Berlioz il entreprend Sadko, son premier poème symphonique.

Mais sa nomination en 1871 comme professeur de composition et d'orchestration au conservatoire de Saint-Pétersbourg marque un tournant décisif dans sa vie. Si le groupe des Cinq trouve là un lieu de vulgarisation de ses idées, cette promotion amène Rimski-Korsakov à entreprendre pendant cinq ans un véritable recyclage, sa formation d'autodidacte ne pouvant nourrir son enseignement. Lui, qui n'avait jamais harmonisé un choral, jamais fait un exercice de contrepoint, se met à l'étude des fugues de Haendel et de Bach (il en écrira lui-même 61), des polyphonistes italiens et néerlandais, du traité de Chérubini et de celui de Berlioz, cela avec l'aide de Johansen et de Tchaïkovski. Étonnant Rimski-Korsakov, qui, par conscience professionnelle, substitue la technique à l'empirisme de sa première manière ! Exemple unique dans ce groupe des Cinq et qui explique partiellement les tâches de « révision », d'un bonheur parfois douteux, qu'il s'assignera, notamment en ce qui concerne Moussorgski et Borodine.

Enfin, sa nomination comme inspecteur des musiques des équipages de la flotte (1873) lui permet de vivre de et par la musique tout en le conduisant à s'intéresser aux instruments à vent et même à apprendre la clarinette et la flûte. La collecte des chants populaires l'absorbe alors pendant près de deux ans (1876-1878) et lui fait découvrir les vieux rites païens, notamment du Dieu-Soleil, qui l'obséderont dans ses œuvres lyriques. Jusqu'en 1882, date à laquelle il se consacre à la révision des manuscrits de Moussorgski (1882-1884), il dirige l'École libre de musique, puis, de 1886 à 1890, les Concerts symphoniques russes de Saint-Pétersbourg, tout en étant directeur adjoint de la chapelle impériale confiée à Balakirev (1883-1893).

Il a noué aussi des liens d'amitié avec Belaïev, autour duquel s'est formé un cénacle plus ouvert, plus technique que celui du groupe des Cinq, moins passionnant peut-être, mais où Palestrina, Bach, et les nouvelles œuvres de Wagner trouvent grâce. Liadov, Glazounov, plus tard Tcherepnine et Scriabine s'y retrouveront. À l'initiative de Belaïev, Rimski-Korsakov dirige, au Trocadéro, deux grands concerts de musique russe dans le cadre de l'Exposition universelle de 1889, occasion pour lui de prendre un premier contact avec les musiciens français et les courants musicaux nouveaux (il y reviendra avec Diaghilev en 1907).

Écarté de ses différentes activités et interdit d'exécution (le Coq d'or ne sera créé qu'après sa mort en 1909) pour avoir soutenu le mouvement de 1905, pris le parti des étudiants et même mis en musique Doubinouchka, l'hymne populaire de la première révolution, Rimski-Korsakov n'est réintégré qu'officieusement quand un infarctus le terrasse le 22 juin 1908, au moment même où Snegourotchka est représenté à l'Opéra-Comique de Paris. L'essentiel de son activité de compositeur fut consacré à ses quinze opéras.

Mais si en 1868-69, lorsque sonne l'heure des réalisations pour le groupe des Cinq, Rimski choisit l'épisode historique de la révolte de la ville de Pskov réprimée par Ivan le Terrible, la Pskovitaine, ce type de sujet constitue à vrai dire une exception. Le monde de Rimski est un monde de poésie, de beauté et de lumière, et il est plus attiré par les sujets tirés des contes populaires où s'affirme la sagesse profonde du peuple et par les thèmes féeriques, sinon fantastiques.

Cette orientation, sensible dans la Nuit de mai (1878-79), Snegourotchka (1880-81), Sadko (1894-1896), Kastcheï (1901-1902), Kitège (1903-1905), le Coq d'or (1906-1907), véhicule une critique sociale qui lui vaut quelques démêlés avec la censure (il doit supprimer dans la Nuit de Noël toute allusion à Catherine II ; Kastcheï a été bien compris comme une protestation contre l'oppression et une allusion au grand inquisiteur Pobedonostev, le Coq d'Or comme une satire du gouvernement). Bien plus, l'optique générale reflète aussi une certaine conception de l'opéra : l'acceptation du caractère conventionnel du genre, l'idée que sur scène tout est spectacle et stylisation, la méfiance à l'égard du réalisme vériste.

Distinguons chez lui trois types d'opéra : le genre italien (la Fiancée du tsar) ; la mélodie ininterrompue héritière à la fois de Wagner et Dargomyjski (Mlada, 1889-90 ; Mozart et Salieri, 1897 ; Kitège (1903-1905) ; l'œuvre de compromis entre l'opéra lyrique et l'opéra déclamatoire (Snegourotchka, 1880-81 ; Sadko, 1894-1896, la Nuit de Noël, 1894-95 ; Tsar Saltan, 1899-1900 ; le Coq d'or, 1906-1907), où les « morceaux séparés » alternent avec des scènes entières construites selon les idées du drame wagnérien. Rimski-Korsakov refuse, en effet, de se laisser guider par des théories, seuls comptent pour lui le résultat et la nécessité musicale. Ainsi l'emploi du leitmotiv est-il chez lui tout autre que chez Wagner : il n'est pas le tissu de la trame orchestrale, il peut devenir thème, air, véritable motif rythmico-mélodique, parfois succession harmonique (cf. la leit-harmonie du cri du Coq d'or).

Mais ce qui frappe avant tout dans son œuvre, c'est sa science de l'orchestration (cf. ses Principes d'orchestration, 1896-1908, édités en 1913) qui s'appuie sur les expériences des compositeurs allemands (Weber, Mendelssohn, Wagner, Liszt), français (Meyerbeer et surtout Berlioz), russes (la marche de Tchernomor de Glinka dans Rousslan et Ludmilla étant le modèle). En ce domaine, il a marqué toute une génération, y compris Stravinski, fortement influencé par l'orchestre, la couleur et les procédés d'écriture du Coq d'or : l'Oiseau de feu et Petrouchka en témoignent. Rimski a un goût certain pour les combinaisons neuves (par ex. bois, cuivres et percussions), la sonoristique (cf. Capriccio espagnol, Schéhérazade, la Grande Pâque russe), et il aimait à comparer l'orchestre à une sorte de clavier idéal. Son langage harmonique ne plonge pas seulement dans la musique populaire, il pousse l'harmonie, comme dans Katscheï, « jusqu'aux extrêmes limites, bien qu'on n'aboutisse jamais à la sur-harmonie » (Rimski). Il affectionne, d'autre part, les accords augmentés et certaines trouvailles peuvent l'apparenter à Debussy ; l'ouverture de Kitège peut même faire songer à Chostakovitch. Sans doute a-t-il été le chef d'école le plus important de la Russie de la fin du xixe siècle.