En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Norvège

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Les origines musicales norvégiennes se confondent avec celles de la Suède et du Danemark. Les lurerna (sing. lur), « trompettes » recourbées de l'âge de bronze ­ il y a trois mille ans ­, rejoignent la harpe, le gige et le fele (instruments à cordes frottées) mentionnés dans les sagas du premier millénaire (Edda, Yngling saga) et il est aujourd'hui difficile de connaître les rôles respectifs exacts et l'évolution des musiques instrumentale et vocale (ballades). Les plus anciennes formes d'expression musicale connues sont liées à l'élevage du bétail et à l'agriculture : huvning, laling, kauking, hjuringlåt et bukkhornlåt. Tandis que les plus vieilles chansons disparaissaient au cours du xixe siècle, la musique instrumentale de danse : bygdedansar (springar, pols, gangar, rull et halling), introduite en Norvège vers 1200, s'enrichissait au xviie siècle (ril, figaro, fransese, sekstur, firetur), puis au xviiie (kvadrilje, anglais, lancier, vals, galopp, polka). Les instruments populaires les plus usités ont pour noms : bukkehorn, neverlur, munnharpe, selje-flöyte, langeleik (longue harpe), sälgpipa, mungiga, fiol et plus tard le hardingfele (vers 1650) ou violon de Hardanger, également appelé gigja. La musique instrumentale est principalement une musique de danse (slåtter) mais peut aussi être de la musique pure (lyarslåttar). Les chansons populaires regroupent les légendes (tel Draumkvaedet), les poésies épiques et lyriques et les variations sur des chorals religieux. Sur le plan musical, nous retiendrons l'utilisation de gammes non tempérées incluant des 3/4 de tons.

La musique savante des origines à 1800

Le tvisöngur, chant parallèle et antiparallèle cité dans les sagas islandaises, prend probablement son origine en Norvège. C'est à cette forme musicale que se heurte le chant grégorien lors de la christianisation du pays (le Magnushymne, dédié en 1100 à Magnus Orkenøyjarl, est noté en tierces parallèles), et, si les missionnaires viennent d'Angleterre, c'est l'influence française qui prévaut. Mais la Norvège, depuis 1380 sous la domination du Danemark, est politiquement et géographiquement isolée, et les seuls musiciens du pays furent jusqu'à la fin du xviiie siècle presque exclusivement de simples paysans. La première institution musicale profane remonte au xviie siècle avec les « musiciens de ville », association populaire qui existera jusqu'en 1840, animée notamment par F. C. Groth, par A. Flintenberg (1735-1813). On doit à l'Église d'avoir permis l'éveil d'un courant musical savant.

Ce n'est qu'après 1500 que l'on assiste à la réforme culturelle protestante (H. Thomissøn : Den danske Psalmebog, 1569, et N. Jesperssøn : Graduale, 1573) et les premières œuvres savantes connues sont le Cor mundum crea in me Deus pour chœur à 4 voix attribué à C. Ecchienus (vers 1600) et le motet Gott der Herr sprach de J. Nesenus (apr. 1550 - 1604).

Avec l'époque baroque apparaît la première floraison de compositeurs. Georg Bertouch (1668-1743) est né en Allemagne ; commandant de la forteresse de Christiania (Oslo), il écrit d'intéressantes cantates et 24 sonates dans tous les tons du tempérament alors nouveau. Johan Daniel Berlin (1714-1787) est né en Lituanie ; organiste à Trondheim, ingénieur, architecte, mathématicien, il eut plusieurs fils qui furent également musiciens, notamment Johan Henrik (1741-1807), qui développa en Norvège le style de l'école classique viennoise. Johan Henrik Freithoff (1713-1767) fut surtout un remarquable virtuose du violon, tandis qu'Israel Gottlieb Wernicke (1755-1836), élève de P. Kirnberger, pianiste et théoricien, fut un créateur fidèle toute sa vie à son idole : J.-S. Bach.

Plus importante apparaît la lignée des Lindeman qui commence avec Ole Andreas (1769-1857), éditeur en 1838 du premier livre choral norvégien. En l'absence de cour en Norvège, les sociétés musicales sont d'origines bourgeoise et intellectuelle, tout comme en Finlande : en 1765, la société Harmonien est créée à Bergen, en 1786 c'est le tour de Det Trondhjemska Musikalske Selskab, mais il faut constater que, malgré quelques personnalités notables, la Norvège, à l'aube du xixe siècle, a un très important retard culturel et notamment musical à combler pour que sa vie artistique soit comparable à celle de ses voisins scandinaves.

De 1800 à 1918

Après une brève période d'indépendance, la Norvège passe sous la domination suédoise (1814). Deux immigrants danois, H. H. Falbe (1772-1830) et L. Møller Ibsen (1786-1846), règnent sur la vie musicale norvégienne avec L. Roverud (1776-1850), auteur de l'hymne national Sønner av Norge, et surtout Waldemar Thrane (1790-1828), Ludvig Mathias, chercheur et folkloriste, le pianiste Hans Skramstad (1797-1839), le violoniste virtuose Ole Bull (1810-1880) et, dans le domaine religieux, les quatre Lindeman, Ole Andreas et ses fils Christian Andreas (1803-1868), Jacob Andreas (1805-1846) et Ludvig Mathias (1812-1887).

