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Liban

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Ancienne Phénicie, pays de langue arabe (et syriaque par endroits jusqu'à une période récente), individualisé par un dialecte arabe oriental et une francophonie assez répandue, et régi par un système multiconfessionnel regroupant des communautés musulmanes, druzes et chrétiennes. En l'absence de documents sur la musique phénicienne, les Libanais peuvent revendiquer, selon l'idée qu'ils se font de leurs origines, d'anciennes traditions gréco-byzantines, arméniennes, araméennes ou syriaques, des traditions arabes liées à l'islam implanté à partir du viie siècle, un cosmopolitisme impliquant une tendance à l'hybridation avec l'Occident, une effervescence du folklore libanais ou une renaissance du classicisme arabe. Les traditions antérieures à l'islam, encore que sous-jacentes dans certaines formes populaires, sont plus aisément identifiables dans les diverses liturgies des églises « gréco-byzantines », arméniennes, syriaques ou maronites. Cependant, en l'absence d'une analyse musicale orientée, la plupart des musiques savantes et populaires du Liban sont assimilables, par la structure modale et la forme littéraire, aux musiques de type arabo-islamique ou arabo-irano-turc. On décèle néanmoins des formes plus caractéristiques au mont Liban, comme le abû-zûlûf, complainte amoureuse, ou le zajal, joute poétique improvisée et rythmée qui anime les soirées villageoises non sans humour.

À la fin du xixe siècle s'était défini un style musical libanais bien représenté par Abû Hatab et Muhieddin Ba'yûn, mais, au xxe siècle, l'influence du mandat français a poussé les élites à se vouer au symphonique ou à la chansonnette méditerranéenne et à laisser la musique orientale aux déshérités et aux nomades. Cependant, la continuité a été assurée au niveau de l'enseignement musical officiel, grâce aux efforts du musicologue libanais Wadî' Sabra et de l'organiste français Bertrand Robillard, et l'ancien Dar al-Mûsîqâ de l'époque ottomane est devenu conservatoire national en 1929. On enseigne donc au Liban la musique orientale et la musique occidentale.

Un certain nombre de musiciens libanais ont voulu s'ouvrir aux deux musiques, tels Anis Fuleihan, Toufic Succar, Georges Baz, Raif Abillama, Boghos Gelalian, Salvador Arnita, les pères Paul Achqar, Joseph Khoury et Louis Hage. Certains interprètes, et plus volontiers les pianistes, sont délibérément occidentaux, tels Diana Taky-Deen, Walid Akl, Walid Haurani et 'Abdal-Rahman al-Bacha ; mais 'Abdallah Chahine a inventé un piano capable d'interpréter les modes orientaux. D'autres enseignants, compositeurs et interprètes sont réputés en musique orientale, tels 'Abdal-Ghani Cha'ban, Selim el-Helou, Halim al-Roumi, 'Abud 'Abdal-'Al, Émile Ghosn, Antoine Zabta, Georges Farah, Muhammad Sabsabi, Naim Bitar, Fahim Jamaleddin, Joseph Ayoub, Abdal-Karm Muzaqzak.

La création, en 1922, d'un festival de Baalbeck, d'abord exclusivement consacré à l'art occidental, a favorisé, à partir de 1952, la renaissance d'un folklore libanais destiné à un public avide de traditions populaires à la fois simples et exaltantes. Deux groupes sont partis à la conquête du triomphe. D'un côté Zaki Nassif, Tawfiq al-Bacha, Walid Ghulmiye, Roméo Lahoud, avec la pétulante chanteuse Sabah. De l'autre les frères 'Assi, Mansour et Elias Rahbani avec l'émouvante chanteuse Fayrouz entourée des chanteurs Nasri Chamseddin et Wadi al-Safi. Après des années de rivalité alternée, les opérettes populaires des frères Rahbani, mettant en valeur les talents vocaux de Fayrouz, ont réussi à faire de cette dernière une héroïne douce et pieuse, incarnant les vertus familiales et nationales de la société libanaise, d'où un succès incontesté auprès des Libanais du Liban et de la diaspora et auprès de tous les Arabes.

Parallèlement à cette renaissance de l'opérette folklorique, un instrument du Moyen-Orient, le buzuq, naguère abandonné aux nomades, a été redécouvert récemment et a assuré le succès de virtuoses talentueux comme Muhammad Matar, Sa'îd Youssef, Malik Bajjani et Nasser Makhoul.

Ainsi le Liban est-il devenu, après l'Égypte, le second producteur de chansons et d'opérettes arabophones. De ce succès commercial indiscutable découle l'existence d'une musique libanaise moins individualisée par les structures, les formes et les instruments (qui sont communs à ceux des autres pays arabes du Moyen-Orient) que par un style et une démarche artistique visant la réussite spectaculaire.