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Sylvano Bussotti

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Compositeur italien (Florence 1931).

Il commence à étudier le violon à l'âge de cinq ans, abandonne l'école très tôt, grandit dans un milieu de théâtre. Élève au conservatoire Cherubini de Florence, il travaille le piano avec Luigi Dallapiccola. Une bourse lui permet de poursuivre l'étude du violon, mais les événements de la fin de la guerre l'empêchent d'en bénéficier jusqu'à l'examen final. À partir de 1949, Bussotti travaille en autodidacte, copiant des partitions dans les bibliothèques, découvrant Stravinski, Hindemith, et composant déjà avec prodigalité. À Aix-en-Provence, à Avignon, durant des rencontres de jeunes, le Marteau sans maître de Boulez l'impressionne. Il travaille auprès de Max Deutsch à Paris, en 1957, et rencontre Cage à Darmstadt, en 1958. Ses œuvres commencent à être jouées. À Paris, au Domaine musical, Boulez dirige des fragments de Torso, lecture d'un texte de Brabanti, pour récitant, mezzo-soprano et orchestre, œuvre volontairement non achevée, qui remporte un prix de la Société internationale de musique contemporaine. Invité, en 1964, par la fondation Rockefeller, Bussotti se rend aux États-Unis. En 1965 est créée au festival de Palerme la Passion selon Sade, « mystère de chambre avec tableaux vivants », œuvre provocante, d'un lyrisme déchiré. Bussotti, avide d'expériences, dessine les costumes, conçoit la mise en scène, dirige, joue le rôle du récitant. Il professe une « éthique de la disponibilité » relevant selon lui d'une tradition humaniste propre à Florence, sa ville natale.

1967 est l'année de Marbre pour cordes, et de 5 fragments à l'Italie, pour sextuor vocal en chœur, sorte de madrigaux modernes renouant avec Gesualdo et Monteverdi. En 1969 suit The Rara Requiem pour 4 voix principales, sextuor vocal de solistes, chœur mixte, guitare et violoncelle solistes, piano, harpe, orchestre d'instruments à vent et percussions. C'est en quelque sorte un requiem d'amour. « Une personne vivante et jeune demande à un ami musicien de lui composer un requiem pour l'écouter de son vivant. » Cette personne est Romano Amidei, compagnon de Bussotti, en qui s'incarne Rara, personnage allégorique, présent dans plusieurs œuvres du compositeur. The Rara Requiem comporte un montage de textes de vingt-quatre auteurs, d'Homère à Rilke, Mallarmé et Adorno. Mais cette œuvre, apparemment chargée de culture, offre une démarche à reculons qui a permis de parler à son sujet de « mémoires du futur ».

Dans The Rara Requiem, comme dans Pièces de chair (1958-1960), Torso ou Memoria pour baryton solo, 27 voix et orchestre, la musique est indissolublement liée à la course du sang, à la respiration retenue ou épanouie. Ces œuvres évoquent la contemplation de soi, les paysages du dedans ; elles contiennent des jeux au deuxième degré, des pièges. De 1972 à 1973 date une des plus grandes réussites de Bussotti, le ballet (symphonie chorégraphique) Bergkristall. L'opéra Lorenzaccio, « mélodrame romantique dansé », créé à Florence en 1972, est imprégné d'un étrange lyrisme où se perçoit une odeur de mort ; mais on y retrouve cette écriture vocale d'une beauté parfaite, caractéristique de Bussotti, et évidente aussi dans Notte tempo (1975-76), drame lyrique commandé par la Scala de Milan. La voix fait chatoyer toutes ses possibilités. Mélismes, écarts, soupirs, rires, sanglots, gémissements, râles, agonies semblent toujours remonter du fond de la mémoire. La voix est comme dénaturée, au centre d'épisodes instrumentaux qui dessinent autour d'elle une mise en scène et un paysage, de la même manière que chez Monteverdi. Dans les œuvres les plus récentes de Bussotti, comme la symphonie chorégraphique Il Catalogo è questo (Opus Cygne) pour flûte principale et orchestre (création à la biennale de Venise, 1980), l'opéra le Racine, pianobar pour Phèdre (Milan, 1980), ou le mélodrame L'ispirazione (1988), un climat passionné, quasi exaspéré, alterne avec une contemplation silencieuse. Le compositeur continue à se nourrir de lectures (Proust, Brabanti, Artaud, Musset). Il admire Pasolini, s'adonne au dessin et à la peinture (il expose à Paris en 1966 ; on doit signaler que la beauté graphique de ses partitions est remarquable), met en scène des œuvres de Puccini, Stravinski, etc. Il a été de 1975 à 1979 directeur artistique du théâtre de la Fenice à Venise.