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Pays-Bas

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

La musique aux Pays-Bas (les Flandres et la Hollande actuelle) avait connu une période glorieuse pendant la Renaissance (Li Paesi Bassi sono oggi il fonte della musica). Mais, dès la seconde moitié du xvie siècle, un déclin s'amorçait qui devait se prolonger jusqu'aux environs de 1880, en dépit d'une activité musicale toujours intense, entretenue par les grands virtuoses-compositeurs étrangers, qui y trouvaient des possibilités d'édition inconnues dans le reste de l'Europe, et de plusieurs générations de luthiers et facteurs d'instruments, à la pointe du progrès. Seul, pendant ces trois siècles de silence, Jan Pieterszoon Sweelinck (1562-1621), organiste à Amsterdam, brillant improvisateur et compositeur de premier rang, put maintenir le prestige de l'école hollandaise dans le domaine instrumental et vocal. Héritier de la tradition contrapuntique franco-flamande, mais habile à réaliser la plus magistrale fusion des styles italien et britannique, il fut, par le tour personnel donné à ses Fantaisies, le véritable créateur de la fugue monothématique dont l'influence, à travers ses nombreux disciples allemands (S. Scheidt, Jakob Praetorius, H. Scheidemann, M. Schildt, P. Siefert), devait s'étendre jusqu'à J.-S. Bach. Par ailleurs, ses psaumes, motets et chansons, respectueux de l'ancien style polyphonique, occupent une place importante dans la production de son temps.

À sa génération et aux suivantes appartiennent cependant d'autres compositeurs comme Cornelius Schuyt, Jan Tollius, Mathias Mercker, Cornelius Conradus (1557-1603), Benedictus Burns (1642-1716) ou Carel Rosier (v. 1640-1725), ainsi que des amateurs de grand talent comme Constantin Huyghens, père du mathématicien et auteur de 800 œuvres, mais l'absence de cours princières et des maîtres de chapelle qui s'y trouvaient attachés, comme en Allemagne et en Italie, n'a pu au xviiie siècle encourager les vocations. Citons Pieter Hellendaal (1721-1799), Johann Nicolaas Lentz (v. 1720-1782), Jean Gabriel Meder (v. 1735-1805) et, au début du xixe siècle, Johannes Bernardus von Bree (1801-1857) et surtout Carel Anton Fodor (1768-1846). Ceci sans oublier la mystérieuse figure de Unico Graf Van Wassenaer (1692-1766), récemment (1980) identifié comme l'auteur des 6 Concerti armonici attribués d'abord à Pergolèse, puis à Ricciotti.

Il faut néanmoins attendre le dernier quart du xixe siècle pour rencontrer les artisans d'une renaissance correspondant à la prise de conscience de la puissance et du patrimoine artistique du pays. John Wagenaar (1862-1941) et Alphonse Diepenbrock (1862-1921) sont les pionniers de ce renouveau amorcé par Bernard Zweers (1854-1924) et Julius Röngten (1855-1932), et en demeurent les figures de proue en dépit des influences qui n'ont cessé de peser sur leur style, celle de Schumann et de Brahms, plus tard celle de Mahler et des compositeurs français, notamment Debussy. Alors que le vigoureux tempérament de Wagenaar le porte à des pièces d'orgue, à l'opéra (le Doge, le Cid), à l'orchestre et à la cantate humoristique (De Schipbrenk), l'humanisme de Diepenbrock lui inspire peut-être les pages les plus fortes qu'un Hollandais ait écrites depuis Sweelinck avec ses Geistliche lieder, son Te Deum et ses poèmes de Nietzsche. À sa mort, c'est pourtant en Willem Pijper (1894-1947) que la Hollande pouvait voir son plus grand compositeur et son esprit le plus original, malgré les talents audacieusement avant-gardistes d'un Daniel Ruyneman (1886-1963) et surtout d'un Matthijs Vermeulen (1888-1967).

