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Hugovon Hofmannsthal

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Poète, prosateur essayiste et auteur dramatique autrichien (Vienne 1874 – Rodaun 1929).

Lorsqu'il rencontre Richard Strauss à Paris en 1900, Hofmannsthal est déjà un écrivain consacré ; mais cet enfant prodige, devenu adulte, traverse une crise profonde, dont la Lettre à lord Chandos porte témoignage. La Vienne qui l'a vu naître, décadente, emportée dans un tourbillon devenu trop mécanique, immoraliste, nourrie de D'Annunzio et de Stefan George, lui fait peur : elle abrite un médecin qui prétend réussir à débusquer l'âme, Sigmund Freud. Or Hofmannsthal, écrivain, se sent désormais impuissant à tenir sur quelque sujet que ce soit un discours rendant compte de son sentiment profond : plus les mots se font précis, imagés, nombreux, plus le sens se dérobe, devient flou, artificiel. Comment parler la langue de l'Inconnu ? Hofmannsthal, qui vient d'adapter l'Antigone et l'Électre de Sophocle, se tourne alors, sans pour autant abandonner sa production solitaire, vers la musique. Celle de Strauss, et pas une autre. Leur collaboration, jusqu'à la mort du librettiste, sera exemplaire, sans pourtant s'accompagner de relations très intimes. Chez le poète, Strauss trouve une langue extrêmement raffinée, apte à exciter sa propre création, une panoplie d'images tour à tour baroques, antiques, orientales et viennoises, toutes animées par une élégance noble, pétillante et mélancolique, auxquelles il insufflera sa simplicité, sa bonté, sa soif d'humain, son sens du théâtre. Comment perpétuer Mozart et le xviiie siècle ? En créant le festival de Salzbourg, sans doute (1917). Mais, surtout, poète et musicien, également touchés par la fuite du temps, la dispersion du moi, vont reprendre à leur compte la réflexion frivole-amère, masquée derrière les conventions sociales ou théâtrales, que leur aîné a menée sur le couple et la relation amoureuse. Ils bâtiront ensemble un théâtre du monde et de la femme où chacun vit dans la prescience de sa mort et en tire la nécessité de la vie, de l'abandon à ces instants précieux « qui déposent en l'homme un miel lourd et le relient, au-delà du temps et de l'espace, à l'humanité entière » (sic). Après Elektra (1909), le Chevalier à la rose (1911) et Ariane à Naxos (1912) seront des chefs-d'œuvre auprès desquels la Femme sans ombre (1919), trop nourrie de signes, mais surtout Hélène d'Égypte (1928) et Arabella (1933) apparaîtront comme l'utilisation encore brillante d'une formule essoufflée. Il faut dire que Hofmannsthal, dans les dernières années de sa vie, était plus inquiet de l'évolution d'un monde industriel et violent qu'il ne reconnaissait plus que de l'évolution de son langage. Portant le deuil de l'ancienne Autriche-Hongrie, il cherchait à maintenir vivantes les valeurs intellectuelles héritées d'une Europe des esprits rassemblant hellénisme et christianisme, Beethoven et Napoléon, puritanisme et orientalisme. Pareil combat put paraître anachronique à une époque hantée par le saut dans l'inconnu des crises qui se préparaient : il n'était pas vraiment celui de Strauss, dont l'attrait pour le baroque quittait peu à peu le domaine idéologique pour s'ancrer presque uniquement dans celui de la musique.