On peut considérer la période qui commence en 1840 comme celle où s'épanouit pleinement le mouvement national-romantique. Quatre personnalités dominent : Halfdan Kjerulf (1815-1863), prédécesseur direct de Grieg, auteur de mélodies, chœurs et pièces pour piano, Rikard Nordraak (1842-1866), mort trop jeune, Johan Svendsen (1840-1911) et surtout Edvard Hagerup Grieg (1843-1907). À leurs côtés, il y a Gottfried Conradi (1820-1897), directeur du Det norske Theater de Christiania, le pianiste Thomas Dijke Aucklans Tellefsen (1823-1874), élève de Chopin, Edmund Neupert (1842-1888), Ludvig Mathias Lindeman, collecteur de mélodies populaires, Johan Peter Selmer (1844-1910) et la reine de la mélodie nationale, Agathe Backer-Grøndahl (1847-1907). Les héritiers de cette tendance furent Christian Sinding (1856-1941), Catharinus Elling (1858-1942), Johan Halvorsen (1864-1935), Gerhard Schelderup (1859-1933), Hjalmar Borgstrøm (1864-1925), Per Larsson (1859-1883), Halfdan Cleve (1879-1952), Johan Backer Lunde (1874-1958), Arne Eggen (1881-1955) et Alf Hurum (1882-1972). Mais il ne faut toutefois pas mésestimer les nombreuses influences extérieures qui, réduites à l'origine à celle de la seule école de Leipzig, par l'intermédiaire de son porte-parole, le compositeur danois N. Gade, vont s'étendre peu à peu à celles de Brahms et Bruckner pour qu'enfin le xxe siècle ouvre la Norvège à l'éclatement des styles qui va révolutionner l'Europe musicale.

Le xxe siècle

Il commence avec un précurseur, Fartein Valen (1887-1952), le premier moderniste qui osa adopter les principes dodécaphoniques. Mais, comme en Finlande avec Sibelius et au Danemark avec Nielsen, l'ombre de Grieg étouffe quelque peu ces velléités révolutionnaires, d'autant qu'au début du siècle règnent encore les derniers représentants de la tendance nationale-romantique, tels Arne Eggen et ses cadets David Monrad Johansen (1888-1974), Eivind Groven (1901), Sparre Olsen (1903), Geirr Tveitt (1908-1981), Ludwig Irgens Jensen (1894-1969) et, peut-être moins importants, Marius Moaritz Ulfrstad (1890-1968), Olav Kielland (1901-1985) et Øisten Sommerfeldt (1919).

Plus complexe est l'attitude de Bjarne Brustad (1895-1978), Harald Saeverud (1897-1992) et Klaus Egge (1906-1979), qui ont dominé le deuxième tiers du siècle ; tous trois sont norvégiens, mais leur conception est plus large que celle de leurs prédécesseurs. On peut leur adjoindre Harald Lie (1902-1942), Sverrre Jordan (1889-1972), Karl Andersen (1903-1970), Erling Kjellsby (1901-1976), Conrad Baden (1908-1989), Edvard Fliflet Braein (1924-1976), Tor Brevik (1932), Finn Arnestad (1915), Joseph Kvandal (1919), Hallvard Johnsen (1916), Knut Nystedt (1915) et Edvard Hagerup Bull (1922). À leurs côtés il faut placer la très originale Pauline Hall (1890-1969), qui représente dans les années 20 l'attitude la plus indépendante vis-à-vis de la tradition norvégienne. Elle permit ainsi à Bjørn Fongaard (1919-1980), Finn Mortensen (1922-1983), Egil Hovland (1924), Arne Nordheim (1931), Alfred Janson (1937), Sigurt Berge (1929) et, d'une certaine manière, à Antonio Bibalo (1922) de créer un œuvre personnel et d'imposer leur langage propre.

Plus jeunes, Kåre Kolberg (1936), qui a participé au mouvement né à Darmstadt, Folke Strøholm (1941), qui hésite entre la tonalité et le style postwebernien, et Ragnar Søderlind (1945), élève de J. Kokkonen, et E. Bergman, représentent la nouvelle génération.

En annexe, nous devons citer Aril Sandvold (1895-1984), Ludvig Nielsen (1906) et Per Hjort Albertsen (1919), tous trois organistes et compositeurs de musique religieuse et, dans un autre domaine, Gunnar Sønstevold (1912), Sverre Bergh (1915) et Finn Ludt (1918) qui ont consacré leur talent à des formes d'expression musicale plus légères.

La vie musicale actuelle

Quatre orchestres symphoniques à Oslo (fondé en 1871, réorganisé en 1919), Bergen (1765), Trondheim (1909) et Stavanger et un opéra à Oslo (1959) sont la face la plus visible d'une vie musicale très active, surtout depuis 1945. Des festivals de musique sont organisés à Harstad, Bergen, Molde (jazz), et, parmi les nombreuses organisations musicales, il faut citer Ny Musikk, adhérent à la Société internationale de musique contemporaine, la Société nationale de concerts (1968) et l'association des Amis de la musique. La Norvège a également donné au monde musical des interprètes nombreux dont la plus célèbre est la soprano Kirsten Flagstad, et parmi lesquels on peut citer également le chef d'orchestre Øivin Fjelstad.

Il faut enfin signaler que la Norvège est le premier pays non socialiste à avoir adopté une législation qui fasse des compositeurs des salariés de l'État.