Willem Pijper a aidé l'école hollandaise à se dégager des influences étrangères et à conquérir une physionomie personnelle, fondée principalement sur une technique de composition visant à la priver de thèmes élaborés au bénéfice de cellules très brèves développées en marge de toute discipline classique. Ce principe d'écriture se retrouvera chez la plupart de ses disciples ­ Henk Badings (1907-1987), Guillaume Landré (1905-1968), Piet Ketting (1904-1984), Kees Van Baaren (1906-1970) ­, alors que l'impulsion qu'il a donnée à l'école contemporaine a fini par établir une véritable tradition capable d'accéder à toutes les formes d'expression et d'offrir un terrain favorable à leur épanouissement.

Parallèlement à son action, il faut signaler celle de Sem Dresden (1881-1957), passionné de culture française, et surtout celle d'Henryk Andriessen (1892-1981), beaucoup plus traditionaliste au départ, mais venu librement à la technique sérielle et qui représente l'esthétique catholique face au rigoureux calvinisme de Pijper. Ces deux fortes personnalités à peu près contemporaines endiguent les différents courants de la musique d'aujourd'hui représentés par trois générations de compositeurs.

La première, qui groupe ceux qui sont nés avant 1910, est surtout représentée par des néoclassiques comme Alexander Voormolen (1895-1980), Marius Monnikendam (1896-1977), Karel Mengelberg (1902-1984), ou Badings à ses débuts, mais aussi par les pionniers de la technique sérielle (Ruyneman, Van Baaren et Guillaume Landré) et de l'électronique (Henk Badings avec son ballet Caïn et Abel).

La deuxième génération (compositeurs nés entre 1910 et 1940) retrouve le même éventail de styles avec des néoclassiques comme Hans Henkemans (1913), Lex Van Delden (1919-1988) ou Marius Flothuis (1914), des créateurs attentifs aux ressources expressives des techniques contemporaines et se situant dans la descendance de l'école viennoise comme Rudolf Escher (1912-1980), Luctor Ponse (1914), Ton de Leeuw (1926), Jurriaan Andriessen (1925), Jan Wisse (1921), Otto Ketting (1935), ou Jan Van Vlijmen (1935), et des chefs de file internationaux comme Peter Schat (1935) ou Louis Andriessen (1939), ou attirés par l'électronique comme Will Eisma (1929), Enrique Raxach (1932), Ton Bruynel (1934) ou David Rowland (1939). Citons encore Robert Heppener (1925), Theo Lovendie (1930), Hans Kox (1930), Carel Brons (1931-1983), Joep Strasser (1934), Bob du Bois (1934), Misha Mengelberg (1935), Jos Kunst (1936), Ton de Kruyf (1937), Reinbert de Leeuw (1938), Jan Vriend (1938) et Willem Frederik Bon (1940-1983).

La dernière génération (compositeurs nés après 1940) a souvent concilié l'héritage romantique et les techniques d'écriture les plus modernes : en témoignent les références subtiles au lyrisme d'inspiration poétique des Saisons de Verlaine de Willem Frederik Bon, De Zangen van Maldoror de Peter Jan Wagemans (1952), les effets sonores insolites de Musica ars subtilior de Wim Laman (1946), ou Palesta de Robert Nasveld (1955). Parallèlement, l'activité des studios d'Eindhoven, de Delft, de Bilthoven et d'Utrecht a considérablement développé les réalisations électroacoustiques. C'est à Eindhoven que Varèse a composé son Poème électronique destiné au pavillon Philips de l'Exposition internationale de Bruxelles (1958). Équipé quatre ans après celui d'Eindhoven, le studio de l'université d'Utrecht, rebaptisé Institut de sonologie, est l'un des plus actifs, à la fois pour la composition, la recherche et l'enseignement. Nombreux sont donc les compositeurs qui, tels Wim de Ruiter (1943), Jacques Bank (1943) ou Bernard Van den Bogaard (1952), se consacrent à des réalisations en ce domaine. Citons encore, parmi les représentants de la dernière génération, Klaas de Vries (1943), Ronald Kok (1944), Diderik Wagenaar (1946), Tristan Keuris (1946), David Porcelijn (1947), André Douw (1951), Huib Emmer (1951), Guus Janssen (1951), Jacques Goosen (1952), Ronald Halier (1952), Jan Willem Van Dormolen (1956), Ed de Boer (1957).