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école de Mannheim

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Elle tire son nom de la ville de Mannheim, sur le Rhin, et brilla d'un vif éclat de 1743 à 1777. Fondée au début du xviie siècle (1606), plusieurs fois détruite par la guerre dans les décennies qui suivirent, la ville de Mannheim ne devint un centre musical qu'en 1720, année où l'Électeur palatin Carl Philipp, délaissant Heidelberg, s'y installa. Contrairement à celles de la plupart des autres cours allemandes, la chapelle de Mannheim ne comprit dès ses débuts qu'une minorité d'Italiens. Seuls certains chanteurs venaient d'au-delà des Alpes, les instrumentistes étant originaires soit de Bohême et de Silésie, soit d'Innsbruck (où Carl Philipp avait tenu sa cour avant de devenir prince-électeur), soit de Düsseldorf et des Pays-Bas.

Carl Philipp mourut le 31 décembre 1742, et eut comme successeur son fils Carl Theodor, mécène et prince éclairé dont le nom devait rester attaché à celui de l'école de Mannheim. Passionné de musique, instrumentiste lui-même, Carl Theodor disposa dès 1745 d'un ensemble de 48 chanteurs et instrumentistes : ce chiffre devait passer à 61 deux ans plus tard, et atteindre 90 en 1777 (dernière année passée par Carl Theodor à Mannheim). De 1745 à sa mort en 1757, l'orchestre de Mannheim fut dirigé par Johann Stamitz (Jan Stamic), natif de Bohême. Il eut comme successeur Christian Cannabich. Excellent violoniste, Stamitz fit de son orchestre un des meilleurs d'Europe. De cet orchestre, le célèbre crescendo (témoignage parmi d'autres de son extraordinaire discipline) fit sensation à travers l'Europe, et, en 1772, Burney en parla comme d'une « armée de généraux ». En firent partie de remarquables instrumentistes, dont beaucoup (à l'instar de Stamitz) originaires de Bohême : les violonistes Ignaz Fränzl, Carl et Anton Stamitz, fils de Johann, Karl Joseph et Johann Baptist Toeschi, Jakob et Wilhelm Cramer et Georg Zardt ; le violoncelliste Anton Filtz ; le flûtiste Wending ; le hautboïste Ramm. La plupart de ces instrumentistes étaient également compositeurs (parmi ces derniers, citons encore Franz Xaver Richter et Ignaz Holzbauer). D'où, dans beaucoup de musique écrite et entendue à Mannheim, un net souci de nuancer et de diversifier l'utilisation des instruments, ce qui se traduisit notamment par la composition d'innombrables symphonies, d'innombrables concertos et surtout d'innombrables symphonies concertantes (genre dont Mannheim se fit presque une spécialité). Mais cet accent mis sur la musique instrumentale n'empêcha à Mannheim l'essor ni de l'opéra ni de la musique religieuse (Georg Joseph Vogler, Ignaz Holzbauer).

Le 31 décembre 1777, Carl Theodor reçut en héritage l'électorat de Bavière, et dut abandonner Mannheim ainsi que, non loin de là, le château de Schwetzingen, construit sur le modèle de Versailles. La plupart de ses musiciens le suivirent à Munich, et cet événement marqua la fin de la grande période de Mannheim. Juste avant ce « déménagement » de l'orchestre, Mozart, venant de Salzbourg et en route vers Paris, s'était arrêté à Mannheim, et, de ce séjour, il devait profiter beaucoup. Pour cette raison et d'autres, plusieurs musicologues, à la tête desquels Hugo Riemann, ont voulu faire du style de Mannheim, dramatique mais sans surprises, aristocratique et populaire à la fois, l'ancêtre direct et la principale source d'influence du classicisme viennois (Haydn, Mozart). Une telle opinion n'est plus de mise aujourd'hui. D'une part, en effet, les traits de style les plus « tournés vers l'avenir » de l'école de Mannheim (crescendo, conception dramatique de la musique instrumentale) s'étaient déjà rencontrés auparavant en Italie (loin d'avoir inventé leur fameux crescendo, les musiciens de Mannheim s'en firent plutôt une spécialité) ; d'autre part, dans la mesure où ces traits constituaient une réaction contre l'ère baroque, on les trouvait également ailleurs, à Vienne en particulier. Enfin, tous les genres de musique n'étaient pas pratiqués à Mannheim de façon aussi « progressiste » que la symphonie ou la symphonie concertante : la musique religieuse, la musique de chambre et même le concerto témoignaient de tendances en général plus conservatrices, et quant aux symphonies, elles n'étaient pas toutes, et de loin, conçues selon les mêmes normes « avancées ». En même temps qu'à Mannheim, une école de symphonistes se développa à Vienne. Le catalogue Breitkopf montre que, dès les années 1760, les symphonistes viennois étaient plus diffusés en Europe que ceux de Mannheim, et c'est de l'école viennoise surtout que se nourrit en ses débuts l'art d'un Haydn, d'autant que, sur le plan musical, les relations entre Mannheim et Vienne étaient relativement peu développées. Elles n'eurent rien de comparable aux rapports étroits entretenus entre Mannheim et Paris, ville où se produisirent Johann Stamitz puis beaucoup d'autres musiciens de Carl Theodor, et qui se fit à son tour une spécialité de la symphonie concertante. Un Gossec ou un chevalier Saint-Georges subirent bien davantage l'influence de Mannheim qu'un Haydn.

Après le départ de Carl Theodor, la principale institution musico-culturelle demeurant à Mannheim fut le Théâtre national, fondé depuis peu. Avec Napoléon, la ville passa au grand-duché de Bade. À partir des années 1780, Vienne était devenue sans conteste le principal centre de création musicale dans les pays de langue allemande, ce que même Berlin, après avoir longtemps montré une opposition farouche (et accepté un peu mieux Mannheim), avait dû reconnaître. Le classicisme viennois reprit des éléments du style de Mannheim, mais en les intégrant dans une dynamique formelle toute nouvelle et d'une vigueur intellectuelle auparavant insoupçonnée. Dans le même temps, après avoir jeté mille feux et rempli une mission historique essentielle, mais éphémère, le style de Mannheim se survivait ici ou là, par exemple dans les productions agréables mais relativement pâles d'un Franz Danzi.