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Mésopotamie

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

La région comprenant les vallées du Tigre et de l'Euphrate, ainsi que tout le pays intermédiaire, et constituant ainsi la majeure partie de l'Iraq actuel fut le berceau d'une des plus vieilles civilisations, y compris sur le plan musical. Notre connaissance pratique de cette musique se limite aux représentations d'instruments et de scènes de musique sur des bas-reliefs de pierre, sur des tablettes de terre cuite et sur des sceaux-cylindres et, par ailleurs, à quelques écrits qui éclairent parfois sur la théorie et même sur la notation de cette musique.

Le degré de perfection des plus anciens instruments de musique permet d'évaluer à la fois la qualité et l'importance de cette musique, faute d'autres témoignages. Ainsi, de très anciennes représentations d'instruments de musique sumériens figurent sur une empreinte de sceau de la seconde moitié du IVe millénaire avant Jésus-Christ, montrant des musiciens jouant de la harpe, du tambour à membrane et des cornes courbées.

La famille des idiophones comprend des bâtons entrechoqués, soit bien droits, soit taillés en faucille, parfois tenus d'une seule main comme les crotales grecs et représentés depuis le IIIe millénaire av. J.-C. Les cymbales sont, elles, représentées depuis l'époque babylonienne (IIe millénaire av. J.-C.) et peuvent être plates, ou, pendant l'époque assyrienne (Ier millénaire av. J.-C.), coniques. On rencontre aussi des cloches en argile ou en métal, de la même époque, ayant une signification magique. Enfin des hochets reproduisant de petits animaux ou sous forme de disques creux, montés sur un manche et des sistres en étrier ou sous forme de cadre rectangulaire complètent cette famille d'instruments qui servaient de support rythmique à la musique et à la danse.

La famille des membranophones comprend plusieurs variétés de tambours, dont le rôle et la fonction sont intéressants. Ainsi, pendant l'époque néosumérienne (v. 2150-1850 av. J.-C.) apparaissent le tambourin utilisé par les danseurs dans leurs danses rituelles ainsi que le gigantesque tambour sur cadre percuté par deux joueurs à mains nues. Pendant l'époque babylonienne, le tambour portatif était très usité ; on le tenait contre l'épaule gauche de la main gauche et on le frappait de la droite. On pouvait également le tenir devant soi ou bien sous l'aisselle. Il accompagnait la danse et, plus tard, il fera partie des ensembles instrumentaux. Le tambour en forme de gobelet (lilissu) ayant une peau de taureau était un instrument important du culte jusqu'à la fin des époques babylonienne et assyrienne. Pendant le Ier millénaire av. J.-C. existaient deux types de tambours très usités ; l'un était cylindrique à deux peaux et soutenu par une courroie, l'autre avait la forme d'un carquois et comportait une peau.

Les cordophones sont les instruments les plus perfectionnés et ceux qui mettent le plus en évidence le degré d'évolution et l'importance de cette musique. La harpe fut représentée dès le IVe millénaire av. J.-C. ; elle est en forme d'arc ouvert vers l'avant et la caisse de résonance est soit creusée dans tout le bois, soit dans la partie inférieure. Elle est tenue verticalement et a jusqu'à 6 cordes pincées par les mains de l'exécutant qui tient l'instrument devant lui, le bois de l'arc dirigé contre l'épaule. Les harpes de la première période d'Ur (v. 2600-2350 av. J.-C.) étaient similaires mais avaient de 11 à 15 cordes et étaient d'une grande taille. À l'époque babylonienne apparaît la harpe angulaire jouée soit verticalement, soit horizontalement ; dans ce cas, l'instrumentiste tenait la caisse de résonance sous le bras gauche et pinçait les cordes avec un plectre tenu de la main droite, tandis que les doigts de la gauche pouvaient toucher également les cordes. Un type de harpe ronde d'origine incertaine, jouée horizontalement comme la harpe angulaire, se rencontre dès la première moitié du IIIe millénaire av. J.-C. Enfin, l'époque assyrienne offre de nombreux témoignages de harpes angulaires verticales ou horizontales jouées les unes à mains nues, les autres avec un plectre. Mais le nombre de cordes, considérablement augmenté, varie de 8 à 22.

