En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

André Jolivet

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Compositeur français (Paris 1905 – id. 1974).

Fils et petit-fils de Parisiens, André Jolivet naît sur les pentes de la butte Montmartre. Son père est fonctionnaire à la Compagnie des autobus ; il aime la peinture et la pratique en amateur. Sa mère, excellente musicienne, chante et joue du piano. Avant de s'orienter définitivement vers la musique, l'enfant est d'abord attiré par tous les arts. En 1918, sa vocation se dessine : il écrit le texte et la musique d'une Romance barbare, son premier essai de composition. Mais il ne choisit pas encore. Bientôt il s'essaie à la peinture sous la direction du peintre cubiste Georges Valmier. Il étudie le violoncelle, mais se passionne aussi pour le théâtre. Tout cela, en marge des études universitaires qu'il poursuit afin d'entrer dans l'enseignement (où il exercera de 1928 à 1942). Loin de se disperser, le jeune homme acquiert ainsi les éléments d'une culture solide et originale, qui le prépare à son travail créateur. Il reste à apprendre le métier de compositeur. De 1921 à 1924, André Jolivet étudie l'harmonie sous la direction de l'abbé Théodas, maître de chapelle de Notre-Dame de Clignancourt. Entre 1927 et 1933, il complète sa formation auprès de Paul Le Flem et d'Edgar Varèse, qui lui enseignent, avec la plus grande rigueur, la pratique de l'écriture et de l'orchestration, le mettent en garde contre les facilités de l'improvisation, encouragent son audace, et favorisent son goût pour la découverte. André Jolivet ne suit pas la filière de l'enseignement traditionnel, mais il n'est pas, pour autant, un autodidacte ; il a des maîtres exigeants et travaille avec acharnement.

Sa première œuvre importante, achevée en 1934, est un Quatuor à cordes. Il y applique pour la première fois ses principes de composition atonale : page trop dense peut-être, d'une réelle audace pour l'époque. Suivent, en 1935 et 1936, une suite pour piano, Mana, et les 5 Incantations pour flûte seule. André Jolivet réalise, dans une écriture fondée sur les résonances naturelles et les rythmes irrationnels, son dessein de restituer à la musique « son sens originel antique, lorsqu'elle était l'expression magique et incantatoire de la religiosité des groupements humains ». Participant à la fondation du mouvement Jeune-France, aux côtés d'Yves Baudrier, de Daniel Lesur et d'Olivier Messiaen, André Jolivet inscrit au programme du premier concert donné par ce groupe, le 3 juin 1936, sa Danse incantatoire pour orchestre, 2 ondes Martenot et 6 percussions. En 1939, il compose Cinq Danses rituelles pour piano et orchestre. Mobilisé en 1940, il se retrouve, au moment de l'Armistice, dans un petit hameau de la Haute-Vienne, où il écrit les Trois Complaintes du soldat, qui seront créées par Pierre Bernac et Charles Munch, le 28 février 1943 à la Société des concerts du Conservatoire, où elles obtiendront un succès foudroyant et imposeront d'une manière définitive le nom de leur auteur. Serge Lifar lui commande un ballet, Guignol et Pandore, créé à l'Opéra de Paris le 29 avril 1944. Nommé, en 1945, directeur de la musique à la Comédie-Française, poste qu'il occupe jusqu'en 1959, André Jolivet écrit, en 1947, le Concerto pour ondes Martenot, qui est le premier d'une série d'œuvres concertantes comprenant, entre autres, le Concerto pour piano, dont la création, à Strasbourg, par Lucette Descaves, le 19 juin 1951, a été particulièrement mouvementée, deux Concertos pour trompette (1948 et 1954), un Concerto pour percussion (1958), deux Concertos pour violoncelle (1962 et 1966), un Concerto pour violon (1972) et Songe à nouveau rêvé, concerto pour voix de soprano et orchestre, créé à Paris, le 30 avril 1971, par Colette Herzog. Dès 1948, la renommée du musicien dépasse nos frontières. Il effectue de nombreux voyages en Europe, en U. R. S. S., aux États-Unis, au Japon. Sa 2e Symphonie est créée, en 1959, à Berlin, sa 3e Symphonie, en 1964, à Mexico, son 2e Concerto pour violoncelle, en 1967, à Moscou, par Mstislav Rostropovitch. Nommé, en 1966, professeur de composition au Conservatoire de Paris, André Jolivet démissionne en 1970. Le théâtre national de l'Opéra lui commande un ouvrage lyrique. Le livret qu'il choisit est de Marcel Schneider, le titre : le Lieutenant perdu. André Jolivet n'aura pas le temps d'achever cet ouvrage. Il meurt d'une manière aussi inattendue que brutale, emporté par une violente attaque de grippe, le 20 décembre 1974.

