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Polynésie

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

La musique polynésienne est très difficile à définir, car elle a presque complètement disparu au cours de la rapide mutation culturelle qui s'est opérée au xixe siècle lors de la colonisation (et plus particulièrement sur l'initiative des missionnaires interdisant toute manifestation du paganisme).

La musique polynésienne était presque exclusivement vocale, le rôle des instruments étant limité à l'accompagnement ou au signal sonore (langage tambouriné). Ces instruments avaient une très petite tessiture, ne dépassant pas la quarte juste. On rencontrait des aérophones, quelques membranophones et de nombreux idiophones. Le seul instrument à corde semble avoir été un arc musical, assez proche de la guimbarde (ukéké à Hawaii, utété aux îles Marquises). Les aérophones comprenaient surtout des flûtes droites et traversières, nasales ou buccales et en bambou généralement (vivo, flûte nasale assez répandue, ohe, hokio, ainsi que le koauau des Maoris, souvent fait d'os humain), des flûtes de Pan, des sifflets, utilisés en général par les enfants (ute à Tahiti, ki aux Marquises, pu-a à Hawaii, réhu en Nouvelle-Zélande) et des trompes faites, le plus souvent, de conques marines et destinées à la signalisation, très développées chez les Maoris (pu-muana, pu-taino, trompe de guerre putura-putura). On rencontrait également à Hawaii et en Nouvelle-Zélande des rhombes et des diables (oeoe à Hawaii). Il est intéressant de noter que les instruments à anches semblent avoir été inconnus des Polynésiens. Parmi les membranophones, on trouvait presque exclusivement des tambours de toute taille, dont la membrane était constituée d'une peau de requin et dont le nom était, la plupart du temps, pahu (pahu-ute-ari'i, pahi-nui, pahu-nui a te toa, pahu-'upa'upa… à Tahiti, pahu méae, pahu ua, pahu topeté aux îles Marquises, pahu hula à Hawaii).

Il faut aussi citer le to'ere tahitien, réservé aux sacrifices humains, et le petit tambour tutu des îles Marquises. Ces tambours étaient presque toujours battus des deux mains. On rencontrait aussi à Hawaii une petite timbale en noix de coco, le puniu. Il existait des idiophones en tout genre, en particulier à Hawaii : bâtons entrechoqués (o le polutu aux Samoa et Tonga, ka'la'au et ka'éké'éké à Hawaii), claquettes (pu'ili hawaiien), xylophones (pahu kou hau marquisien, ihara tahitien), gong de guerre (pahu maori), calebasses jetées par terre (hula ipu hawaiien, ka'ara des îles Cook) ou remplies de gravier (ulili et uli-uli hawaiien), pierres entrechoquées ou frappées du pied (hula-ili-ili hawaiien et macas de l'île de Pâques). La guimbarde se rencontrait dans toute la Polynésie (titapu marquisien, utété à Tonga, Samoa et Futuna, niau-kani à Hawaii, mokena ou tofakofe à Tonga, roria en Nouvelle-Zélande).

Cette musique s'accompagnait très souvent de mouvements du corps au moins, sinon de danses, et les danses étaient toujours chantées.

Elle se caractérisait en outre par un ambitus mélodique très petit. On peut dégager trois types de mélodies dans les chants traditionnels : un premier qui gravite autour d'une note centrale (oro), un autre évoluant dans les limites d'une quarte et favorisant la tierce mineure (de loin le plus fréquent) et un troisième type, plus rare, établi par la superposition de tierces. Le caractère imprécis de la mélodie était accentué par l'accord des instruments, tout à fait empirique (les Polynésiens, en effet, ne connaissaient pas le procédé de division de l'octave), et par l'importance extrême accordée au timbre (usage fréquent de falsetto, sons caverneux, soupirs, sanglots, râles, gémissements, aspirations et expirations violentes et rauques). Certains chercheurs ont donc cru pouvoir y déceler la présence de micro-intervalles. La musique polynésienne étant vocale et liée au langage, elle accordait en conséquence un rôle prépondérant au rythme, issu de la prosodie polynésienne et qui épousait les moindres inflexions du discours verbal. L'accompagnement se caractérisait par des formules rythmiques binaires ou ternaires très brèves, répétées inlassablement et constituant une sorte de base ou bourdon rythmique. On comprend donc l'importance des instruments à percussion. La polyphonie existait principalement sous forme d'antiphonie (dans les îles Marquises, en particulier) entre deux groupes choraux, un soliste et un chœur ou deux solistes (chez les Pascuans, par ex.) et on pouvait observer quelques procédés de tuilage. Les bourdons sont fréquents, surtout dans les himénés, et peuvent se présenter sous forme de pédale rythmique ou mélodique.

À l'heure actuelle, la musique polynésienne constitue un genre hybride destiné à satisfaire les touristes en quête de sensations exotiques sans toutefois les choquer trop. Ainsi le tamouré, sorte de danse érotique assez récente, jouit d'un succès indiscutable. Il est intéressant de noter que les instruments « folkloriques » actuels sont surtout des instruments à corde, genre pourtant très peu développé auparavant en Polynésie. L'hukulélé hawaiien, par exemple, est une sorte de mandoline d'origine portugaise. Il est, malheureusement, à craindre que ce phénomène ne soit irréversible, car cette musique, dite néopolynésienne, est la seule enregistrée et diffusée sur les ondes, et les caractéristiques culturelles purement indigènes sont de plus en plus rares.