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Mauricio Kagel

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Compositeur argentin (Buenos Aires 1931-Cologne 2008).

Il étudie en privé le piano, le violoncelle, l'orgue, le chant, la direction et la théorie (il sera l'élève d'Alberto Ginastera). Renonçant à entrer au conservatoire, il suit à l'université de Buenos Aires les cours de littérature et de philosophie. Sa première œuvre, Palimpsestos (1950) pour chœur mixte a cappella, est suivie de Dos piezas para orquesta (1950-1952). Avec un quarteto mixto, il s'essaie à la technique dodécaphonique dont l'esprit, sinon la lettre, se manifeste dans toutes ses compositions ultérieures, tandis que sa Musica para la torre (1952) pour sons concrets et instrumentaux, avec « partition d'éclairage », manifeste l'intérêt qu'il commence à porter aux nouvelles sources sonores et à l'aspect visuel de l'exécution. Cependant, c'est le Sexteto de cuerdas (1953 ; rév., Cologne, 1957) que Kagel considère comme son véritable opus 1, et c'est avec lui qu'il fait ses débuts européens, le 7 septembre 1958, lors des cours d'été de Darmstadt.

Lorsqu'il vient s'installer en Europe ­ non pas en France, comme il l'aurait voulu, mais en Allemagne ­, Kagel n'emporte avec lui que quelques partitions et la plupart de ses livres sur la conquête de l'Amérique. Non seulement dans Mare nostrum (1975), qui imagine la conquête du bassin méditerranéen par une tribu d'Amazonie, mais dans la plupart de ses œuvres « européennes », il se fait, directement comme dans Exotica (1972), ou indirectement, le porte-parole d'une culture, d'une conception de la musique et de la vie étrangères à celles qui sont en honneur dans l'Occident chrétien bien-pensant et particulièrement en Allemagne, à Cologne, où il réside depuis 1957. Comme, à l'examiner sans parti pris, et surtout sans se laisser désorienter par l'inaltérable fantaisie qu'il introduit dans presque toutes ses œuvres, l'art de Kagel procède en droite ligne de la première école de Vienne (Mozart, Haydn, Beethoven) et de la seconde (Schönberg, Berg et Webern), on peut dire qu'il se plaît à occuper dans la vie musicale contemporaine la place du Turc, étrange et exemplaire, dans le théâtre et les contes philosophiques du xviiie siècle. Préférant l'humour au pédantisme, la provocation kagélienne n'est jamais gratuite et, si l'on sait traverser l'épreuve du rire ou de la curiosité anecdotique, elle débouche sur un véritable enseignement. Aussi la seconde écoute se révèle-t-elle presque toujours nécessaire pour passer outre les distractions visuelles que le compositeur se plaît à mettre en contrepoint de ses recherches d'écriture les plus austères.

Mauricio Kagel a enseigné à Darmstadt (à partir de 1960), à Buffalo (1964-65), et, depuis 1969, il dirige l'Institut pour la nouvelle musique à Cologne et le Kölner Kurse für Neue Musik, qui a lieu chaque année sur un sujet précis : musique et image, instruments pour enfants, musique politique, etc.

Outre des œuvres radiophoniques, le catalogue de Kagel compte près de quatre-vingts titres, dont la plupart comporte une dimension visuelle. Staatstheater (1970), Die Eschöpfung der Welt (1978) et Aus Deutschland (1981) occupent une soirée entière. Exception faite de Hétérophonie (1959-1961) et de Variationen ohne Fugue (1971-72) pour orchestre, il s'agit presque toujours d'œuvres de musique de chambre utilisant soit les instruments traditionnels : Sonnant (1960), Quatuor à cordes (1965-1967), en mettant l'accent, comme Atem (1970), sur les rapports du musicien et de son instrument ; soit une lutherie expérimentale : Acustica (1968-1970), Zwei Mann Orchester (1971-1973), ou mêlant l'un et l'autre. Lorsqu'il écrit pour un ensemble vocal : Hallelujah (1967-68), Ensemble (1970), Debut (1970), Kagel traite chaque chanteur comme un soliste, d'où il résulte, ici, comme ailleurs, une très grande difficulté d'exécution dont l'auditeur n'a cependant aucune idée s'il n'a pas vu la précision inouïe et parfois perverse avec laquelle le compositeur stipule ses exigences. Parmi ses œuvres importantes, il faut encore citer Bestiarium (1974-75), Exposition (1978), Kantrimiusik (1973-1975), 1898 (1972-73), Ludwig Van (1969), Quatre Degrés (1977), Mitternachtstük, sur des textes du journal de R. Schumann (1981), Prince Igor, Stravinsky (Venise, 1982), Rrrrrr… (Donaueschingen, 1982), Après une lecture d'Orwell (1983), Passion selon saint Bach (1985), Ein Brief, scène de concert pour mezzo-soprano et orchestre (1986), Liturgien pour soli, chœurs et orchestre (1990), les Pièces de la rose des vents pour orchestre de salon (1988-1995).