Pour André Jolivet, le problème de la communication était primordial. La raison d'être de la musique était, selon lui, d'établir des rapports, d'une part, entre le corps et l'âme, c'est-à-dire entre la matière sonore et l'esprit qui la soulève et qui l'anime ; d'autre part, entre le créateur et son public. Respectant l'instinct, répudiant la froide intelligence, il ne s'est pas fié pour autant au sentiment pur, mais a pensé logiquement son œuvre et l'a méthodiquement conduite vers des champs de plus en plus larges. Il s'est d'abord affranchi du système tonal, non en adoptant les règles du dodécaphonisme, mais en utilisant les phénomènes naturels de la résonance, avec leurs harmoniques les plus éloignés. En même temps, il s'est attaché à retrouver le sens de la continuité mélodique, étayant la mélodie de points d'appui bien caractérisés. Son langage postule la liberté, mais revendique la clarté, et avant tout une matière sonore dynamique, un rôle essentiel étant confié à l'élément rythmique. Pour André Jolivet, le rythme ne repose pas seulement sur la répétition de formules métriques, il règle le débit du lyrisme, il est déterminé par les phases et les intensités du flux sonore. Un regard d'ensemble sur l'œuvre d'André Jolivet permet d'y distinguer trois périodes. Entre 1935 et 1939, l'accent est mis sur les phénomènes incantatoires et sur un certain primitivisme, voulus comme une libération du langage et comme un retour aux sources. C'est la période de Mana (1935), des Incantations pour flûte (1936), des Cinq Danses rituelles (1939). La Seconde Guerre mondiale provoque chez le musicien une réflexion sur la nécessité d'être entendu de tous. Dans un langage assagi, plus clair, plus tendre, plus serein, des harmonies modales, des rythmes moins violents, une instrumentation plus traditionnelle créent un climat plus tempéré où l'auditeur peut aisément se retrouver. C'est la période de la Messe pour le jour de la paix et des Trois Complaintes du soldat (1940), de la Suite liturgique (1942), des Poèmes intimes (1944). Après la guerre, la synthèse de l'incantation et du lyrisme, de l'audace et de la clarté, de la liberté et de la tradition humaniste s'accomplit dans des œuvres de grande envergure, sonates, symphonies, concertos. Le concerto, domaine privilégié pour André Jolivet, attise le feu de son inspiration parce que cette forme musicale est en soi un défi, un appel au dépassement des pouvoirs du créateur et de ses interprètes. S'il fallait citer trois œuvres qui caractérisent le mieux l'art du musicien, on pourrait, sans se tromper, choisir le Concerto pour ondes Martenot, le Concerto pour piano et le concerto pour soprano intitulé Songe à nouveau rêvé. Au sens le plus noble du terme, la création d'André Jolivet est un combat, un corps à corps avec la matière sonore. Le jeu n'est jamais gratuit, le dernier mot n'est pas à la virtuosité, il est à l'émotion, au lyrisme, à un lyrisme d'essence cosmique qui aspire à faire de la musique « la vibration même du monde ».