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Édouard Lalo

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Compositeur français (Lille 1823 – Paris 1892).

Issu d'une famille d'origine espagnole, dont les ancêtres maternels et paternels étaient venus s'établir dans les Flandres au xvie siècle, il commença ses études musicales au conservatoire de Lille, et y obtint un premier prix de violon en 1838. Le violoncelliste Baumann, qui, à Vienne, avait participé aux exécutions des symphonies de Beethoven sous la direction de leur auteur, lui donna des leçons de composition et lui communiqua le goût de la musique symphonique et de la musique de chambre. Aussi, à seize ans, Édouard Lalo décida-t-il de devenir un musicien professionnel. Il se heurta alors à la violente opposition de son père, ancien officier de la Grande Armée, qui ne voyait d'autre carrière pour son fils que celle des armes. Lalo ne céda pas ; il quitta la maison paternelle, partit pour Paris et entra au Conservatoire, où il étudia le violon avec Habeneck et la composition avec Schulhof.

Ses premières années parisiennes furent extrêmement difficiles : il lui fallut à la fois étudier et gagner sa vie. Il écrivit d'abord des mélodies et des romances dans le goût de l'époque, puis des œuvres de musique de chambre qu'il ne réussit pas à faire éditer. Vers 1855, découragé, il renonça à composer, donna des leçons et tint la partie d'alto dans le quatuor Armingaud. Toutefois, son mariage, en 1865, avec une de ses élèves, Julie Besnier de Maligny, d'origine bretonne et vendéenne, lui redonna le goût de la composition. Et c'est à son intention qu'il écrivit ­ car elle chantait avec talent ­ ses Six Mélodies pour voix de contralto. Il prit part à un concours de musique dramatique organisé par l'État et composa un opéra en 3 actes, d'après Schiller, Fiesque, qui obtint en 1869 le troisième prix, mais ne devait jamais être représenté. En 1871, Édouard Lalo participa à la fondation de la Société nationale de musique.

Le renouveau musical que connaissait alors la France l'incita à composer des ouvrages symphoniques. Il écrivit en 1872 un Divertissement pour orchestre que Pasdeloup dirigea l'année suivante ; en 1873, un Concerto pour violon que Sarasate créa en 1874. Enfin, en 1875, Sarasate fit acclamer la Symphonie espagnole, qui, à juste titre, est demeurée l'ouvrage le plus populaire d'Édouard Lalo. La Symphonie espagnole allie aux prestiges d'un brillant concerto pour violon le charme coloré d'une poétique incursion à travers une Espagne inventée par le compositeur. Des séjours qu'il fit en Bretagne après son mariage, il rapporta l'idée d'un opéra sur la légende de la ville d'Ys. Il se mit rapidement au travail, et, dès 1876, l'ouverture du Roi d'Ys fut donnée au concert. La partition du Roi d'Ys fut achevée vers 1880. Le directeur de l'Opéra ne voulut pas prendre le risque de monter l'ouvrage de Lalo, dont il fit pourtant un grand éloge, mais, en compensation, il commanda à l'auteur du Roi d'Ys un ballet, Namouna, ne lui laissant toutefois que quatre mois pour l'écrire. Dès qu'il eut le scénario en main, à la fin de juillet 1881, Lalo s'attela à la tâche, au rythme de quatorze heures par jour. Mais, avant d'avoir achevé sa partition, Lalo fut frappé d'une attaque d'hémiplégie. Gounod l'aida alors à terminer son orchestration. Et le 6 mars 1882, Namouna fut créé à l'Opéra. Le public fut dérouté par la richesse de cette musique ; la critique lui fut hostile. Cependant, la salle, heureusement, compta des enthousiastes, Gabriel Fauré, Emmanuel Chabrier, Ernest Chausson, Claude Debussy, tous compositeurs qui allaient devenir l'honneur de la musique française. Le Roi d'Ys fut enfin représenté à l'Opéra-Comique le 7 mai 1888. Le succès fut très grand : plus de cent représentations en un an. Sur un thème dramatique, Lalo avait écrit une partition colorée, concise, délicate et puissante.

Auteur d'au moins deux chefs-d'œuvre, la Symphonie espagnole et Namouna, Lalo est un des pionniers du renouveau de la musique de chambre et de la musique symphonique en France dans la seconde moitié du xixe siècle, et il a trouvé, avec les deux ouvrages cités plus haut, un style éminemment « français », caractérisé par sa clarté, sa netteté, son charme et sa couleur.