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Betsy Jolas

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Femme compositeur française (Paris, 1926).

Fille de Marie Jolas, traductrice, et d'Eugène Jolas, poète et journaliste, éditeur de la revue littéraire Transition, elle s'établit aux États-Unis en 1940, où elle achève ses études classiques au lycée français de New York, puis au Bennington College, où elle obtient en 1946 le diplôme de Bachelor of Arts in Music. Elle commence ses études musicales en 1940 avec P. Boepple (harmonie et contrepoint), C. Weinrich (orgue) et Hélène Schnabel (piano). Simultanément, elle participe comme choriste, pianiste et organiste aux concerts des Dessoff Choirs de New York, dont l'expérience vocale lui fait découvrir Pérotin, Josquin, Lassus, Schutz et la musique de la Renaissance italienne ; ses œuvres futures en porteront la marque. Revenue en France en 1946, elle entre au Conservatoire national, où elle est élève de D. Milhaud et O. Messiaen et où elle obtient le 2e prix de fugue (1953), la 1re mention d'analyse musicale (1954) et le 2e accessit de composition (1955). Elle reçoit aussi la 1re mention au concours international de direction d'orchestre de Besançon (1953), le prix de la fondation Copley de Chicago (1954) et, plus tard, le prix des auteurs et compositeurs de langue française attribué par l'O. R. T. F. (1961), le prix de l'American Academy of Arts and Letters (1973), le grand prix national de la musique (1974), le prix de la fondation Koussevitski (1974), etc.

Dès ses débuts, sa personnalité s'impose aux spécialistes, surtout à partir du Quatuor II pour soprano coloratura et trio à cordes (1964), qui compte parmi ses plus grands succès de compositeur. En 1971, elle devient l'assistante de Messiaen à sa classe d'analyse. L'année suivante elle est nommée professeur d'analyse supérieure au Conservatoire national, puis en 1978, professeur de composition. Parmi ses œuvres principales, on peut citer D'un opéra de voyage (1967) pour 22 instruments, Sonate à 12 (créée en 1971) pour 12 voix solistes a cappella, le Pavillon au bord de la rivière (1975), opéra chinois, Tales of a Summer Sea (1977) pour orchestre, Stances (1978) pour piano et orchestre, Liring Ballade (1980) pour baryton et orchestre sur un texte allemand d'Eugène Jolas, le Cyclope, opéra pour enfants d'après Euripide (créé à Avignon en 1986), Quatuor V (1995), l'opéra Schliemann (Lyon, 1995).

Les œuvres de Betsy Jolas témoignent d'une prédilection marquée pour la voix et pour le vocal à l'intérieur d'une texture proprement instrumentale, ainsi que d'une tendance explicite à une forme globale fermée, fondée sur une structure gestuelle préméditée. Ainsi, Quatuor II avec voix, mais sans texte (un peu comme les quatuors avec flûte ou hautbois au xviiie siècle), joue avec « un réseau de comparaisons, portant aussi bien sur le matériau que sur le mode d'évolution et variant insensiblement de l'opposition caractérisée vocale-instrumentale à l'identification absolue ». Dans D'un opéra de voyage (1967) pour 22 instruments, en revanche, la fonction vocale est assumée exclusivement par des instruments mélodiques (cor anglais et flûtes). Tous les instruments (l'ensemble instrumental est celui des Oiseaux exotiques de Messiaen) « se comportent comme des voix, chantent, rient, parlent ou déclament, crient, murmurent ou soupirent ». Particulièrement fascinée par la Sonate pour flûte, alto et harpe de Debussy, ainsi que par le premier Schönberg (par exemple, Erwartung), elle attache une très grande importance à l'expérimentation formelle, aux déroulements continus et aux techniques associatives d'agencement des matériaux à l'intérieur de l'œuvre. Après avoir suivi de très près l'expérience de la technique sérielle, Betsy Jolas se détache immédiatement de tout système compositionnel universel particulièrement rigide au profit des solutions individuelles conformes à chaque projet concret d'œuvre. Révélée par le Domaine musical (Quatuor II est écrit pour le Domaine musical), elle poursuit toujours sa recherche en dehors des groupes et des centres de recherche. Son travail de composition, mené dans plusieurs directions, évite pour l'instant la musique électronique considérée comme « un piège » de matériaux sonores séduisants qui « peuvent vous faire perdre votre lucidité ». En revanche, l'ordinateur peut devenir, selon elle, « assistant » utile, facilitant considérablement le travail du compositeur.