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Glenn Gould

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Pianiste canadien (Toronto 1932 – id. 1982).

De 1943 à 1952, il étudie le piano au Conservatoire de Toronto avec Alberto Guerrero, tout en apprenant l'orgue. Dès 1947, il fait ses débuts publics, et signe en 1955 un contrat avec la firme discographique CBS. Son premier enregistrement des Variations Goldberg de Bach lui vaut une célébrité immédiate. En 1957, il inaugure une brillante carrière internationale par une tournée en U.R.S.S. et en Europe. Mais, dès 1964, il annonce son retrait complet des scènes publiques : désormais, il ne travaillera plus que dans les studios d'enregistrement. Cet isolement n'a pourtant rien d'un effacement, bien au contraire. Passionné par les nouvelles technologies, il investit tous les médias existants ­ des journaux à la vidéo ­ pour proposer au public une relation fondée sur la communication. Multipliant les émissions, les textes et les créations audiovisuelles, il édifie une œuvre personnelle dépassant largement le cadre d'une simple discographie. Selon lui, le prétendu « moment unique » du concert est un rituel périmé et tyrannique pour l'interprète. Celui-ci doit assumer le jeu des manipulations permises par le studio, base d'un travail ludique et créateur favorisant la perception individuelle. Cette philosophie accompagne une conception très singulière du jeu pianistique et du répertoire. Pour lui, le piano n'était qu'un moyen de traduire le plus complètement possible la structure d'un morceau, notamment sa dimension contrapuntique, dans laquelle lui-même voyait l'essence de la pensée musicale. Son toucher rejoignait donc le jeu de clavecin ou d'orgue, et il trouva dans l'œuvre de Bach un champ d'exploration infini. Si Orlando Gibbons était son compositeur préféré et Bach son maître, s'il rejeta les musiques jugées par lui trop hédonistes, comme celles de Chopin, Debussy et Messiaen, on ne peut le réduire à son anti-romantisme patent : il aborda Brahms, et, à partir de Wagner, dont il réalise des transcriptions, explora Strauss, Sibelius et Scriabine. Il affectionna Schönberg, dont il enregistra aussi les lieder et la musique de chambre, Krenek et Hindemith. Son ambivalence envers Mozart, auquel il préférait Haydn, et certaines œuvres de Beethoven se traduit par des tempi provocateurs et par une tentative de mettre en relief des aspects contrapuntiques supposés. N'obéissant jamais à un désir d'excentricité, ses choix n'en étaient pas moins le reflet d'une cohérence personnelle hautement défendue. On lui doit quelques œuvres, dont un Quatuor à cordes, mais surtout des compositions radiophoniques et un riche corpus d'émissions où il joue quelquefois des personnages inventés. Il laissa comme testament sa seconde version des Variations Goldberg, filmée en 1981 par Bruno Monsaingeon. De nombreux livres d'écrits et d'entretiens sont parus en France, et la fascination durable qu'il exerce le place au centre de l'esthétique des années 1980.