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César Franck

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Compositeur français (Liège, Belgique, 1822 – Paris 1890).

Fils d'un modeste employé de banque désirant faire de lui un pianiste virtuose à l'égal de Liszt, César Franck a d'abord étudié à l'École royale de musique de Liège avant de venir, au début de 1835, à Paris, où, après avoir suivi les cours de Reicha et Zimmermann, il entre dans la classe de piano de ce dernier au Conservatoire en même temps que dans celle de Leborne pour la fugue et le contrepoint. Dès 1838, il obtient un « grand prix d'honneur » de piano, jamais décerné jusque-là. Il obtiendra encore un prix de fugue (1840) et d'orgue (1841, classe de Benoist). Pressé par son père de donner des concerts, il quitte cependant le Conservatoire en 1842 et se produit en de nombreuses villes de Belgique et d'Allemagne, puis à nouveau à Paris. Pour ces concerts, il compose de nombreuses pages de virtuosité imposées par son père, telles que Ballade, Fantaisie, Duos à quatre mains (sur le « God save the King » ou des airs tirés d'opéras en vogue) ; il écrit également des œuvres pour piano et violon (Andante quietoso) qu'il interprète avec son frère Joseph, élève de Habeneck et de Le Couppey. Au-delà de cette production virtuose, le « vrai » Franck doit être cherché dans quelques œuvres personnelles, écrites à l'insu de son père : les trois Trios de 1839-1842 notamment, dédiés au roi des Belges, et où déjà s'affirme ­ en particulier dans le premier en fa dièse ­ le principe cyclique cher au musicien ; ou encore l'églogue biblique Ruth (1844-45) créée Salle Érard en 1846 devant un parterre de personnalités (Liszt, Meyerbeer, Spontini, Moscheles, Pixis). Ce sera le dernier succès de jeunesse de Franck. À partir de cette époque, en effet, les tensions s'exacerbent dans ses relations avec son père, ce dernier refusant de donner son consentement au mariage de César avec une de ses élèves, Félicité Desmousseaux, mariage qui sera célébré en 1848. Toutefois, coupé désormais de son père, qui était jusque-là son imprésario, Franck va être obligé de mener une vie besogneuse, employant, pour vivre, tout son temps soit à courir le cachet (douze concerts comme accompagnateur, essentiellement à Orléans, jusqu'en 1863, payés 80 francs en 1845, 100 francs en 1856, 120 en 1859), soit à donner des leçons de piano à 1,50 ou 2 francs la demi-heure (chez lui, 69, rue Blanche, ou dans divers collèges parisiens), soit enfin à tenir l'orgue : d'abord à Notre-Dame-de-Lorette (1845), puis à Saint-Jean-Saint-François-du-Marais (1853). Ce dernier poste aura au moins l'avantage de lui faire toucher un instrument révolutionnaire, un orgue symphonique, œuvre de Cavaillé-Coll ­ un des premiers du célèbre facteur ­, dont Franck va devenir bientôt à la fois l'ami et le faire-valoir. Cette époque est à peu près vide de créations proprement dites : quelques mélodies, un opéra-comique écrit, cette fois, sous la pression de sa femme, fille d'acteurs, le Valet de ferme, demeuré inédit et qui lui coûtera deux ans d'efforts vains (1851-1853). Mais c'est pour le musicien un temps de repliement sur soi, de réflexion, de mûrissement intérieur dont l'épanouissement viendra peu après, lorsque Franck sera nommé en 1858 organiste de Sainte-Clotilde à Paris. À partir de là, son génie va peu à peu se former, éclore, s'élever. Pour honorer ses fonctions et son public de fidèles, Franck va d'abord composer quelques œuvres religieuses : Messe solennelle, Andantino pour orgue, 3 Motets de 1858, 3 Antiennes pour grand orgue de 1859, Messe à 3 voix de 1860 qui débouchent sur les magnifiques 6 Pièces pour le grand orgue de 1860-1862. Ces dernières, par leur facture révolutionnaire (forme très structurée, le plus souvent en triptyque), leur écriture savante, leur langage pénétré de ferveur (Prière, Pastorale), même si l'influence du siècle reste parfois encore perceptible (dans la Grande Pièce symphonique ou dans Final), sonnent le réveil de l'orgue religieux en France et annoncent les symphonies pour orgue des successeurs de Franck (Vierne, Widor, notamment). À partir de cette date, le musicien est devenu lui-même et n'écrira que des chefs-d'œuvre arrachés au temps et plus encore à ses fonctions qui le harcèlent.

