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Gabriel Fauré

Gabriel Fauré
Gabriel Fauré

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Compositeur français (Pamiers, Ariège, 1845 – Paris 1924).

Fils de T. Fauré, instituteur et directeur de l'école normale de Montgauzy-Foix, il ressentit ses premières émotions musicales à l'harmonium de la chapelle du collège paternel. Envoyé dès l'âge de neuf ans à Paris pour suivre les cours de l'école de musique classique et religieuse de Niedermeyer, il ne connut guère de vie familiale ni d'encouragements. Ses études musicales et générales médiocres le laissèrent longtemps insatisfait, jusqu'au jour où il rencontra Saint-Saëns, jeune et brillant professeur de piano, qui lui révéla Schumann, Liszt et Wagner. Il écrivit alors sa première œuvre, le Papillon et la Fleur (1861), mélodie d'après V. Hugo, bientôt suivie d'autres mélodies ou romances, des 3 Romances pour piano (1863) et du Cantique de Jean Racine (1865). À vingt ans, Fauré sortit de l'école Niedermeyer nanti d'un 2e prix d'harmonie, d'un 1er prix de composition et d'un prix d'excellence de piano, pour rejoindre un poste d'organiste à l'église Saint-Sauveur de Rennes (1866). Si Rennes s'enorgueillit encore d'avoir accueilli Fauré, celui-ci vécut en pensum ses quelques années de vie provinciale.

Mais la guerre fut déclarée et Fauré s'engagea en juillet 1870. Cette époque troublée est marquée par l'amitié de Messager, rencontré en Suisse pendant la Commune. À son retour à Paris, Saint-Saëns aida Fauré à se faire une place parmi les organistes parisiens, d'abord comme titulaire à Saint-Honoré-d'Eylau, organiste du chœur de Saint-Sulpice, suppléant à la Madeleine, puis maître de chapelle de cette même église en remplacement de Théodore Dubois (1877). L'école Niedermeyer lui proposa aussi un poste de professeur et il commença à affronter le monde musical. Fauré était alors un jeune homme brun, au physique romantique ; ses qualités de pianiste et d'accompagnateur en faisaient un invité très recherché, et il fréquenta assidûment le salon Viardot, pensant même épouser Marianne, l'une des filles de Pauline Viardot. La rupture de ce projet (1877) allait être une grande déception pour le compositeur. Parallèlement, il participa à la fondation de la Société nationale, destinée à promouvoir la musique française, et en assura le secrétariat dès 1874. Ce fut aussi une période de voyages intéressants : il accompagna Saint-Saëns à Munich et Cologne où l'on donnait la Tétralogie. Wagner exerça sur lui une attirance très mélangée : on retrouve dans sa musique quelques traces de wagnérisme dans l'orchestration (Prométhée) ou dans l'allure épique de certaines mélodies (Larmes, Au cimetière). Ces années, riches d'expériences diverses, préparèrent une période de création intense : les 2 Quatuors avec piano (1876-1886), 6 Nocturnes (1875-1894), 6 Barcarolles (1880-1896), le Requiem (1887-1890), la Ballade (1877-1879) et de nombreuses mélodies : 1er et 2e Recueils, la Bonne Chanson (1892-1894). Les événements familiaux orientèrent également sa pensée créatrice : enthousiasme lors de son mariage avec Marie Fremiet (1883), fille du sculpteur E. Fremiet, et douleur à la perte de ses parents (1886 et 1888), dont nous trouvons l'expression dans le Requiem.

En 1892, Fauré fut nommé inspecteur des conservatoires et une nouvelle vie, plus libre, lui fut offerte. Sa notoriété enfin établie lui permit aussi d'accéder au poste de titulaire du grand orgue de la Madeleine, puis à celui de professeur de composition au Conservatoire où il succéda à Massenet (1896). Les élèves qu'il forma furent nombreux et justement célèbres ­ Ch. Kœchlin, Fl. Schmitt, L. Aubert, N. Boulanger, M. Ravel, etc. ­, mais il n'eut jamais aucun imitateur tant son style, fait d'un emploi original d'éléments traditionnels, était insaisissable. Le couronnement de cette carrière professorale allait être son accession à la direction du Conservatoire (succession de Th. Dubois), établissement dont il n'avait pas été élève et ne possédait aucune récompense. On peut lire dans les journaux du temps que sa brillante conduite aux armées joua un rôle dans cette nomination. Dès que Fauré prit son poste, il devint un vrai « tyran », ce qui signifie qu'il s'employa à rétablir la discipline et à apporter du sérieux dans un enseignement qui avait beaucoup vieilli. Cette attitude intransigeante lui fut d'ailleurs amèrement reprochée. À partir de 1903, le compositeur dut assumer une surdité presque totale, handicap qui, pourtant, n'entrava en rien sa carrière. Succès et honneurs l'accompagnèrent en ces années : accueil favorable de sa tragédie lyrique Prométhée aux arènes de Béziers (1900), élection à l'Académie des beaux-arts (1909) et création de son opéra Pénélope (1913) à Monte-Carlo. Mais son isolement physique et moral fut bientôt tel qu'il se consacra uniquement à des œuvres intimistes : musique de chambre, mélodies et pièces pour le piano. En 1920, Fauré abandonna la vie publique comblé d'honneurs (décorations, hommage national à la Sorbonne en 1922), et s'éteignit en 1924, après avoir brûlé ses œuvres inachevées.

Fauré est avant tout un homme du xixe siècle, nourri de romantisme et militant pour une musique constamment expressive et introspective. À l'encontre de Debussy et de Ravel, auxquels son nom est parfois associé, il ne participa aucunement aux luttes musicales qui animèrent le xxe siècle. Le dernier grand choc qu'il éprouva fut celui de la création de Pelléas et Mélisande (1902), dont les répercussions sur l'art vocal fauréen furent grandes, puis il entra dans le domaine du silence (surdité), commençant une troisième manière, très idéalisée, que l'on qualifie parfois justement d'ascétique.

On peut en effet diviser sa production en trois manières : la première, jusqu'en 1880, est encore très romantique, liée à la mode et à la vie des salons, alors que la deuxième (1881-1902) est la plus représentative de la personnalité du compositeur. Il y développe une harmonie chatoyante (la Bonne Chanson), des couleurs orchestrales éclatantes (Prométhée), au service d'un art sensuel et chaleureux. La troisième période, liée à la surdité, abolit la précédente, et on ne peut s'empêcher de songer à ce qu'aurait été une évolution en droite ligne, sans la coupure causée par son infirmité. Fauré n'est pas par nature un musicien intimiste et l'ascète des dernières années. Il faut donc se garder de lui dénier, en se fondant sur la troisième manière, toute vigueur et tout romantisme. Il n'est pas exclusivement l'homme du charme et des musiques exquises, mais aussi un Méditerranéen et un passionné, comme en témoignent les Quatuors avec piano.