La cithare était l'autre instrument important des Sumériens, qui l'associaient au taureau, symbole de fertilité et de puissance divine. Elle est représentée dès l'époque de Djemdet-Nasr (v. 3100-2800 av. J.-C.). La caisse de résonance avait d'abord la forme d'un taureau ; ultérieurement la tête seule de l'animal fera saillie à l'avant. L'instrument était soit portatif, car de taille réduite, soit posé par terre, car de grande taille ; les cordes, jusqu'à 11 pendant la première période d'Ur, étaient pincées par les doigts de l'instrumentiste. De la caisse de résonance, de forme variable, partent deux montants égaux ou asymétriques réunis par une barre transversale sur leur extrémité supérieure. Les cordes s'y attachent et passent parallèlement à la caisse de résonance pour être fixées dans leur extrémité inférieure à une pièce en saillie à la base de la caisse. Des tiges en bois fixées entre les nœuds des points d'attache des cordes sur le joug permettaient la tension variable de celles-ci et des accords différents. À l'époque babylonienne, l'instrument n'est plus orné de la tête d'un taureau et devient petit à petit de taille plus réduite encore ; un vase hittite du xive siècle av. J.-C., conservé au musée d'Ankara, montre une énorme cithare dépassant la taille de l'homme et jouée par deux musiciens simultanément ; les cordes sont pincées avec un plectre tenu d'une main, tandis que l'autre, comme pour les harpes horizontales de même époque, pouvait toucher aussi les cordes. À l'époque assyrienne, on tenait l'instrument plus ou moins incliné et on en jouait avec ou sans plectre ; il avait de 5 à 7 cordes.

Le luth à manche long et caisse de résonance petite et ovale ou ronde parut en Mésopotamie dès la seconde moitié du IIIe millénaire av. J.-C., mais devint un instrument usuel à partir de l'époque babylonienne. Une peau était tendue sur la caisse, et les 2 ou 3 cordes étaient pincées avec un plectre. Un autre type d'instrument avait le manche moins long et la caisse plus grande et plus rectangulaire. Enfin, un troisième type avait une caisse cintrée et un manche à frettes ; il était en faveur chez les Hittites.

Des aérophones étaient sûrement en usage dès le IVe millénaire av. J.-C., mais c'est seulement l'époque babylonienne qui en fournit pour la première fois des représentations sans équivoque. Le type aulos double (à anche double) existant depuis l'époque d'Akkad (v. 2350-2150 av. J.-C.) en devint l'instrument principal. La corne courbe déjà mentionnée, la trompette et la flûte de Pan étaient également en usage.

Tous les instruments mentionnés servaient essentiellement à l'accompagnement du chant et de la danse ; dès l'époque sumérienne existaient aussi des ensembles instrumentaux, particulièrement variés à l'époque assyrienne, qui ne pratiquaient sûrement pas la polyphonie, mais le principe de l'hétérophonie.

La pratique musicale avait une signification essentiellement religieuse et servait pour louer les dieux et accompagner les prières. Elle suivait l'homme du berceau à la tombe et même au-delà. Les musiciens faisaient partie du personnel des temples, étaient très hiérarchisés et intervenaient pendant la liturgie quotidienne du temple, lors de festivals annuels ou pendant des occasions précises, comme la construction d'un temple ou des rites funéraires. La musique vocale chorale ou en solo était très répandue et les instruments de musique qui l'accompagnaient étaient choisis selon l'usage rituel de l'occasion. L'apprentissage suivait les règles de la tradition orale même s'il existait des écoles dans les temples et les palais royaux qui formaient des élèves selon des critères rigoureux appliqués sur trois ans. Dans toutes ces pratiques, le sumérien demeura largement employé longtemps après son extinction comme langue courante.

La théorie musicale était en rapport avec les mathématiques et remonte probablement à l'époque sumérienne. L'heptatonisme diatonique, un système de sept modes désignés par les mêmes termes qui servaient aussi pour les noms de différents aspects de quarte (4) et de quinte (3). Enfin, la découverte récente de tablettes hourrites du xive siècle av. J.-C. permet de conclure à l'existence d'une notation musicale ; toutes ces données témoignent du degré d'évolution de la musique en Mésopotamie, notamment à partir du IIe millénaire av. J.-C.