Sous le choc de la défaite de Sedan, en effet, quelques admirateurs et élèves de Franck ont fondé la S. N. M. (Société nationale de musique), dont la devise, « Ars gallica », est tout un programme : faire jouer la musique française ; susciter des œuvres de compositeurs français. Nommé en 1872 professeur d'orgue au Conservatoire, Franck va dès lors attirer près de lui nombre de jeunes compositeurs (d'Indy, Duparc, Chausson, etc.) qui, formant la célèbre « bande à Franck », feront sortir leur professeur de l'anonymat et l'obligeront ainsi à se manifester par des œuvres nouvelles. À partir de 1872, Franck va donc poursuivre parallèlement une triple carrière : de professeur (au Conservatoire), d'organiste (à Sainte-Clotilde), de compositeur. Chaque année, ou presque, verra désormais l'éclosion d'une œuvre majeure, composée le plus souvent pendant les vacances d'été : ainsi, en 1878-79, le Quintette qui marque pour la musique de chambre en France une renaissance préparée par Lalo et Saint-Saëns et pour Franck lui-même le début d'une période créatrice intense, chaque fois renouvelée dans son approche et approfondie dans son essence. Ainsi naîtront des œuvres majeures telles que les poèmes symphoniques le Chasseur maudit (1882), les Djinns (1884) et Psyché (1887-88), Prélude, choral et fugue pour piano (1884), les Variations symphoniques pour piano et orchestre (1885), l'admirable Sonate pour piano et violon (1886), Prélude, aria et final (1886-87), la Symphonie en « ré » mineur (1886-1888), le Quatuor à cordes (1889), enfin les Trois Chorals (1890) qui seront sa dernière œuvre et son testament de compositeur pour orgue.

L'influence de Franck, artiste d'une absolue sincérité et d'une très grande probité, s'est développée sur trois plans : il s'est d'abord imposé comme rénovateur de la musique de chambre. À une époque où la France tourne ses regards essentiellement vers la scène, il montre qu'il peut y avoir plus de musique dans un Quintette ou dans un Quatuor que dans un opéra tout entier. De là son langage hérité de Beethoven et Schumann, parfois marqué par Wagner dans ses œuvres symphoniques. De là également la forme, extrêmement charpentée, avec une prédilection pour le cadre ternaire. De là surtout ce procédé de la forme cyclique, déjà totalement contenu dans le Trio en « fa » dièse de 1842 (écrit à vingt ans) et qui, par la résurgence des thèmes de l'un à l'autre mouvement et leur superposition dans le volet final, donne à ses compositions une solide architecture et une très grande unité. De là enfin l'écriture extrêmement mouvante et chromatique où dominent de riches modulations qui sont autant d'éclairages nouveaux apportés au discours.

L'influence de Franck a été prépondérante également dans le domaine de l'orgue. Tandis que maints titulaires de tribunes se contentaient d'« orages » ou de « fantaisies sur des airs d'opéra », il remet l'orgue sur le chemin de l'église et de la prière. À cet égard, ses trois recueils sont exemplaires : avec les Six Pièces de 1862, il a renouvelé l'esthétique de l'instrument (écriture, forme) et se montre précurseur de la symphonie pour orgue ; avec les Trois Pièces de 1878, écrites pour l'inauguration de l'orgue Cavaillé-Coll de l'ancien Trocadéro, il démontre les possibilités symphoniques pures qui font de son instrument un rival de l'orchestre (d'où les titres « profanes » de ce recueil : Fantaisie en la mineur, Cantabile en si, Pièce héroïque où le compositeur joue avec maîtrise du contraste de deux thèmes). Avec les ultimes Trois Chorals de 1890, enfin, Franck propose une fusion du choral de style allemand et du lyrisme grégorien, mais aussi du chromatisme hérité de Wagner et du contrepoint traditionnel. Il offre ainsi une immense synthèse de tout ce qui avait été écrit avant lui.

Son influence, enfin, se marque par le mouvement spirituel qu'il a su créer autour de lui, ses élèves étant devenus ses amis ; la « bande à Franck » groupera bon nombre des meilleurs musiciens français de l'époque. Même lorsqu'il suscita chez ses successeurs des réactions contraires à sa propre esthétique, la « manière » de Franck se perçoit encore chez eux : ainsi dans leurs Quatuors, Debussy et Ravel se souviendront-ils de la forme cyclique. En fait, et au-delà de la pure beauté des œuvres qu'il laisse, où ce grand sentimental se raidit afin d'épurer son message, Franck n'aura cessé, toute sa vie, directement ou indirectement, d'être un exemple. Sans doute a-t-il payé à son siècle cent fautes de goût en raison de sa culture assez rudimentaire et de cette naïveté parfois déconcertante qui le fit surnommer, mais abusivement, « Pater Seraphicus » : abusivement, car ce chaste est un violent sensuel que maintes partitions révèlent.

Mais derrière les plus grands chefs-d'œuvre ­ le Quintette, Prélude, choral et fugue, Psyché, les Trois Chorals ­, un homme s'affirme, passionné, vrai, et tourné vers les plus hauts sommets. Toute son œuvre est la narration de cette conquête volontaire durement, mais pleinement, assumée.